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Interviews

6 mai 2015

SNARKY PUPPY – Interview de Michael League, pour l’album « Sylva »

« Sylva » est sans conteste l’aventure la plus flamboyante de Snarky Puppy. Le groupe installé à Brooklyn fusionne plus que jamais les genres musicaux entouré de l’orchestre symphonique néerlandais Metropole Orkest. Du groove orchestral qui envoie !

Rencontre – Interview de Julien Le Gros, pour Fonkadelica :

 

Que signifie Sylva ?

Sylva c’est lié à la forêt. Chaque mouvement, chaque titre de l’album est écrit à propos d’une forêt différente où j’ai pu aller au cours de mon existence. Chaque titre a une identité. C’était le thème. C’est ce corpus que j’ai utilisé quand j’ai écris chaque pièce. Ça me semblait être un titre approprié. 

L’album fonctionne comme une suite avec un grand éclectisme musical

C’est une suite avec six mouvements qui a été conçue d’une certaine manière  comme un voyage musical pendant lequel l’ordre dans lequel les morceaux sont joués est important. Chaque mouvement correspond à une forêt que j’ai visité. Elles ont des personnalités différentes. Certaines sont sombres. Il y a une partie Atchafalaya qui sonne comme une fanfare de la Nouvelle-Orléans parce que ça correspond à une forêt qui est dans un marais dans le Bayou Atchafalaya. Je voulait faire une suite avec des variations musicales en passant du rock au jazz au funk au classique. Ce thème forestier me le permettait.

Il y a même une pièce qui s’intitule étrangement Gretel

C’est un clin d’oeil évident au conte allemand des frères Grimm avec les deux gamins Hansel et Gretel qui se perdent dans les bois. C’est une histoire très sombre. J’ai écrit ce titre plusieurs années auparavant pour un autre album qui n’a jamais vu le jour. J’ai intitulé cette chanson en analogie avec un ami à moi qui s’est perdu, pas dans les bois physiquement, mais en tant qu’individu. Ça m’a intrigué l’histoire de ces deux gamins dans la forêt qui n’ont pas tellement envie d’être retrouvés. Ils apprécient le sentiment d’être perdus jusqu’au moment où ils sont vraiment en danger. C’est une histoire intéressante. 

Comment s’est faite la rencontre avec le Metropole orkest des Pays-Bas qui a abouti à un CD/DVD ?

Cet orchestre a été invité par un de nos amis pour faire partie du public quand on a joué le disque We like it here aux Pays-bas. Juste après le concert ils sont venus nous voir pour nous dire qu’ils avaient envie de collaborer avec nous. Pour moi c’était vraiment un rêve d’enregistrer avec un orchestre symphonique. Je n’avais jamais eu l’opportunité ou l’argent pour le faire. Le projet sonnait bien. En moins de deux jours on a planifié l’enregistrement de l’album. On avait trois jours de répétition avec l’orchestre et deux jours pour enregistrer. Ça a été très rapide. 

Ça sonne live même si ça a été enregistré en studio

C’est notre méthode à chaque fois qu’on fait un album. On enregistre en studio mais on invite du public. On n’ajoute pas de son. Comme ce n’est pas enregistré dans une salle de concert on a un son d’une plus grande qualité. C’est un traitement de studio mais avec un public qui donne l’impression que c’est du live. Pour l’Olympia on se retrouve le jour du concert. On fait une rapide balance. J’ai confiance dans mon groupe et dans l’équipe du Metropole Orkest. On a déjà joué ça et on le refera à nouveau sans problèmes.

Comment avez-vous travaillé sur les arrangements ? 

On a programmé la séance sans avoir la musique écrite. J’ai donc du l’écrire dans la foulée alors que j’étais en tournée en permanence. J’ai écrit toute la musique dans des chambres d’hôtel en jouant les basses et le petit clavier midi de mon ordinateur.

Avez-vous eu une formation classique ?

J’ai grandi en écoutant beaucoup de musique classique. Je n’ai jamais arrêté. Ma mère est une flûtiste classique. Elle a joué les oeuvres de Bach, Beethoven, Strauss…  Quand j’ai enregistré ce disque j’ai écouté beaucoup trois compositeurs en particulier: Stravinski, Chostakovitch, Philip Glass en m’inspirant surtout de leur manière d’utiliser les instruments dans un orchestre plus que de leur style de composition. Je voulais faire quelque chose de moins classique en matière de composition à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la forme traditionnelle de l’instrumentation dans la musique classique. 

Comment s’est faite l’alternance entre la partition et l’improvisation ?

C’est sûr que quand on écrit pour soixante-trois personnes il faut être très précis! Surtout quand on n’a que trois jours de répétition avec l’orchestre. La majorité de la musique a été arrangée au cordeau mais j’ai intentionnellement laissé des sections largement ouvertes à l’improvisation. On avait des variations qui permettait aux joueurs de Snarky Puppy de vraiment s’exprimer en toute liberté. J’ai essayé de trouver un bon équilibre. Avec Snarky Puppy c’est toujours notre but de trouver cet équilibre entre le travail de composition et les parties improvisées.

sylva

Ça aide pour les parties solistes d’être un groupe soudé depuis 2004

Duke Ellington est le premier dans le jazz qui a été vraiment reconnu pour écrire de façon très spécifique pour les membres de son orchestre. On appelait même ça l’effet Ellington. Snarky Puppy fonctionne de la même façon. Quand j’écris une section avec de la place pour un solo je pense tout de suite à la personne qui est la plus adaptée pour jouer à cet endroit. Quand j’ai ça en tête je modifie la section parfois même jusqu’à l’exagération pour leur donner le champ pour s’exprimer au mieux. Chaque membre du groupe joue un solo à un moment ou un autre du disque. J’ai essayé de faire en sorte que la section pendant laquelle ils prennent leur solo mette en valeur leur force.

 Vous prenez un solo de basse sur The curtain. Quelles sont vos références en tant que bassiste ?

Mes bassistes préférés sont des bassistes de groove old school comme James Jamerson, Bootsy Collins, Larry Graham… J’aime aussi des gars qui harmoniquement, mélodiquement repoussent les murs comme Tim Lafave, Fima Ephron.. Pour ce solo spécifique sur The curtain c’est une section très étrange. Une partie assez bizarre de la chanson. Je voulais trouver une approche mélodique qui correspondait au son de cette section. Il y a des éléments polyphoniques à cet endroit.  C’était amusant pour moi. Je ne prends que très rarement des solos Je ne sonnais pas vraiment comme une basse. J’essaye de sonner comme un clavier quand je joue de la basse ou de la guitare à partir de mon clavier Moog keybass. Ça permet d’obtenir un son totalement différent.

Vous avez eu des collaborations aussi éclectiques que Lalah Hathaway, Robert Glasper, une chanteuse antillaise Malika Tirolien, Bukuru Celestin du Burundi et le grand compositeur jazz funk Bernard Wright 

Bernard Wright c’est mon mentor. C’est le dude! Pour moi Snarky Puppy est moins un groupe qu’un véhicule qui donne une opportunité et une excuse aux membres du groupe de se confronter, s’étendre et jouer de la musique qui nous pousse dans une direction vers laquelle on ne serait pas allé habituellement. Travailler avec des gens avec lesquels on n’aurait pas eu l’occasion de travailler en temps normal. Jouer une chanson avec David Crosby, la suivante avec Lalah Hathaway, une autre avec orchestre symphonique et une autre avec un gars d’Afrique de l’ouest comme Salif Keita. On apprend tellement en tant que musicien et sur la musique en général. S’adapter, s’approprier une chanson en restant soi-même en permanence. Le groupe reste une excuse pour faire beaucoup de musiques très différentes.

Votre palette musicale est large entre le rock de Crosby Stills Nash and Young, le pure jazz Chris Potter ou le gospel d’un Kirk Franklin 

Le plus grand danger pour un musicien c’est de se retrouver dans une confortable routine et faire tout le temps la même chose. Individuellement ou avec le groupe on essaie de relever des défis et grandir en tant que musicien.

Comment s’est faite la rencontre du groupe à Dayton au Texas ?

Pour la plupart d’entre nous on s’est rencontrés à l’Université du North Texas. C’était ma première année et je voulais former un groupe. Je composais de la musique. Chaque semaine on jouais avec les amis dans des appartements. On jouait gratuitement dans les bars. C’était vraiment pour le fun. En 2008 quand on a joué avec les gars de Dallas comme Robert « Sput » Searight, Bobby Sparks, Bernard Wright, Shaun Martin qui ont participé à l’album Bring us the bright on s’est aperçus que ce groupe avait un avenir.

C’était un trip d’étudiants à la base, comme le prouve ce nom de Snarky Puppy

Personne ne prend rien trop au sérieux dans le groupe. Si j’avais su que le groupe aurait duré plus de dix ans j’aurais sûrement choisi un nom plus sérieux que Snarky Puppy !

Quelle est votre actualité ?

On vient juste d’enregistrer Family dinner volume 2 avcc Salif Keita, David Crosby, Susana Baca, Jacob Collier, Becca Stevens, Laura Mvula, Chris Turner de Los Angeles, le groupe Vasen,de grands instrumentistes comme Jeff Coffin, Charlie Hunter, Carlos Malta, Bernardo Aguiar

Avec qui avez-vous envie de travailler prochainement ?

Je pensais à ça dernièrement. On a parlé avec Bobby Mc Ferrin de faire quelque chose mais on ne sait pas encore quoi et quand. Ce serait vraiment très intéressant. J’ai un grand respect pour lui. Je suis aussi très intrigué par la musique malienne. Récemment j’ai eu une magnifique expérience en allant voir Salif Keita à Bamako. J’aimerais travailler avec des artistes maliens.

Pour finir qu’avez-vous écouté dernièrement ?

J’ai écouté Oumou Sangaré et Neba Solo qui joue du balafon, Tinariwen. J’adore le dernier Kendrick Lamar. Je me suis aussi replongé dans l’album Morning phase de Beck et les vieux disques de Crosby Stills Nash and Young.

 >> Site Officiel

En concert à l’Olympia le 7 mai 2015, et en tournée française … (Voir la news et les dates)



About the Author

Julien Le Gros
Je suis journaliste indépendant spécialisé dans les musiques noires, de l'Afrique en passant par les diasporas. Pigiste entre autres pour Afriscope Africultures Jazz Magazine Mondomix, j'ai pu interviewer de nombreux artistes internationaux comme Leon Ware, Patrice Rushen, Mulatu Astatké, Alpha Blondy, Malavoi, Femi Kuti, Jon Hendricks ou encore Hugh Masekela.




 
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22 Comments


  1. SNARKY PUPPY – Interview de Michael League, pour l’album « Sylva » – FONKADELICA (Funk Soul & Groovy) http://t.co/VIo8jPDaYe via @Fonkadelica


  2. Xavier Péron

    découverts il y a peu, leur dernier album tourne en boucle ! terrible


  3. SNARKY PUPPY – Interview de Michael League, pour l’album « Sylva » – FONKADELICA http://t.co/f9RiYDrZAh via @Fonkadelica


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