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Interviews

9 juin 2009

QUANTIC – Les aventures du touche à tout anglais en Colombie (2009)

Lors de sa dernière venue sur le sol Nantais, l’équipe de l’émission de radio « Gimme Some More » de radio PRUN’ était au garde à vous pour discuter avec Monsieur will Holland aka QUANTIC. Fonkadelica et radio PRUN’ vous proposent d’en savoir plus sur cet artiste multifacettes.

Jeune musicien prolifique, habitué des platines de la radio PRUN’ et des chroniques de Fonkadelica, voici un discussion fournie autour de son apprentissage de la musique, de ses influences, ses rencontres, son groupe … Une autre vision de la musique traditionnelle.

GSM : Comment as-tu commencé dans la musique, quelles étaient tes influences ?

QUANTIC : J’ai grandi dans la musique, mon père jouait de la guitare, du banjo…Il jouait de la musique folk. Ma mère jouait aussi de la guitare, et ma sœur aussi jouait d’un instrument. J’étais entouré d’un environnement musical, avec des disques… J’ai appris à jouer de la guitare, et j’ai commencé à expérimenter avec un ordinateur que mon père avait ramené à la maison, et à mesure que la technologie évoluait j’ai commencé à sampler, faire des boucles, utiliser des synthétiseurs… Ma mère voyant que je m’intéressais à la musique m’a inscrite dans une école pour ingénieur du son quand j’avais 18 ans, et j’ai commencé à faire des morceaux. J’ai publié mes premiers morceaux pour le label Breakin Bread, comme le morceau « We Got Soul ». Puis j’ai été en contact avec le label Tru Thoughts de Brighton, qui a sorti mon premier album « The 5th exotic ». J’ai fais ces morceaux dans ma chambre, chez mes parents, avec un ordinateur et des logiciels comme Fruity Loops. J’ai également utilisé ce logiciel pour les albums Stampede (de Quantic Soul Orchestra) et Apricot Morning. L’album Mishaps Happening a été réalisé avec le logiciel Logic.

GSM : Tu n’utilises pas de matériel type sampleur MPC ou autres ?

QUANTIC : Je n’ai jamais vraiment utilisé ce genre de matériel. Je ne suis pas un producteur qui utilise les MPC.

GSM : Et quels étaient tes disques préférés, hip hop, funk ?

QUANTIC : Adolescent j’étais plutôt dans le rock, comme Led Zepellin, Nirvana, ce qui se faisait à l’époque… J’allais chez un disquaire qui donnait aussi bien dans le rock que le jazz, le funk… Vers 16-17 ans je me suis intéressé aux 45 tours… Mes influences étaient par exemple DJ Shadow, le Wu Tang Clan…

GSM : Ton premier album (the 5th exotic) était plutôt orienté abstract, trip hop, puis tu as évolué vers une musique plus « organique », avec des musiciens qui jouaient sur les morceaux. Comment as-tu opéré cette évolution ?

QUANTIC : Ce fut une évolution assez lente. Au début, une de mes autres influences était DJ Krush, il incorporait des instruments comme sur l’album « Bad Brothers »avec Ronny Jordan… Et j’ai démarré la musique en tant que musicien, je jouais de la guitare. J’ai donc essayé de faire des beats en ajoutant des instruments live. Au début j’ajoutais juste de la guitare, puis je me suis dit «au lieu de sampler un saxophone, si je jouais avec un saxophoniste… ». Et sans s’en apercevoir il y a eu plus d’instruments live que de machine. C’est une bonne évolution, car sampler est quelque chose de génial, de très intéressant, mais parfois un peu restrictif. Avec les instruments live, je peux faire plus d’arrangements. Et ça a coïncidé avec ma rencontre avec la chanteuse Alice Russell, avec qui j’ai commencé à travailler pendant 2, 3 ans.

GSM : Ensuite tu as démarré le groupe Quantic Soul Orchestra. Cela devait être différent de créer des morceaux en direct, d’improviser, plutôt que de travailler sur des sampleurs ?

QUANTIC : Pas totalement au début. Le premier disque de Quantic Soul Orchestra a été enregistré dans ma chambre ! A ce moment là j’écoutais beaucoup de deep funk. J’ai rencontré Keb Darge (le grand crate digger), je suis allé chez lui, il m’a fait écouté beaucoup de disques, ce qui m’a beaucoup inspiré pour réaliser cet album. J’ai commencé à réaliser cet album seul, et j’ai fait appel à un batteur (Richard Gibbs) pour enregistrer des boucles de batterie. Ma sœur a également joué sur l’album, ainsi que d’autres musiciens. Mais c’était encore un album enregistré un peu « seul » dans ma chambre. Pour les autres albums, nous avons enregistré à plusieurs dans une pièce, en jammant, et l’enjeu était de conserver une ambiance un peu « rétro funk », avec un son moderne.

GSM : Tu produits beaucoup de musique, tes albums solo, les albums de QSO, des remixes… Comment arrives-tu à gérer ce planning chargé ?

QUANTIC : J’ai commencé à ralentir un peu, je prends plus de temps entre les albums. Je n’ai pas fait de nouveau remix. Entre les deux derniers albums, il y a eu environ 2 ans, ce qui n’était pas arrivé avant. Ca prend plus de temps, car j’essaie de m’occuper de tout, jusqu’à la pochette. Prendre du temps me permet de faire des meilleurs disques selon moi.

GSM : Brighton (Angleterre) est une ville très dynamique en musique, tu y as vécu ?

QUANTIC : Je n’en suis pas originaire, mais j’y ai vécu au moment du 2e album. Le label Tru Thoughts m’y avait invité, et ça m’a permit d’être plus proche du label. C’est une super ville pour la musique, il y a beaucoup de clubs, de labels de musique, de disquaires…

GSM : Tu as collaboré avec beaucoup d’artistes, comment se font les rencontres en général ?

QUANTIC : Je voyage pas mal, donc je rencontre beaucoup de gens, et on planifie des choses pour les 2-3 années suivantes, mais souvent on n’a malheureusement pas le temps de concrétiser ! Donc parfois je collabore avec des gens que je n’ai pas rencontrés, comme avec J Live sur l’album « Tropidelico ». Je ne l’ai pas rencontré, mais comme j’aimais beaucoup ce qu’il faisait, nous avons échangé par email. Il a enregistré chez lui. C’est un peu fou ! Pour réaliser le dernier album, une personne m’a permis de rencontrer des musiciens, c’est un photographe, de Los Angeles, qui a fait des pochettes d’albums de hip hop, et il m’a présenté à des musiciens qui du coup ont joué sur l’album.

GSM : Nous avons cru comprendre que tu avais joué avec Mulatu Astatke ?

QUANTIC : Ah oui, récemment à Los Angeles, où il jouait, et nous avons été présenté.

GSM : Pour ton dernier album tu joue avec un nouveau groupe, baptisé « Combo Barbaro », qui est très influencé par la musique d’Amérique du sud…

QUANTIC : Nous avons réalisé trois albums sous le nom de Quantic Soul Orchestra, et ensuite j’ai vécu en Amérique du sud, où j’ai « baigné » dans cette musique… Combo Barbaro a donc été créé en rencontrant des musiciens d’Amérique du sud, notamment quand je suis allé à Cali. Cet album est orienté latin music, mais il est également beaucoup plus soul, et sonne aussi comme une musique de film… Mais cela n’a pas été délibéré, nous avons joué ensemble pendant des heures, et nous ne savions pas ce que cela allait donner à la fin…
Quantic Soul Orchestra était orienté funk, avec des influences hip hop également, Combo Barbaro c’est le côté latin, musique caribéenne… Un combo aux Caraïbes, c’est un groupe avec peu de musiciens (comparé aux orchestres composés d’une dizaine de musiciens), qui joue funk, soul, descarga, bossa nova… Donc l’idée c’était de sonner comme un vieux combo, avec des musiciens qui ont joué dans des combos. Certains musiciens ont joué dans le combo « los festivales » au Panama dans les années 70, d’autres dans des groupes de Colombie, du Brésil…

GSM : Comment les gens ont réagi à votre musique en Amérique du sud ?

QUANTIC : Très bien ! La bas, les gens n’ont pas le même accès à la musique, mes disques ne sont pas disponibles dans les magasins par exemple. J’ai mixé là bas, ça c’est très bien passé, et ils étaient très intéressés. C’est différent là bas, car ils n’ont pas la même musique, peu de personnes ont accès au hip hop, reggae… Les radios passent du jazz, de la pop… C’est en train de changer. En Argentine par contre ils ont une scène electro importante depuis 4 ou 5 ans. Mais j’ai senti que tout ça était en train d’évoluer, les gens sont très curieux en Colombie et s’intéressent de près à ce qui se passe ailleurs. 

GSM : La pochette de l’album est magnifique, peux-tu nous expliquer qui l’a réalisé, son histoire ?

QUANTIC : J’ai travaillé avec un artiste qui s’appelle Symon Warwick de Toronto, qui collectionne des disques également. Il a fait la pochette de l’album « Tropidelico » et je voulais continuer avec lui. Je voulais retrouver l’esprit des pochettes de Fela Kuti ou de Fania records, sur les albums des années 70, où la pochette reflète la musique. J’avais pris beaucoup de photos du groupe en Amérique du sud, pour la pochette l’artiste s’est amusé avec, en les retouchant, en ajoutant de la peinture… J’ai la pochette sous forme d’un tableau chez moi, en grande taille, c’est magnifique !

GSM : Avant ce projet tu as publié l’album « Flowerino Inferno », qui sonnait comme un mélange de reggae et de musique caribéenne, quelque chose de très différent de ce que tu avas pu faire auparavant.

QUANTIC : Oui, cela correspondait au moment où j’ai émigré en Colombie, il y a 3 ans. J’ai vécu dans une maison pendant 6 mois. C’était un endroit très vivant, avec plein de gens qui passaient dans les rues, il y avait une très bonne vibe… J’ai ensuite déménagé dans un immeuble, il y avait un piano, et j’ai enregistré des morceaux sans planifier quoi que ce soit, le studio était dans la salle de bains… Ensuite j’ai travaillé sérieusement les morceaux, j’ai mis le piano dans le salon, et j’enregistrais avec mon laptop, ma guitare… J’ai enregistré les riddims en 2 semaines, puis les chants et le reste… Je cherchais à faire des beats abstract avec des ambiances caribéennes.

GSM : Et ce projet n’a pas été publié en format vinyl ?

QUANTIC : Ca été un choix de la maison de disques, aujourd’hui il est difficile de vendre des vinyls… Des singles ont été publiés en vinyls. Par contre pour l’album avec Combo Barbaro, qui est un projet plus important, j’ai souhaité le sortir en vinyl, en format gatefold…

GSM : En tant que DJ, tu joue encore des vinyls, ou bien utilises-tu un ordinateur avec des mp3 (Serato…) ?

QUANTIC : Si je joue dans la ville ou j’habite, je viens avec des bacs à disques, c’est tout de même un meilleur son, un meilleur feeling que l’ordinateur ! Par contre en voyage, j’utilise Serato, c’est plus confortable. Il y a une dizaine d’années, on pouvait voir dans les aéroports les DJ avec 2 ou 3 bacs à disques, et on les repérait comme ça : « c’est le dj ! ». Aujourd’hui ce n’est plus possible, avec en plus les risques de perdre les disques lorsque l’on prend les compagnies low cost… Avec Serato, on peut avoir toute sa collection de disques avec soi, c’est génial, mais selon moi ce n’est pas un outil qui permet de devenir un bon DJ (si on commence par ça)… Je vois des DJ qui passent toujours les même morceaux avec ce logiciel, tout est calé d’avance, il y a le risque à devenir feignant !!! Par contre j’ai toujours un bac de 45 tours avec moi car j’adore ce format.

GSM : Et quels sont tes disques préférés du moment ?

QUANTIC : Très bonne question ! Je n’ai pas acheté de disques depuis 6 mois, comme j’étais à Cali…Alors c’est difficile de répondre…

GSM : Ton dernier disque peut être ?

QUANTIC : Peut être oui ! (rires…)

GSM : Concernant le festival » les rendez vous de l’erdre », qui est un festival plutôt jazz à la base, connais-tu les autres artistes qui jouent, as-tu prévu de les écouter (Magma, Ron Carter, Natural Self, Nostalgia 77…) ?

QUANTIC : Je connais les pochettes de Magma, je les ai vues souvent mais je n’ai jamais écouté… Le programme du festival est très bien, ça nous a donné envie de voir plusieurs groupes… En plus le cadre, avec la rivière, c’est magnifique… J’aime beaucoup ce que font Azaxx et Natural Self. J’ai du respect pour Nostalgia 77, nous avons une démarche similaire en ce qui concerne la recherche de la qualité sonore, lui est du côté jazz, moi du côté latin et funk… C’est ce que j’ai recherché avec le dernier album « Tradition in transition », une qualité sonore, la fidélité de l‘enregistrement…

INTERVIEW REALISEE LE 27 AOUT 2009 PAR GIMME SOME MORE (BASSLINE / NUTZ).
Traduction : Nutz.

© Partenariat GSM – FONKADELICA.com

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