Review

Label : Truth & Soul (label original : Angle 3)

On est en 1979 ! Alors que toute la planète a été envahie depuis quelques années par la déferlante disco, le Godfather Of Soul, James Brown en personne, laisse de côté son image funk et rugueuse, en laissant place à des sonorités plus rondes, commerciales et volontairement dans l’ère du temps avec le bien nommé « The Original Disco Man ». C’est la période que choisi Lee Fields, pour sortir son première album « Let’s Talk It Over » sur un petit label : Angle 3. Le chanteur n’est pas un nouveau venu puisqu’il a enchainé depuis la fin des années 60 plusieurs 45t underground plus soulful et funky les uns que les autres. Mais ce premier LP arrivé tardivement (dont certains titres sont sortis justement en single cinq ou six ans plus tôt) fait immédiatement figure d’ovni dans le paysage musical, l’installant à contre-courant avec les tendances de l’époque, permettant par la même occasion à Lee de construire sa légende.
Le label Truth & Soul propose donc ici la réédition des sept titres originaux de l’album, agrémenté de titres sortis en single dans les 70’s mais qui n’avait pas été sélectionnés pour la première mouture de « Let’s talk it over » et de titres inédits.

Le moindre que l’on puisse dire c’est que le funk à la fois rugueux et dansant prend d’assaut cet album ! Comme on dit dans les milieux autorisés : « Ça envoie le bois ! ». Dès l’envoi de «  Wanna dance » en ouverture on sent que Little JB (son surnom de l’époque) n’est pas là pour rigoler ! Basse puissante, guitare rythmique efficace, et chant redoutable sonnent en effet comme une véritable invitation à la danse. Dans la même lignée « She’s Lovemaker » rappelle les meilleurs tubes de James Brown justement ! Et que dire des deux parties du morceau « Everybody Gonna Give Their Thing Away, Pt. 1 » qui là encore touchent des sommets de funk attitude. Un pur bonheur ! L’instrumental « Flim Flam » et son orgue Hammond n’est pas sans rappeler le « Melting Pot » de Booker T & The MG’s. Et si « Let’s talk it’s over » et « You’re my weakness » calment le jeu dans un ensemble de ballades soul, c’est pour mieux mettre en relief le reste des compositions.
Les bonus présents sur cette version Deluxe, sont également d’excellente facture avec un esprit encore plus roots : « Funky Screw », « Cutting out (on me) » (proposé également dans une autre version sous le nom de « You’ve be cutting out (on me) » ou « The bull is coming » en sont de très bons exemples.

Cet album est une véritable réussite, mais est à l’époque arrivé trop tard (ou trop tôt !) pour qu’il puisse rencontrer le succès mérité. Il faudra attendre tout de même 1997 pour que le nom de Lee Fields apparaisse à nouveau sur un LP, en compagnie de The Soul Providers sur le label Pure Records pour « Gimme The Paw ». Sa carrière prendra enfin une tournure méritée dans les années 2000 avec le revival soul-funk, la sortie de différents albums de très bonne facture (dont le très bon « Problems » sorti en 2002 chez Soul Fire), les featurings de luxe au côté de Martin Solveig, et sa stature de star de la soul en travaillant avec Daptone et Truth & Soul.
« Let’s talk…it’s only begins » !

 



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Boogie Bass
Co-créateur du webzine Fonkadelica, Boogie Bass est également responsable de l'emission de radio du même nom et dee jay à ses heures perdues (premières parties de Keziah Jones, Macéo Parker, Souljazz Orchestra, The Excitements, Amp Fiddler...).