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Interviews

15 mars 2013

« Son style est reconnaissable, il y’a une touche YAN TREGGER ! »

yan tregger 2013

Quand on parle de Library Music en France, plusieurs noms viennent en tête ! Yan Tregger fait partie de ces figures incontournables, dont l’époque contemporaine a rendu hommage grâce aux diggers de tout poil et aux faiseurs de samples toujours friands de sons rares ou obscures.
Avec une longue discographie sous son propre pseudo ou sous divers autre formations : MBT Soul, Schifters, Major Symphony, Soul City, Ron Capone…, ce dernier n’avait jusqu’à présent jamais été compilé !

L’erreur est réparée aujourd’hui grâce à une équipe de passionnés, les animateurs de l’emission de radio « Pressage Original » de la radio RGB, qui a minutieusement avec Mr Tregger en personne sélectionné les douze perles (dont deux inédits) de la compilation « Seventies & Eighties : the pop sound of Yann Tregger ».

Un projet que Fonkadelica soutient et qui a été l’occasion d’interviewer Olivier Peyr, un des animateurs de « Pressage Original », collectionneur de musique d’illustration,  et également chroniqueur régulier dans nos colonnes !


Fonkadelica : Quelle a été la situation de la musique d’illustration en France par le passé ?

Olivier Peyr : C’est l’un des domaines où, COCORICO, les français ont été très bon à l’époque de son plein essor, entre 1965 et les premiers disques estampillés « Chappell » et 1985 et l’impressionnant catalogue Koka media. Entre les deux, c’est une véritable déferlante de disques qui domine un marché peu connu mais pourtant très prolifique, et des dizaines d’artistes qui jouent, composent ou orchestrent dans l’anonymat des tonnes d’albums parmi lesquels certain sont aujourd’hui très recherchés…

En quoi ce courant musical est-il singulier au final ?

 D’une part, les disques ne sont pas commercialisés au grand public. Souvent pressés en petite quantité (500 à 1000 exemplaires), ils sont spécifiquement destinés aux radios, tv ou au cinéma.

D’autre part, cette musique n’est ni l’œuvre ni la chasse gardé des Etats-Unis qui était et reste encore considéré comme le plus grand pourvoyeur de musique groovy au monde.

Enfin, et c’est peut être là sa plus grande force, il s’agit probablement du courant musicale le plus éclectique et le plus expérimental qui soit. De la même manière que Jimi Hendrix, Carlos Santana ou Georges Clinton par exemple, les illustrateurs ont bel et bien créé, expérimenté et découvert des nouvelles sonorités. Ainsi, vous pouvez passer sur un seul et même disque du rock psychédélique au grand méchant groove cuivré et chaud bouillant, et terminé finalement sur un son disco cosmique et synthétique surréaliste ! Les artistes étaient généralement très peu limités dans leurs choix car leurs éditeurs leurs laissaient « carte blanche » !


Et qui sont ces artistes ? Tu peux nous citer quelques noms ?

De parfaits inconnus pour la plupart… même si certains ont fini par s’imposer au grand public comme par exemple Jean-Claude Petit qui s’illustra sur Chappell en 1969, ou Vladimir Cosma qui travailla un temps sur le fameux label Musique pour l’image (MPI) dés 1968, ou encore Manu Dibango qui composa en 1972 l’incroyable « African Voodoo » sur PSI.

Tous n’ont pas eu la même chance mais parmi les artistes restés dans l’ombre, boudés pendant plus de 30 ans, certains sont désormais reconnus dans le monde entier pour l’ensemble de leur œuvre. En France, notre ambassadeur s’appelle Yanko Nilovic. Il a travaillé sur l’illustre label Montparnasse 2000 dans les années 70. Ses collègues de l’époque s’appelaient Jacky Giordano, Camille Sauvage ou Yan Tregger. Ils ont tous marqué le genre à leur manière. On peut aussi citer en vrac : Daniel Janin et son acolyte Jean-Claude Pierric, Claude Vasori, Pierre Dutour, Bernard Lubat, Jean-Pierre Decerf, Paul Piot, Nino Nardini, Eddie Warner, Cecil Leuter, Alan Parker (UK), Ennio Morricone (IT), Piero Umiliani (IT), Klaus Weiss (GMY), Sydney Dale (UK), Keith Mansfiled (UK)

Montparnasse 2000
Quand est-il aujourd’hui ?

Il est probable que la plupart ait abandonné la musique pour des raisons financières car les contrats se sont faits de plus en plus rares avec l’avènement de l’ère numérique. On trouve cependant quelques irréductibles qui continuent malgré tout de vivre pour leur passion. C’est le cas de Yan Tregger.


Justement comment s’est fait ta rencontre avec Yan Tregger ?

 Par hasard. Il m’a contacté car j’avais passé l’un de ses disques dans notre émission de radio « Pressage Original » sur Radio RGB.

yan tregger projet 2013
Comment est venu l’idée de sortir une compilation de son œuvre ? Le choix a t-il été difficile ?

L’idée vient de lui mais nous somme très vite tombés d’accord car j’ai trouvé çà important. Grâce à ce projet, j’aide à transmettre cet héritage musical méconnu au plus grand nombre. Pour le moment, les seuls à vraiment profiter de ce joyau qu’est l’illustration musicale sont les « faiseurs de sample » qui oublient très souvent de créditer l’artiste original et/ou de payer les droits d’auteurs… Yan Tregger n’a pas échappé à cette règle. Mr. Oizo avec son titre « Rubber » a samplé le morceau de MBT Soul « Deep love » par exemple.

L’autre raison qui rend ce disque indispensable est le coût des disques originaux. Aujourd’hui, pour se payer l’album « Timing 3 » de Yan Tregger, il faut casser ta tirelire…!

Je ne peux parler en son nom, il doit aussi avoir ses propres raisons pour sortir cette compilation.

La sélection a été difficile. Nous avons écouté près de 150 titres pour n’en sélectionner que 12 !
Yan Tregger est-il différent des autres illustrateurs sonores ?

 C’est certain. Son style est reconnaissable, il y a une touche « Tregger » sur chacun de ses  morceaux, c’est indéniable. Il est aussi l’un des premiers à jouer du disco en France,  le premier Major Symphony date de 1974 ! Plus tard, il a utilisé les synthétiseurs de manière tout à fait unique selon moi. C’est cette singularité qui font sa renommée dans le petit monde des « diggers » du monde entier.

 major symphony
Le choix de le sortir uniquement en vinyle était-il délibéré ?

Tout à fait, nous nous sommes tournés vers ce support naturellement. C’est un choix unanime et assez logique pour ce type de projet. Comme disent certain, « Vinyl is not dead », c’est un support d’avenir selon moi, ce qui n’est plus le cas du CD. Quant aux autres possibilités, elle n’ont pas été envisagées.

>> Interview réalisée par Boogie Bass le 23 février 2013

YT front cover

-> Tracklisting et achat de « Seventies & Eighties » , la compilation de Yan Tregger



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L'équipe de Fonkadelica vous propose parfois des chroniques communes, après des débats endiablés, et des empoignades musclées ! La raison du plus fort finit toujours par l'emporter ! ( A moins que ce ne soit la majorité !).




 
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