FONKADELICA
Webzine Funk Soul & Groovy


Interviews

14 septembre 2016

RESOLUTION 88 : INTERVIEW de Tom O’ GRADY

INTERVIEW avec le leader de RESOLUTION 88, Tom O’ GRADY, dont nous avons apprécié les albums … en Chat FBook, avec Billy Jack aux commandes, pour Fonkadelica. Exclue !

Fonkadelica ( Billy Jack) : Je me suis renseigné sur le parcours des différents membres du groupe via votre site et autre, et j’ai constaté que vous avez tous des profils assez différents, ton bassiste est passé par Berklee à Boston, toi tu es un autodidacte ayant grandi à Londres, le batteur Ric Elsworth vient de Manchester où il y a fait ses études musicales… comment votre groupe tout récemment constitué en 2012 a donc pris forme ?

Tom O’ GRADY : Tiago était à Berklee oui, moi je me suis initié au jazz tout seul, donc j’ai jamais reçu une formation du type, mais je joue du piano classique depuis tout petit, et j’ai pu décrocher 2 diplômes à l’époque où j’étais à l’université dans le cadre de ma formation d’ingénieur. Ric était à Chetham à Manchester, une prestigieuse académie musicale, puis il  s’est installé à Londres pour étudier au « Royal College of music » on s’est tous rencontrés sur la scène musicale de Cambridge, où alors chacun faisait des jams de son côté.

Vous êtes tous relativement jeunes et débutez encore dans le métier, mais comment avez-vous déjà pu effectuer tant de collaborations prestigieuses ? Toi qui a joué avec le légendaire cordiste américain Clare Fisher (long collaborateur de Prince – NDLR), Ric avec Jimmy Page de Led Zeppelin, Afrika Green (la seconde batteuse NDLR) a récemment rejoint les Pet shop Boys en tournée, vous avez effectué les premières parties de groupes notoires de funk tels que Snarky Puppy et les Blackbyrds etc… était-ce par le biais de castings ? si non raconte s’il te plaît.

(…Rires…) peut-être que nous faisons plus jeunes que nous le sommes réellement. Les collaborations que tu as mentionné, c’est le fruit de la chance et de notre propre provocation de cette chance. J’étais très jeune quand je me suis rendu à Seattle pour jouer à l’annuel Redbull Music Academy, c’est là que j’ai fait la connaissance de Clare Fisher et nous avons partagé des scènes. Idem avec David Matthews, connu notamment pour avoir été l’arrangeur de James Brown, j’ai aussi fait la connaissance du pianiste Eumir Deodato parmi d’autres…. Ric est constamment surbooké sur la scène Londonnienne, c’est par là qu’il a lui-même fait ce type de rencontres dont Jimmy Page. Il faut aussi noter que Ric est membre de l’orchestre contemporaine de Londres (LCO) qui est une grande institution. Afrika cherchait à faire des rencontres dans le milieu pop, et elle s’est faite remarquer par les Pet shop Boys qui l’ont plus tard contactée. Les premières parties de Snarky Puppy c’était une expérience assez précoce pour la toute nouvelle formation que nous étions, cela s’est fait par l’entremise de leur manageur qui nous a remarqué, il apprécie notre musique et nous supporte depuis le 1er jour. Pour les Blackbyrds j’ai directement contacté le promoteur de leur tournée et je lui ai montré ce qu’on faisait, j’étais convaincu que ça pouvait marcher car je savais que notre musique s’apparente. Donc toutes ces collaborations, on les doit certes à de la chance, mais c’est d’abord grâce à notre détermination et abnégation au travail.

Tu as particulièrement dédié ces 2 albums au claviériste de funk Don Blackman (décédé en 2013 – NDLR) et que l’on adore tous au sein de notre rédaction et même au delà, tu l’as même cité en tant que mentor. Peux-tu nous parler plus précisément des circonstances de votre rencontre et de la nature exacte des rapports que vous avez développé ?

Quand j’ai écouté son classique de 1982 (album éponyme Don Blackman – NDLR)

J’étais comme qui dirait « envoûté », j’ai eu l’impression de l’avoir déjà entendu des millions de fois, ou un peu comme si j’étais né avec ça en moi. Je lui ai envoyé un mail via son site, et à ma grande surprise il m’a répondu, et on a échangé de façon cordiale, je lui ai dit à quel point j’adorais sa musique, et je lui ai posé des questions sur son travail avec le claviériste Weldone Irvine avec qui il a longtemps collaboré.

Plus tard j’ai fait une reprise de son titre « heart ‘s desire » qu’il a pu voir sur youtube et qu’il a appréciée, puis il m’a invité à jouer avec lui,et on a développé des rapports amicaux. C’est ça qui était si fascinant avec Don, c’était l’un des plus grands musiciens de sa génération, et même si son classique n’a pas eu la reconnaissance qu’il aurait dû avoir, il est resté digne, gracieux, amical, pas amer du tout ni aigri, et il était très disponible pour ses fans.

Comme cela déjà fait déjà plus d’un an que l’on correspond tous les deux (un peu comme toi et Don Blackman – rires) tout comme toi tu me sais aussi grand fan de Herbie Hancock et des Headhunters, c’est d’ailleurs par ce biais que j’ai découvert votre groupe en cherchant des Live des Headhunters sur youtube, et à ma belle surprise grâce aux tags je suis tombé sur ton clip « Caughtus interruptus » qui annonçait déjà pour prochainement ce nouvel album. Surprise moins agréable…maintenant que l’album est sorti, il n’y figure pas ! Peux tu m’expliquer pourquoi ?

Pour ce titre, j’avais souhaité le sortir en vinyle à un moment donné, puis je me suis dit qu’on allait l’inclure dans l’album. Mais notre groupe a évolué entre temps et au moment où on a bouclé l’album en quartette, on a pensé que c’était mieux de ne conserver que ce qu’on avait enregistré dans notre configuration actuelle de quartette et plus quintette. Mais le titre digital reste disponible à la demande sur les différents sites marchands, bandcamp etc.. allez voir sur notre site.

Herbie Hancock est un jazzman qui a fait du Funk et bien plus encore, toi tu te considères comme tel ou plutôt comme un artiste de funk qui joue Jazzy ?

(…Rires…) bien… j’aime le jazz et le Funk que j’ai découvert un peu sur le tard mais j’ai fini par faire beaucoup de soul et de Funk avec les différents groupes avec lesquels j’ai joué, ça veut dire que je n’ai pas eu beaucoup de temps d’approfondir proprement mes connaissances en Jazz classique. Pour jouer du Jazz tu dois  apprendre de l’histoire, apprendre les standards, les styles, les différents claviers, arrangements….etc.. J’aimerais avoir plus de temps pour m’y consacrer. J’aime le style swing, les Adderly Brothers, Wynton Kelly etc… Je dirais que je suis un pianiste classique qui a découvert le funk et bien d’autres styles grâce à sa collection de disques, et qui s’est efforcé de rejouer ce qu’il a aimé.

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Tel que tu l’expliques dans le livret d’Afterglow, cet album a nécessité 2 ans de préparation, test des nouveaux titres sur scène avant enregistrement compris. La plupart des artistes procèdent à l’inverse, c’est à dire d’abord le studio puis la scène, voire studio puis tournée. Pour toi quelles sont les différences fondamentales entre les 2 procédés ? Je veux dire, je suppose qu’il y a un gain de temps pour le studio (ils ont enregistré cet album en 3 jours – NDLR) mais de l’autre côté qu’en est-il de la scène par exemple ?

J’ai lu le livre qu’a écrit Stephen F.Pond sur Herbie Hancock et les Headhunters (Headhunters : The making of Jazz’s first platinum Album – NDLR) . En 1973 après l’album Sextant il a dissout son groupe « Mwandishi », puis il a pris son nouveau groupe pour répéter en studio sur la base de jams, le producteur David Rubinson leur a négocié des concerts en même temps, donc ils ont pu tester au fur et à mesure leurs récentes créations directement devant le public. C’est ce qu’on a voulu faire, et par expérience, on peut vous dire qu’il y a une grande différence, notre son a nettement évolué au fil des scènes pour terminer en l’état sur notre premier album, donc on a appliqué le même principe pour celui-ci. Je les ai composé ces titres, et il y a des indications particulières pour les lignes de basse etc…ça demande beaucoup d’interaction entre nous sur le moment pour un meilleur rendement, donc on sait qu’on a besoin de les peaufiner sur scène avant leur enregistrement final. Pour d’autres, je peux naturellement comprendre que ce soit l’inverse, mais je pense que notre procédé est bien propre à toute musique à l’essence Jazz.

Entre les 2 albums vous avez changé de label. Vous êtes passés de Synthethesia records à celui de Splash blue records. Pourquoi ce changement ? Et en quoi est-ce désormais mieux pour vous sur le plan professionnel ?

Synthethesia c’était un « un prête-nom » personnel, c’est moi qui l’ai inventé, au fond le nom même c’était pour évoquer les synthétiseurs ,de la couleur et l’harmonie. Notre premier album a été fait totalement en indépendant, on était sur le point de sortir ce nouvel album toujours avec le même prête-nom, car une fois de plus on n’a pas bénéficié de fonds externes. La connexion avec Splash blue, c’est parce qu’en fait c’est dirigé par 2 amis qui nous ont supporté au fil des années, pour la scène notamment, Jools Fontenell a fait découvrir notre musique à Bluey (guitariste du groupe d’Acid Jazz Incognito – NDLR) Bluey nous a persuadés de signer sur son label Splash blue parce qu’il aime notre musique, et qu’il a promis de nous aider à développer notre notoriété par ce biais. Bénéficier de la « devanture » de Bluey tout en travaillant avec des amis qui nous supportent depuis déjà quelques années, c’est ça l’intérêt et l’histoire de Splash Blue.

Tu as déclaré sur votre page facebook que c’est un rêve pour vous de vous produire sur des scènes aux USA, mais que pour des difficultés de logistiques et autres ,ce n’est pas encore gagné, et qu’en revanche vous avez récemment pu effectuer votre premier concert en dehors du UK (Espagne) peux-tu nous dire comment ça s’est fait ? ce qui a permis de rendre cette représentation plus réalisable au delà des contraintes de paperasses moins exigeantes ?

Je dois dire que cette déclaration c’était plus une réponse spécifique à un fan plutôt qu’une  annonce proprement dite, nous avons un agent en Espagne qui a pu assurer et la promotion et nous négocier une date, et après la balance des frais, c’était bien dans le budget ;On pourrait faire de même aux USA ou partout ailleurs sur le même principe. Mais tout est une histoire d’offre et demande, s’il y a suffisamment un public prêt à nous voir, c’est la base.

Comme tu le sais, dans notre réseau nous avons la chance d’avoir le DJ promoteur de concerts de l’un des clubs de Jazz les plus emblématiques de Paris (Le New Morning)  et même ailleurs (Etienne Dupuy/ DJ ATN – NDLR) votre venue en France est donc d’ores et déjà envisagée pour un futur plus ou moins proche, maintenant qu’est-ce que de bonnes volontés ou admirateurs de votre musique pourraient faire sur le terrain afin de rendre ce projet en succès ?

Naturellement nous adorerions nous produire à Paris ,et au New Morning en particulier, mais pour que ça se fasse, comme je le disais tantôt c’est une question de demande, il faudrait qu’on bénéficie d’une exposition suffisante pour générer du public, je pense que Etienne, tout comme toi, et tout autre personne qui apprécie ce qu’on fait sont capables de rendre ce projet réalisable juste en « passant le mot » en partageant nos pages et réseaux sociaux, nos liens, notre site, en diffusant notre musique etc… l’autre idée c’est aussi peut être avec Etienne de voir si on pourrait partager la scène avec un artiste ou un groupe local dont notre musique se rapproche, je pense par exemple à Chlorine Free. Je reste aussi ouvert à vos propositions Etienne comme toi…

Comme je le signifiais dans ma récente chronique, ce nouvel album m’a davantage plu et convaincu dans l’ensemble, et j’ai noté via le titre « changing Time part 2 » que vous vous êtes frottés à un registre que j’ignorais de vous, situé entre le smooth jazz et le quiet storm, je trouve que c’est un style plus accessible pour le grand public et même les radios labellisées pop. Penses-tu pouvoir l’adapter un de ces jours avec l’aide d’un chanteur ou d’une chanteuse tel qu’avait pu le faire Herbie Hancock sur l’album « Lite me up » en 1982 par exemple? Ou alors la question vocale ne t’intéressent pas du tout pour tes compositions ?

Je vois ce que tu veux dire, je l’ai lu dans ta chronique, et effectivement c’est  ce terrain qu’on a tâté en jouant « Changing Times part 2 » je suis ouvert aux prestations vocales, mais tout est une question de feeling avec le bon chanteur (se) au bon moment, faute de quoi, à aucun moment je ne vais travestir notre musique juste pour « faire style », et puis après tout, nous sommes surtout des « Headhunters » dans l’âme plutôt que des « Lite me up » d’esprit, si tu vois ce que je veux dire ( RIRES)

Comment tu verrais ta carrière personnelle dans 10 ans ? Te verrais-tu en solo plutôt qu’accompagné d’un groupe ? Te verrais-tu composer pour d’autres artistes et les produire ? Peut être enseigner ?  Bref, quels sont tes projets professionnels et individuels à court moyen et long terme ?

Dans quelques semaines, on accompagnera le groupe « Incognito » dans leur tournée internationale, c’est déjà un rêve qui se réalise pour moi, en même temps on aura l’opportunité de rencontrer un plus grand public et de développer notre réseau. Mais mon ambition principale sur le long terme c’est d’évoluer en tant qu’artiste, évoluer album sur album, jouer une musique plus complexe, améliorer mes qualités de musicien, d’arrangeur, etc.. je suis fière de ce qu’on a réalisé sur notre nouvel album, c’était déjà le cas pour le premier, et on a pu avoir la preuve que ce n’était pas une production éphémère, car on apprend chaque jour, et on progresse, donc oui, j’ai hâte de nous voir continuer dans notre ascension….autant qu’en tant qu’artistes que vis-à-vis d’un nouveau public…. 

Merci beaucoup pour ta disponibilité et ces infos capitales, on vous supporte sur Fonkadelica et ferrons de notre mieux pour que vous ayez la reconnaissance que vous méritez en France comme tout ailleurs, à bientôt et bonne tournée.  

Merci à toi, et j’espère qu’on se rencontrera prochainement, ainsi que le public français.

> Site Web officiel

> Lien Bandcamp

> Chronique du 1er album

> Chronique du 2ème album – Afterglow



About the Author

Billy Jack
Féru de Funk et de soul , je les consomme sous toutes les formes (disques,concerts,livres,conférences,forums) ma passion c'est ma culture,et ma culture de prédilection, c'est ma passion.C'est toujours un plaisir de découvrir,dénicher,apprendre,échanger, et partager autour de ça. Fonkadelica ,un réseau de plus, et pas des moindres.




 
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