Review

Label : Synthethesia Records

Il n’est guère aisé de produire un essai sur une production intégralement instrumentale, car si les paroles nous parlent un langage quasi-universel (puisque traduisibles de façon plus ou moins uniforme) la perception de la musique en elle même reste pour sa part infinie, car c’est un langage polysémique dont chaque auditeur en est son propre « traducteur », tout au moins demeure un récepteur unique. Mais allez, prenons plutôt une bonne résolution : ne soyons pas défaitistes , car il y a bien des choses à dire dans l’intérêt de la multitude, à commencer par présenter nos invités :

Resolution 88 est un quintette de Jazz-fusion né de la scène londonienne en 2012.Le groupe est mené par son leader Tom O’Grady qui assure l’ensemble des compositions. Un virtuose des claviers qui clame haut et fort son influence par excellence du bien surnommé Mister Hands alias Herbie Hancock. Rien de fallacieux, d’ailleurs quiconque de suffisamment averti confirmera cette prétention (si toutefois c’en est une) après écoute. Et même au-delà, c’est carrément le groupe qui perpétue la tradition et /ou le son des Headhunters, cette formation mythique de  Jazz-funk des 70’s dirigée par personne d’autre que ce cher Monsieur Hancock (également un quintette à l’origine).

Resolution 88 est certes un band qui débute (au sens strict du terme, rien de péjoratif) mais dispose déjà d’un certain curriculum vitae assez étoffé : Tom O’ Grady a joué et s’est même fait la main avec le regretté Don Blackman (collaborateur de Parliament-Funkadelic/Earth wind & fire/Bernard Wright) cet album lui est d’ailleurs dédié. Tom a par ailleurs partagé la scène avec le cordiste emblématique feu Clare Fischer (collaborateur constant de Prince notamment). Et concernant nos cinq hôtes d’outre-Manche, il pleut d’éloges un peu partout : L’ ingénieur-musicien-producteur Bob Power (D’angelo, Me’shell N’degeocello, The Roots, Erykah Badu) n’en a pas tari, et ne s’est d’ailleurs pas privé d’offrir ses services sur ce disque que l’on tient ici, le groupe a été adoubé par la critique de l’honorable Blues & Soul Magazine, nos cinq ont effectué les premières parties de Snarky Puppy (groupe déjà détenteur d’un « Grammy award» dans le milieu,et qui devrait parler à tout bon  funkateer). Enfin Resolution 88 ouvre présentement les concerts britanniques des Blackbyrds du trompettiste légendaire feu Donald Byrd. Et pendant qu’on y est pourquoi ce nom au fait Resolution 88 ? Tom O’ Grady confesse avoir utilisé le piano électrique  « suitcase Rhodes mk1  88 »  sur la totalité des titres, un modèle du millésime 1976. De notre côté, si on veut même extrapoler, il se sert également d’une panoplie de 8 claviers sur cet album. Pas de doute, au sein du groupe c’est bien lui le capitaine à bord !

L’album met les voiles avec «Collidoscope» (ou plutôt «kaleidoscope») lequel de par son titre reflète bien autant le visuel de la pochette que la teneur « arc-en-ciel »  d’une majeure partie des titres, qu’est-ce à dire ? Ces morceaux sont en progression constante de « couleur rythmique », dans le cas présent ça commence par des phrases au saxophone dans une tonalité plutôt standard de smooth jazz, puis survient le 1er break (on aura souvent affaire à plusieurs, parfois même 3) et on plonge dans un jazz-funk mid-groove avec un Tom O’Grady qui déploie les doigts sur son armada, puis 2nd break et ça termine sur un combo incisif saxo-batterie (mention spéciale à la batteuse Afrika Green). S’ensuit «The pursuit of the Jetsonmobile ». Si sieur Batman écoutait du Funk, il aurait du mal à suivre avec sa Batmobile de peur d’être flashé pour excès de groove sur une route céleste pour bolide supersonique. On imaginerait bien en configuration live, Master Hancock quelque part dans la pénombre de l’auditoire, hochant  la tête à la manière d’un margouillat et acquiesçant : « Oui , ces petits ont Tout compris ! » sur le break  le bassiste Tiago Coimbra (ex étudiant de la prestigieuse académie musicale de Berklee où il a même bénéficié de masterclass de George Duke) nous fait part de l’étendue de son talent avec le saxman George Crowley dans une cadence Afrobeatesque à la Fela Kuti.

Puis moment de répit avec un trio reposant qui s’ouvre sur la plage électro-futuriste «Cosmic cascade», cette fois on imaginerait bien en guise de décor un spectacle éblouissant son et lumières que Jean Michel Jarre apprécierait volontiers. «Sejuicing my Squeeze» et l’interlude  «in ThRhodes of  Ecstasy » viennent boucler cette parenthèse avec toujours autant de délicatesse. Et contrairement aux autres morceaux de l’album qui se subdivisent parfois en 3 parties distinctes chacun, cette tierce distincte fait dans une seule et même ambiance ressemblante.

L’apparent doucereux «Doin it» tombe finalement le masque sur son break groovesque surchargé de clavinet, de saxophone et de Rhodes. «Broken Beat» porte son titre comme un gant, avec un beat funky à souhait et syncopé à donner la syncope, en veux-tu en voilà ! «Back Boobs » est peut être rigolo dans son intitulé mais question Swing ça badine beaucoup moins (Aie ! on sent les fourmis dans son pantalon) . D’ailleurs les initiés décèleront en fond une couleur assez marquée de «Chameleon», autrement dit le morceau par définition de l’album cultissime et éponyme « HeadHunters » d’Herbie Hancock et son équipe mythique, album pivot qui aura fait office de « feuille de route » à Tom O’Grady sur ce projet (sic) . « Dya make her » jette l’ancre de notre virée en toute beauté et de façon enjouée. Le quintette au complet œuvre enfin sur un rythme et une harmonie réguliers. On pourra dire qu’ils auront non pas chanté mais joué et groové à l’unisson. Rideau !

10 titres étalés sur 45 minutes tout rond ! Tout semble « carré » chez Resolution 88, car très peu ou pas de fautes de goût commises selon nous. Loin du jazz « d’ascenseur » et du Jazz-fusion bruyant et parfois déroutant, ce groupe propose ici un opus audacieux à la croisée des époques en apportant une touche « futuriste » via certaines nappes synthétiques tout en conservant une essence rétro, on peut tirer notre chapeau à l’artillerie de Tom O’Grady mais à ses doigts aussi. Un album entièrement enregistré dans les conditions de la scène. Comme dit, le produit ne comporte peut être qu’une dizaine de titres, mais ce serait réducteur que de le considérer tel quel compte tenu du nombre de compositions diverses et variées qui constituent les nombreux breaks d’un bon nombre de titres. Une démarche peut être pas originale mais assurément remarquable et souvent surprenante malgré des écoutes répétées. Pour les adeptes d’I-Pod et autres baladeurs numériques, gardez-vous d’être trop surpris en soupçonnant votre lecteur d’être passé en mode shuffle, car ce seront peut être juste les titres de Resolution 88 qui parcourront leurs chemins. Inspiré par Jamiroquai en première instance, puis aiguillé par Herbie Hancock & the Headhunters, Stevie wonder, Patrice Rushen etc… ces influences de Tom O’Grady sont certes encore en activité, mais on ose penser qu’elles ne peuvent qu’apprécier les prouesses de leur  brillant  »élève ». Quant à lui et son band, comme l’a dit leur ingénieur Bob Power « Think Headhunters for the new Millenium« .

PS : Un nouvel album est dores et déjà en gestation, porté notamment par le récent single estival « Caughtus Interruptus ». Vous  voulez dire « coït interrompu » ? Résolution 2015-2016 : Prenons donc notre mal en patience, car on a bien hâte de la suite !

>> Site officiel

>> lien d’écoute intégrale et d’achat de l’album :

http://resolution88.bandcamp.com/album/resolution-88

Caughtus Interruptus : (le dernier single en date à paraître sur le prochain album en Hiver)



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Billy Jack
Féru de Funk et de soul , je les consomme sous toutes les formes (disques,concerts,livres,conférences,forums) ma passion c'est ma culture,et ma culture de prédilection, c'est ma passion.C'est toujours un plaisir de découvrir,dénicher,apprendre,échanger, et partager autour de ça. Fonkadelica ,un réseau de plus, et pas des moindres.