Review

Labels : A&M Records (1981) – BBR (2011)

Révélés en grande pompe en 1975 sur Mellow Madness de Quincy Jones, les Brothers Johnson auront fait du chemin sous la houlette de leur mentor Q. Mais arrivé en 1981, son contrat étant racheté par Warner Bros, celui-ci se voit malgré lui obligé de se séparer (tout au moins momentanément) de ses protégés devenus une valeur sûre de leur maison de disques. L’heure est donc venue pour le duo de s’émanciper et même de s’autoproduire en gardant pieds pour leur part sur le navire A&M Records, après y avoir sorti 4 albums certifiés multi-platinum aux USA  ainsi que de nombreux hits singles. Le chalenge est donc de taille, mais les frères n’en restent pas moins volontaires, fort conscients de l’expérience acquise de leur étroite collaboration avec Quincy Jones.

Et si Quincy  « n’est plus », le personnel œuvrant sur Winners n’en demeure pas moins très impressionnant ! En plus de notre duo hôte, on retrouve notamment  la charnière du groupe Toto au complet : Steve Lukather (guitare), Jeff Porcaro (batterie), Steve Porcaro et David Paich (Claviers) mais aussi les claviéristes Jeff Lorber et Greg Phillinganes, le batteur John Robinson, la chanteuse Valerie Simpson (du duo légendaire Ashford & Simpson  et épouse de Louis Johnson), le cuivriste et cordiste Jerry Hey des Seawind Horns, et le percussionniste de référence mondiale Paulinho Dacosta.

L’album démarre en trombe avec deux morceaux hyper dance ; titres qualitativement mineurs ou plutôt conventionnels pour l’époque comme ce qui s’en dégage du bien nommé « Dancin free »? La réponse se trouve entre les deux ! Le mélodieux « Sunlight » de George  Johnson fait honneur à sa fille en passe de naître. Joie communicative, cordes et cuivres pastel en sont les maîtres-mots.

« Teaser » se recentre sur le FUNK en faisant la part belle à Jerry Hey et ses cuivres stridents si caractéristiques, déjà coutumiers des productions Quincy Jones & associés.  « Caught up » du couple Valerie & Louis Johnson évoque sans conteste des réminiscences d’une production type Rod Temperton ; ce hitmaker british (repéré outre-Manche par Quincy Jones) qui enflammait depuis 3 ans les dancefloors  de ses tubes enivrants et dont les Brothers Johnson avaient déjà  servi  d’ambassadeurs  en 1980 sur leur album précédent « Light up the night ». On pourra aussi apprécier les riches harmonies vocales de Valerie Simpson-Johnson. Le très  rythmique « In the way» est une offrande de Steve Porcaro qui se fond à merveille dans le style des frères Johnson, lesquels vont momentanément troquer leurs instruments sur  « Do it for love »  laissant ainsi le bassiste sommeillant en George Johnson s’exprimer à l’engin.

« I want you » et «Hot mama » laissent place à des envolées solistes hard-rockeuses de Steve Lukather  à la guitare, véritable tour de force pour une pratique très peu courante à l’époque sur un disque estampillé « R&B ». « Daydreamer  dream » conclut le tour de piste dans une foulée opéra-rock à la Queen, avec cette fois Louis Johnson assurant les parties guitares et basses.

Winners se veut donc ambitieux de par son intitulé, son visuel, son personnel d’élite, et  par  la quête continuelle du duo à briller sur plusieurs fronts musicaux. Coup d’essai, coup de maître pour les ex protégés et « laborantins» de « professeur »  Jones, dont l’ombre et la patte planent pleinement sur cet album au risque de s’y méprendre (plus tard, George Johnson se félicitera même du mimétisme). Winners n’aura cependant pas eu le succès commercial escompté. Nombreux intervenants et ingrédients de l’imminent mastodonte  « Thriller » étaient pourtant bien de la partie, mais l’histoire nous aura appris (et aux artistes en premier) que dès 1981 avec l’avènement MTV, rien ne sera plus comme avant pour qu’un disque puisse faire un énorme « carton » (aussi parfait qu’il eût été). La victoire restera donc d’ordre artistique pour les Brothers Johnson, qui à défaut d’avoir franchi « la ligne d’arrivée » de leurs ambitions commerciales, auront assurément franchi un cap, celui de producteurs accomplis et de ce fait, s’en seront bien sortis « vainqueurs » !

PS : La réédition CD , spécial 30e anniversaire sortie chez Big Break records en 2011 propose 5 morceaux en bonus composés courant 1982. Des titres qu’on retrouve également sur le best of étendu « Blast » sorti la même année 1982.

>> Discographie



About the Author

Billy Jack
Féru de Funk et de soul , je les consomme sous toutes les formes (disques,concerts,livres,conférences,forums) ma passion c'est ma culture,et ma culture de prédilection, c'est ma passion.C'est toujours un plaisir de découvrir,dénicher,apprendre,échanger, et partager autour de ça. Fonkadelica ,un réseau de plus, et pas des moindres.