Review

Label : Truth & Soul

Le groupe soul-funk qui monte Outre-Atlantique composé de désormais vieux briscards (Léon Michel, Jeff Silverman, Thomas Brenneck…) revient avec son troisième opus. Remarqué dès son premier simple « Sounding out the city », en 2005 mais plus encore par l’album sorti l’an dernier qui reprenait les thèmes instrumentaux du groupe hip hop Wu Tang Clan « Enter the 37th Chamber », on se demandait ce que donnerait la mouture 2010.

Cette fois-ci ils reviennent avec un hommage à Isaac Hayes. Ce dernier qui nous a quittés il y’a déjà deux ans, reste une des icônes incontournables de l’histoire de la soul music. Au-delà du talent de compositeur du Black Moses, c’est surtout sa voix qui reste largement imprégnée dans nos souvenirs, une voix chaude et caverneuse difficilement imitable ! Comment dans ces cas là rendre hommage à un tel mythe sans tomber dans la pâle copie fade et insipide ? Et bien tout simplement en faisant le choix de privilégier des morceaux à la base instrumentaux ayant été écrit pour la plupart pour des bandes originales de films. Blaxploitation.

Tout commence avec l’incontournable « Shaft », tellement incontournable d’ailleurs, que la version du groupe tombe un peu à l’eau. Beaucoup plus lente que la version originale, il manque en outre tout l’esprit du morceau : cette guitare wah wah entêtante, ce refrain prétentieux et jouissif et ces cuivres percutants à la fin qui font monter celui-ci en puissance. Heureusement le deuxième titre « Walk on by » change la donne. Morceau à l’origine composée par Burt Bacharach et Hal Davis il a connu d’abord le succès avec sa première interprète Dionne Warwick avant d’être remis brillamment au goût du jour par Isaac Hayes (entre autre) en 1969, sur son deuxième disque « Hot Buttered Soul » dans une version longue (plus de 12 minutes !). La version de El Michels Affair plus courte de moitié (mais que l’on retrouve en version edit à la fin de l’album) et seulement instrumentale n’en demeure pas moins très réussie. L’esprit du morceau est conservé avec ce breakbeat lent mais entêtant, et le jeu orgue/ guitare/ cuivres qui fait tout le charme de ce morceau. Puis vient le titre « Run Fay Run » utilisé à la base pour la B.O de « Though Guys » et repris récemment par Quentin Tarantino pour le film « Kill Bill ». Ici le quintet ( ?) en propose une version afro-funk plutôt bien vu ! On adhère ! Tout comme la version presque reggae de « Hung up on my baby » et le titre « Red Rooster » proche de l’origine, tous deux également extraits de « Tough Guys » à la base. Enfin le très lascive et tranquille « Bumpy’s Lament » mainte fois samplé dans le hip hop par le passé, ne déçoit pas avec son thème à l’orgue Hammond mélancolique et fidèle à la création originale (sur la B.O de « Shaft »).

Au final même si ce nouveau simple est un peu court (7 morceaux dont « Walk on by » repris deux fois), on passe un agréable moment avec ces morceaux connus de Isaac mais remis au goût du jour à la façon El Michels Affair. Le groupe s’installe indéniablement auprès des grands groupes actuels soul-funk tout en imposant son style. Et ce n’est sûrement que le début !

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Boogie Bass
Co-créateur du webzine Fonkadelica, Boogie Bass est également responsable de l'emission de radio du même nom et dee jay à ses heures perdues (premières parties de Keziah Jones, Macéo Parker, Souljazz Orchestra, The Excitements, Amp Fiddler...).