FONKADELICA
Webzine Funk Soul & Groovy


Interviews

6 mars 2015

TUXEDO : « C’est comme si Chic rencontrait Nate Dogg ! »

Tuxedo c’est le producteur Jake One et le chanteur soul Mayer Hawthorne, en mode smoking et noeud pap. Leur album éponyme sorti chez Stones Throw est un produit léché, boogie funk façon 80’s sur lequel les parisiens ont pu se trémousser lors de quelques DJ set du duo.

Julien Le Gros les a rencontré quelques heures avant leur DJ set parisien du 25 février 2015, afin d’en savoir plus sur ce projet particulièrement intéressant !

Pouvez-vous vous présenter ?

Jake One : Jake One, la moitié de Tuxedo

Mayer Hawthorne : Mayer, smooth dude with a gangsta groove!

Quelle est la matrice de Tuxedo ?

 Jake One : On voulait faire une musique qui soit à la hauteur du nom Tuxedo, qui est un type de smoking, à la fois élégante et funky. On a fait un plutôt bon boulot. C’est une combinaison de boogie funk des années 80 et de G-funk des années 90 de la Côte ouest. Ce sont vraiment nos deux influences principales sur ce projet.

 Mayer Hawthorne: C’est comme si Chic rencontrait Nate Dogg ! On voulait faire une musique qui ait l’authenticité du boogie funk d’origine mais bien évidemment qui ait aussi une valeur ajoutée par sa nouveauté.

 

Vous êtes vraiment dans le corpus musical de Chic, Shalamar, The Whispers…

Jake One: Oui. Les productions soul Rnb de Leon Sylvers, Midnight Star, Chic, René and Angela, Bernard Wright, Plush, les productions de Leroy Burgess… Pour le côté hip hop des années 90: Dr Dre, Snoop Doggy Dogg, Warren G, DJ Quik, Battlecat…

 

Mayer vient de la soul et toi du hip hop avec tes collaborations avec Brother Ali Young Buck, De La Soul… C’est ce qui fait l’intérêt de ce duo ?

 Jake One : Je pense. En même temps on vient tous les deux du hip hop. Mais Mayer est plus connu comme un chanteur de soul. Tout ce qu’on fait chacun intègre des éléments de hip hop. Ça s’entend dans notre musique. Il y a une base de loop caractéristique du rap. Ce n’est pas comme si on était en train de jouer avec un orchestre. Dans la façon de chanter de Mayer c’est très moderne. Ça ne sonne pas exactement comme sur un disque des années 80.

 

En 2013 vous avez lancé un premier son en teaser. Le projet était très mystérieux ?

 Mayer Hawthorne : Au début on n’en a parlé à personne ! J’étais encore sous contrat avec Universal. Légalement je n’avais pas le droit de sortir un album sous mon nom. On n’a dit à personne qui on était. On a juste dit qu’on était Tuxedo. On voulait voir quelles seraient les réactions.

 Jake One : D’un autre côté si on avait tout de suite dit qui on était les gens se seraient dit que c’était encore un projet hip hop soul de plus.

Mayer Hawthorne : Ils se seraient attendus à ce que ça sonne différemment de ce qu’on a fait.

Jake One : On voulait avoir des réactions naturelles à notre musique au delà des idées préconçues.

Mayer Hawthorne : Beaucoup de gens nous ont écouté avec un esprit ouvert sans même chercher à savoir qui était derrière

 

« Do it » est un titre phare qui a été l’objet d’un clip. Quelle est l’histoire de ce titre?

 Jake One : C’est une chanson qu’on a composé entre 2011 et 2012. C’était à l’époque où on cherchait à trouver quel serait le son de Tuxedo. On partait d’un bon pied. J’avais vomi toute la journée quand on a fait le morceau (Rires). C’est un titre qui a marqué les esprits. On l’a fait il y a un moment mais ça cartonne toujours!

 Mayer Hawthorne : « Do it » exprime notre gratitude à Roger Troutman de Zapp qui a été une de nos plus grandes influences à tous les deux. La chanson s’appelait à l’origine « Do it Mayer ». Mais on s’est dit que « Do it » ça suffisait.

 

Le dernier titre de l’album « Number one » renvoie à « Ain’t no fun » de Doggystyle , le premier album de Snoop en 1993

 Jake One : C’est une chanson dont j’ai eu l’idée. Je me suis demandé quel pourrait être le sample original de « Ain’t no fun ». On a fait une version au début qui n’était pas bonne. Elle sonnait trop différemment. On s’y est attelé à nouveau. On ne voulait pas le mettre dans l’album à la base mais tout le monde a tellement accroché sur le morceau qu’on a fini par le faire. C’est la chanson de l’album qui est la plus basée sur l’idée de gimmick.

 Mayer Hawthorne : C’est une chanson qui détonne. C’est la seule dans l’album qui se base sur une chanson déjà existante. On est tous les deux de grands fans de hip hop. Quand on a commencé à digger des disques une de nos marottes était de retrouver les samples de nos chansons de rap préférées. Sauf qu’il n’y a pas de sample pour « Ain’t no fun » [ndlr : il en existe mais pas sur le thème principal du morceau] alors on s’est amusé à imaginer comment la chanson du sample aurait sonnée s’il y en avait eu une !

tuxedo 2

Est-ce aussi un hommage à la voix Rnb de feu Nate Dogg?

Mayer Hawthorne : Bien sûr. Nate Dogg est une des plus grandes influences de ce projet. Il nous manque beaucoup !

 Jake One : Il n’a pas été remplacé et ne le sera jamais. On l’a un peu méprisé et maintenant qu’il n’est plus là sa musique est populaire. C’est notre façon à nous de le garder en vie. L’autre jour on a écouté une vingtaine de ses chansons. C’est hallucinant de voir le nombre de classiques qu’il a fait.

 

Pourquoi avoir signé sur Stones Throw sur lequel Mayer avait sorti l’album A strange arrangement en 2009?

 Jake One : C’était le bon endroit. Stones throw nous a laissé être nous-mêmes sans essayer de modifier notre musique. Mayer avait déjà travaillé avec eux. Les relations étaient bonnes.

 Mayer Hawthorne : Je suis resté en contact avec eux après être parti chez Universal. J’étais toujours proche du fondateur du label le DJ Peanut Butter Wolf. On savait que c’était l’endroit où on comprendrait notre musique. Mes deux derniers albums solo  How do you do  et Where does this door go  étaient chez Universal. J’ai fait écouter des échantillons de Tuxedo au président d’Universal Republic Records. Il m’a dit qu’il ne voyait pas la différence entre Tuxedo et Mayer Hawthorne. C’était le signe que ce n’était pas le bon endroit pour ce projet!

 

Qu’en est-il de vos projets solo?

Mayer Hawthorne
: Mon deal avec Universal est terminé. Je ne sais pas du tout où sortira mon prochain disque.

 Jake One: Je continue ces collaborations avec des gens comme Brother Ali. C’est moins intense en ce moment. On se concentre sur ce duo. Mayer est très classe. Il fait ses propres vêtements. C’est un homme de la Renaissance. (Rires) Je continue de faire mes beats tranquillement à la maison en surveillant mon enfant.

 Mayer Hawthorne: Tuxedo c’est notre priorité du moment

 

Jake One tu as des titres qui ont été dans des bandes-originales de film comme Get rich and die tryin avec 50 cent ou Gone baby gone ?

 Jake One: Quand je fais une chanson pour de grands artistes comme Freeway ou Truthlive c’est toujours agréable de voir mes musiques partagées. Mais faire le DJ dans tel endroit, jouer nos propres chansons en en maitrisant la diffusion, voir la réaction des gens en direct c’est un sentiment beaucoup plus agréable. Ce n’est pas une question d’argent. C’est simplement le plaisir d’avoir des contacts humains avec notre musique.

 

Votre projet est clairement délimité dans le son West Coast de Los Angeles ?

 Jake One: Je viens de Seattle et je n’avais jamais été associé à un projet qui soit de la musique purement West Coast. Ça m’a plu. Laissons Mayer représenter la côte ouest ! Il y a déménagé donc il est encore plus impliqué dans cette culture.

Mayer Hawthorne : Ca fait presque dix ans que j’habite à Los Angeles. Je suis à un stade où je suis officiellement West Coast.(Rires). Il y a quelque chose là-bas qui me parle vraiment. Même quand j’habitais à Detroit j’écoutais beaucoup de musique de la West coast comme Snoop Dogg, Ice Cube, NWA et Dam Funk. Il y a tellement de bonne musique qui a été produite dans ce coin. E-40 dans la baie de San Francisco. Souls of Mischief à Oakland..

 

Quand tu as vécu à Detroit les belles heures de la Motown étaient déjà passées.

Mayer Hawthorne : La Motown a déménagé à Los Angeles. J’ai fait pareil Je les ai suivi !

 

Ton nom Hawthorne vient de là où tu as grandi à Ann Arbor dans le Michigan

Mayer Hawthorne : C’était le nom de la rue où j’ai grandi Hawthorne road

  

Pour tes projets solo tu revendiques beaucoup l’influence de musiciens des années 70 comme Leroy Hutson, Smokey Robinson, Isaac Hayes, Mike Terry, Curtis Mayfield…?

Mayer Hawthorne : Barry White c’est le numéro un pour moi. Je l’aime !

 Jake One : On écoutait Curtis Mayfield en venant à Paris. Un peu de Superfly  mais aussi ce qu’il a produit avec Linda Clifford, Curtis Mayfield and the Notations en 1975:  Super people.

Mayer Hawthorne : «You’re so good to me » sur l’album  Heartbeat de 1979 c’est ma chanson préférée de lui.

tuxedo


Récemment tu as fait une reprise de Rihanna « Stay » > ?

Je suis devenu fan de Rihanna. Ça m’a pris pas mal de temps. Il y a quelques années ce n’était pas ma tasse de thé. Je pense qu’elle a évolué et qu’elle est devenue une grande chanteuse.

 

Comment comptez-vous faire évoluer la formule Tuxedo en dehors du DJ set?

Jake One : On va essayer de faire des concerts. C’est une expérience qui a aussi un coût prohibitif.

Mayer Hawthorne : C’est une grosse production. Pour nous il n’y a qu’une façon de faire du live c’est en faisant les choses en grand. C’est ça ou rentrer à la maison! On espère qu’on arrivera à monter un groupe pour tourner partout. Si on n’arrive pas à faire ça dans votre ville de toute façon notre DJ set sera différent de tout ce que vous avez vu auparavant! On fait tout pour que ce soit divertissant. Beaucoup de gens ne savent pas qu’on est des DJ avant tout. On ne se contente pas de jouer ce qui tourne sur notre I Pad. On est des vrais DJ !

 

Enfin quels sont vos derniers coups de cœur?

Mayer Hawthorne : J’ai beaucoup écouté le DJ Kaytranada. On espère qu’il nous fasse un remix.

Jake One : Récemment j’ai joué une chanson d’un gars qui s’appelle Warm Brew avec le rappeur Dom Kennedy de Los Angeles: « Hold on to her » ça sonne beaucoup comme du Nate Dogg.

>> En savoir plus



About the Author

Julien Le Gros
Je suis journaliste indépendant spécialisé dans les musiques noires, de l'Afrique en passant par les diasporas. Pigiste entre autres pour Afriscope Africultures Jazz Magazine Mondomix, j'ai pu interviewer de nombreux artistes internationaux comme Leon Ware, Patrice Rushen, Mulatu Astatké, Alpha Blondy, Malavoi, Femi Kuti, Jon Hendricks ou encore Hugh Masekela.




 
Derniers articles
 
 

 

FONKADELICA webzine : c’est fini !

Tweet Email CevherShare Tweet Email Voilà c’est fini ! Après bientôt 18 ans de bons et loyaux services dans le cadre de la promotion de la soul, du funk et de tous leurs dérivés, c’est avec regret, mais aussi bea...
by Fonkadelica
3

 
 

Fonkadelica Radio Show – spécial Northern Soul

Tweet Email CevherShare Tweet Email 01. Martha And The Vandellas – Dancing In The Street (Gordy / Motown, 1964) 02. The Isley Brothers – This Old Heart Of Mine (Motown, 1966) 03. The Velvet Satins – Nothing Ca...
by Fonkadelica
0

 
 

[Compilation] AFRICAN SCREAM CONTEST 2 : la suite tant attendue !

Tweet Email CevherShare Tweet Email Une décennie après la sortie du premier volume, African Scream Contest, le label Allemand, Analog Africa, fait paraitre la suite de cette compilation sous le nom d’African Scream Cont...
by Fonkadelica
0

 




15 Comments


  1. RT @Fonkadelica: Interview de TUXEDO : « C’est comme si Chic rencontrait Nate Dogg ! » (@Tudexo / @MayerHawthorne)
    http://t.co/JUiOh8snSG



Laisser un commentaire