FONKADELICA
Webzine Funk Soul & Groovy


Interviews

3 juin 2012

MACEO PARKER : Le dossier (infos et Interview)

Découvert par James Brown au début des années 60, l’ancien musicien du parrain de la soul a traversé les modes, fidèle à son style syncopé longtemps décrié par la critique. De retour d’une tournée triomphale avec Prince, il reprendra seul le chemin des salles obscures au printemps prochain avec un nouvel album (2003). A 60 ans, Maceo Parker semble plus que jamais infatigable. Portrait d’un monstre vivant de la musique noire américaine.

Maceo Parker est né à Kinston, une petite ville de la côte-Est des États-Unis. A la maison, toute la famille a l’oreille musicale.
Papa joue du piano et de la batterie. Il chante aussi à l’église le dimanche. Avec femme et enfants. Les trois frères Parker font aussi des gammes. Melvin joue de la batterie, Kellis du trombone. Maceo choisit le sax à huit ans. Adolescents, ils suivent leur oncle, leader du Bobby Butler and the Myghty Blue Notes et fondent les Blue note Juniors.
Ensemble, ils écument les clubs en compagnie du tonton qui les laisse jouer à l’entracte. A 18 ans, il s’inscrit avec Melvin à l’école d’Arts d’Atlanta où son frère rencontre un certain James Brown. La jeune étoile de la soul music est impressionné par le style du batteur. Beaucoup moins par le jeu de Maceo. Pour faire plaisir à Melvin, il engage son frère. Maceo débute au sein du Big Brother band comme saophoniste baryton.

Maceo Parker se fait la main chez James Brown, George Clinton et Bootsy collins.

 

C’est le début d’une aventure musicale particulièrement fructueuse.
A cette époque , il se lie d’amitié avec le saxophoniste Pee Wee Ellis et le tromboniste Fred Wesley. Il quitte Brown et fonde en 1970, Maceo And All The Kings Men bientôt rejoint par ses deux compères. Le groupe grave deux albums mineurs Doing Their Own Thing (70) et Funky Music Machine (72). Trois ans plus tard, ils reprennent du service chez le parrain de la soul, devenu entre temps l’icône vivante du funk. Les JB’s sont nés.

Ils deviennent rapidement la section de cuivre afro-américaine la plus réputée du début des seventies. James Brown est aux anges. Les solos de son saxophoniste alto font mouche notamment sur Papa’s Got A Brand New Bag, I Feel Good, Cold Sweat et Sex Machine. Il le sollicite à tout va, à grand renfort
de « Maceo blow your horn » qu’on peut traduire par « Vas-y mon pote, mets nous le feu avec ton sax ». James Brown et ses JB’s sortent des disques à la pelle. Grand prince, il crée le label People pour promouvoir ses musiciens. Ces sessions sont gravées sur trois albums, Funky people Part I à III.
Brown produit et écrit US (73), la première galette solo de Maceo. En 1976, les JB’s quittent le navire en pleine gloire.

Ils rejoignent George Clinton, réputé pour ses extravagances vestimentaires et musicales. Un septennat durant, Maceo Parker joue les invités
de marque sur les albums de Parliament et Funkadelic. Il prête également son talent au Bootsy’s Rubber Band, fondé par Bootsy Collins, l’ancien bassiste de James Brown.

L’heure de la préretraite sonne au milieu des années 80. Le funk a de moins en moins la côte. Maceo revient à ses premiers amours et rejoint un James Brown à la peine, sauvé de l’oubli par Living in America, le morceau phare de la bande originale de Rocky IV. Les deux musiciens cachetonnent sur les scènes européennes et enchaînent laborieusement les vieux standards avant que ce cher monsieur Brown ne soit mis à l’ombre par la justice américaine.

 

Un succès solo tardif, mais instantané :

A l’aube de la cinquantaine, Maceo Parker se lance enfin en solo, accompagné de ses fidèles compagnons de route, Pee Wee Ellis et Fred Wesley. Il publie Roots revisited sur le prestigieux label Verve, à la recherche d’un musicien capable de remplir les caisses. Mission accomplie.

L’album est un succès. Il se classe pendant deux mois dans les charts américains, catégorie jazz. L’honorable magazine Rolling Stone le consacre artiste jazz de l’année. La presse spécialisée n’est pas aussi enthousiaste et critique son jeu limité. Maceo s’en moque. Il enchaîne les concerts et sert un répertoire dansant sans prétention, mêlé de R&B, de funk et de jazz. Ce style, parfois simpliste, séduit au delà du sérail des fans de musique afro-américaine.
La critique demeure dubitative. Qu’importe, les albums se multiplient.
La Maceo touch (98% de funk et 2% de jazz) triomphe. Mo’Roots (91), Life On Planet Groove (93) et Southern exposure (94) se vendent comme des petits pains notamment en France où le saxophoniste fait salle comble à chacun de ses passages.

Avec Funkoverload publié en 1998, Parker revisite les grands classiques de la soul avec son fils Corey, au chant.

Puis, en 1998, c’est la rencontre avec Prince ! Ils se fréquentent dans des clubs lors d’aftershows, prennent plaisir à jouer ensemble. Ils deviennent inséparables et Prince propose de plus en plus de choses à Maceo. Il l’invite sur son album Rave into the Joy fantastic et maceo reprendra deux chansons de cet album sur son propre album Dial Maceo en 2000. Maceo alternera entre ses tournées pour la promotion de Dial M. partout dans le monde,
et ses featuring sur scène avec Prince and the NPG (Cf le DVD de Rave 2000), Ani Di Franco, et autres. Comme James Brown en son temps, Prince s’appuie habilement sur le jeu syncopé de Maceo.

En 2002, il devient membre intégral des NPG, pour faire la tournée One night alone with Prince » avec son pote Greg Boyer au trombone. Il passera des heures sur les planches pour promouvoir l’album de Prince The rainbow children, entouré de ses infatigables collègues fou de funk et de jazz, entre les USA, l’Europe et le Japon.

Star du funk à 60 ans, il sort son onzième album en février 2003 : En Décembre 2002, Maceo Parker s’enferme un mois et demi en studio et enregistre Made by Maceo chez Creams records en reprenant les ingrédients qui font son succès depuis une douzaine d’années.

Le coup de bluff de Maceo Parker

James Brown rencontre Melvin Parker en 1962 au El Morocco, un club de Greensboro.

L’année suivante, Il lui propose de le rejoindre pour débuter l’enregistrement de Ought of sight. Il accepte à condition que Brown engage aussi son frère. James cède grâce à un coup de bluff de Maceo après que Melvin l’ait présenté.

James :  » Sax player huh ? Well Maceo, do you play baritone saxophone ? »

Maceo : « Ahhhhh, yes, Mr. Brown. » (NDLR : À cette époque Maceo joue du ténor)

James : « Maceo, do you own a baritone saxophone? »

Maceo : « Ahhhhh, yes, Mr. Brown. »

Dans sa biographie JBrown st revenu sur cette affaire. « Je voulais vraiment engager Melvin, mais je me suis rendu compte que pour le convaincre, il fallait que je prenne aussi Maceo, et à cet instant, je ne avais pas ce que j’avais dégoté ! »

Un multi-instrumentiste critiqué par les puristes

Maceo Parker est un véritable touche à tout. Il a commencé par le sax ténor avant d’intégrer le groupe du parrain de soul comme saxophone baryton. Il opte rapidement pour le son fruité d l’alto qu’il trimballe inlassablement de salle en salle. Artisan majeur du son James Brown, il a toujours été adulé par les fans de funk. Nettement moins par les puristes du sax et du jazz. Son swing est tendu. Ses phrases courtes. Ses sonorités, comme acidulées et brillantes. Parker concentre en son jeu une certaine
idée de l’allégresse, ancrée dans la musique populaire afro-américaine mais ouverte aux possibles du jazz.
Maceo souffle aujourd’hui dans un saxophone français, un alto MkVI de la marque Selmer. Coté bec, il a choisit le Brillard
de type Ebolin. Maceo chante aussi, joue de la flûte traversière, de l’orgue Hammond et du piano.

INTERVIEW EN 2005 :

FONKADELICA : Maceo, bonjour. Beaucoup de vos fans s’inquiètent de votre état de santé : Comment allez-vous ?

MACEO PARKER : Et bien, j’ai un cancer de la prostate… Mais j’ai un suivi sérieux et régulier. Les généralistes m’ont dirigé vers des spécialistes qui m’ont conseillé une intervention chirurgicale. Là, je me suis demandé si je devais le faire, vu la gravité de la situation. Ma décision a été prise mais nous avons un problème de planning, les médecins et moi ! J’ai dû refusé la première date à cause de ma tournée. A la deuxième, toujours pas possible. Ca devrait se faire dans deux semaines. C’est impressionnant leur méthode pour préparer ce genre d’intervention.

Alors vous serez prêt pour la sortie de ce nouvel album ! Vous jouez depuis quarante ans et votre carrière est un exemple. Où trouvez-vous l’inspiration pour un nouvel album ?

J’adore la scène et j’aime tout autant la musique. Je crois que nous en avons tous besoin en tant qu’individu. La musique, la scène, comme tout les arts, sont là pour nous aider, pour changer nos humeurs, nos émotions. C’est une aide pour affronter la vie. Lorsque je suis sur scène, particulièrement lors de festivals regroupant plusieurs artistes, et que je voie tout ces gens heureux, dansant toute la journée, ça me rend heureux. Politique, religion…Tout cela est effacé. Il n y a plus de différence et tu le sens sur scène et c’est bon ! C’est ce que j’aime et c’est ce qui me pousse à continuer. C’est mon inspiration. Mon dieu ! Si toute cette planète pouvait faire la fête en même temps !… J’essaie de capter ça, cette énergie.

C’est pour cette raison que vous prenez autant de plaisir aujourd’hui qu’à vos débuts ?

Absolument ! Avec le temps, j’observe combien la musique apporte du bonheur dans les foyers. Mais, c’est surtout le funk qui est bon pour la fête. Le jazz est plus cérébral, pour l’écoute, l’observation. Mais le funk vous ordonne la fête ! J’aime ça !

Est-ce pour cela que votre musique est souvent à la frontière des deux genres ?

Oui, mais je l’appelle quand même « funky music » (éclat de rires) et je ne m’éloigne jamais du groove même lorsque je fais du jazz.

Quelles sont les différences entre Maceo en solo et Maceo avec d’autres comme… Prince, par exemple ?

Quand je joue, c’est toujours du Maceo ! La différence est de savoir passer du statut de leader à celui de membre d’un groupe. Commander ou être commandé… Mais c’est aussi comme partir en vacances et rentrer chez soi. Tu es content de partir mais tu es aussi toujours heureux de rentrer. Mais je fais toujours attention à deux choses : Sonner funky et prendre du plaisir, quelque soit la situation.

A plusieurs reprises dans votre carrière, vous avez créé vos groupes, pourquoi ? Vous auriez pu rester en solo.

Oui… Mais pense à ceux qui voyagent toujours sur les sièges arrières en voiture. Parfois, ils restent à l’arrière pendant des années et puis, un jour, ils décident de passer leur permis. Lorsque tu es à l’arrière, si tu es curieux, tu vas observer, apprendre à te comporter suivant les situations… Ce qu’il faut faire et, surtout, ce qu’il ne faut pas faire. Et puis, un jour, naturellement, tu te sentiras bien seul mais tu seras également bien pour montrer aux autres.

Aujourd’hui, vous apprenez encore ?

Pas vraiment. Les choses sont installées…Du café, c’est du café, c’est invariable et tu n’aimes pas être décu au moment du café. Maceo, c’est pareil ! Du Maceo, c’est du Maceo et tu n’aimes pas être déçu par son goût, sa saveur. Mais rien n’empêche de surprendre et ça arrive encore. C’est arrivé récemment avec Prince qui a été surpris par ma façon de jouer un titre un jour par rapport aux fois précédentes. Avec cette méthode, tu traverses le temps et les générations. C’est grâce à cela que j’ai retrouvé une fan à un concert, venue avec son fils de 20 ans. Elle était venue me voir avec son fils lorsqu’il n’en avait que huit et elle l’a appelé Maceo ! Ils sont là aujourd’hui parce que je n’ai pas déçu.

C’est un peu comme nous qui vous avons découvert sur un album de Cameo en 1988. Nous sommes là aujourd’hui…

Ah oui ! Fred (Wesley, ndlr) a aussi joué sur cet album et John Blackwell, le batteur de Prince, a aussi joué avec Cameo. Il est fantastique, incroyable, ce jeune Blackwell. Vous avez vu cette façon de jouer, de jongler, avec les baguettes. Il est vraiment bon, incroyable !

Quoi de neuf sur cet album ? Quelque chose de différent ou juste le plaisir de jouer ?

Le plaisir de jouer. C’est mon groupe et « School’s In ! » s’inscrit dans la continuité de notre travail ces dernières années. Tout est facile. Nous savons tous de quoi nous sommes capables et la complicité est là. Ca ne sonnerait pas pareil si je travaillais avec des étrangers. Ce sont de bons musiciens et le feeling qui passe entre nous transpire aussi dans notre musique.

Vous les choisissez comment d’ailleurs vos musiciens ? Bruno Speight, par exemple, a joué avec SOS Band, Alexander O’Neal et de nombreux autres. Comment se retrouve t-il avec vous ?

Il est de ma ville natale. Mais il voyageait beaucoup et jouait beaucoup également. Et puis, un jour, il a émis le souhait de jouer avec moi. Nous en avons discuté. J’aime sa façon de jouer. La vérité est que j’aime mes musiciens parce qu’ils sont bons techniquement et surtout humainement. J’ai appris ça de George Clinton. Hayes, du groupe NPG est comme ça. Il sait où je veux aller, il est très intuitif.

Pourquoi ce titre, « School’s In » ?

En fait, je dois ce titre à Prince. C’est une expression qu’il a employé lorsque Candy Dulfer, Greg Boyer et moi avons commencé avec lui. « School’s In ! », c’est ce qu’il a dit ! Cela signifiait :  » Nous allons jouer ensemble mais soyez attentif comme un jour de rentrée des classes. Jouez mais soyez attentifs ! Vous êtes tous bons mais cela ne vous empêche pas d’être attentifs ». La reprise du standard « ABC » est aussi là pour faire le lien avec le titre de l’album. J’étais sûr que cette reprise allait sonner funky ! Avant même de l’enregistrer, je le savais. C’est un des privilèges des musiciens, un luxe, nous entendons des choses avant qu’elles n’arrivent… (et Maceo se met à chanter et mimer son jeu)

Maceo, avez-vous des regrets ?

Je garde toujours un espace, une place pour des projets laissés en suspend… Avec cette démarche, tu ne peux pas avoir de regrets. Cela peut concerner des idées à venir mais non réalisables par manque de temps, soit des projets commencés mais inachevés. Stevie Wonder, Janet Jackson, Eddie Murphy ont fait appel à moi. Il y a aussi eu des projets de B.O. Tout cela n’est pas arrivé mais peut être un jour, qui sait ?

Propos recueillis par Christophe Augros

 

>> SA DISCOGRAPHIE

>> SITES : MACEO.COM ou MACEO.FR

Propos écris par l’équipe Fonkadelica en 2003 et 2005



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