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Label : Abeille Musique

Ils sont six larrons en foire et ça fait dix ans que dure leur « delirium très moog ». Les Volunteered Slaves ont fêté ça dignement avec leur troisième disque : « The day after ». Ce « jour d’après » ne se prend pas du tout au sérieux, en mettant en scène les compères en miraculés de la fameuse fin du monde prophétisée par les Mayas. Les « Slaves » c’est l’histoire d’une bande de musiciens à l’humour potache, délivrant un Jazz Funk à l’entrain euphorisant, bienvenue dans la morosité ambiante de l’époque. Rien de révolutionnaire dans leur joyeux patchwork (même si un titre « Tahrir square » renvoie au Printemps arabe), mais la preuve s’il en fallait une que le Jazz est compatible avec le groove et qu’il n’est pas réservé à un public mou du genou, calfeutré dans le confort des clubs « lounges ». Et c’est déjà pas mal !

Les « Slaves » ont le goût et l’intelligence de puiser dans l’Histoire des musiques noires, sans verser dans le passéisme ou l’hommage policé. Le nom du groupe s’inspire clairement du «Volunteered slavery » du génial multi-saxophoniste Roland Kirk (cf dernière video).

En 2009, dans le précédent opus « Breakfast in Babylon » il y avait déjà de savoureuses covers : « I want you back » des Jackson Five, « I heard it through the grapevine » immortalisé par Marvin Gaye, ou encore « Controversy » de Prince.

Sur « The day after » le sextet (Jérôme Barde et son bardophone, sorte de guitare de son cru étonnamment bricolée, a été remplacé par le scofieldien et efficace Hervé Samb) enfonce le clou en envoyant de subtils clins d’oeil, comme celui au mythique « VSOP » le quintet de Miles Davis sans Miles, opportunément remplacé par Freddie Hubbard à la trompette (+Herbie Hancock, Wayne Shorter, Ron Carter et Tony Williams) ré-intitulé pour le coup avec malice : « Volunteered slaves organic party ».

Le point d’orgue, c’est le cas de le dire, de l’album c’est cette fulgurante reprise du « Rock it » d’Herbie Hancock, servie par un Emmanuel Duprey groovy à souhait au Fender Rhodes, qui s’amuse comme un gamin à parsemer ici et là des touches de synthé eighties en diable. De même, les Slaves, menés par le charismatique saxophoniste ténor à la crête d’iroquois Olivier Temime, évitent de se prendre les pieds dans le tapis sonore du sur-joué et sur écouté : « Don’t stop till you get enough » de Michael Jackson, en le fusionnant allègrement avec le « Soul Ma-ma-ma-makossa » de Manu Dibango. Depuis le fameux « Wanna startin somethin » l’association entre Michael et Manu semble inévitable ! Autre jolie reprise, le « People make the world go round » des Stylistics. Petite cerise sur le gâteau, sur scène, en invité, le très churchy chanteur Moise Melende est venu prêcher son gospel sur l’emblématique « Volunteered slavery ».

Dans les compositions originales du groupe, on notera la facétie de titres comme « Snake’s stairs » ou « Chapeaux chinois ». Combo instrumental certes, les Slaves ne sont pas avare d’intermèdes vocaux, notamment apportés par le percussionniste guadeloupéen Arnold Moueza. La section rythmique ferme la marche avec le discret mais très en place bassiste Akim Bournane et le roi de la Charley, le « drummer man » au nom prédestiné : Julien Charlet. Vous l’aurez compris, ce jour d’après s’annonce radieux et ça ne fait que commencer…

>> Site officiel

>> Site de Jérôme Barde




About the Author

Julien Le Gros
Je suis journaliste indépendant spécialisé dans les musiques noires, de l'Afrique en passant par les diasporas. Pigiste entre autres pour Afriscope Africultures Jazz Magazine Mondomix, j'ai pu interviewer de nombreux artistes internationaux comme Leon Ware, Patrice Rushen, Mulatu Astatké, Alpha Blondy, Malavoi, Femi Kuti, Jon Hendricks ou encore Hugh Masekela.