FONKADELICA
Webzine Funk Soul & Groovy


Interviews

19 octobre 2012

NEAL SUGARMAN – The S3 are back in business !

Quand Neal Sugarman rentre à la maison après une de ces tournées marathon dont les Dap-Kings ont le secret, c’est pour plancher aux destinées du label Daptone. Et quand il ne s’occupe pas de paperasses et de business, c’est pour faire quelque feats à droite à gauche. Ou carrément pour assurer le backing band d’anglaises et d’afro-philippin à la recherche du son vrai.

Bref Neal Sugarman est du genre occupé. Tellement occupé qu’en dix ans il n’a pas pris le temps de remettre ses Sugarman 3 sur le chemin du studio. Alors, au moment où Daptone montre les doigts de ses deux mains quand les gens lui demandent son âge, Neal et ses gars viennent enfin de mettre une quatrième référence à leur discographie. Explications par l’homme à la casquette qui pour une fois l’avait enlevée…

Dix ans sans album, on était inquiet ! On pensait que ç’en était fini des Sugarman 3 !

Pas tout à fait ! On n’avait pas fait de disque depuis 10 ans, mais on tournait quand même dans les environs de New-York. Mais, c’est vrai que ces dernières années, j’ai surtout été occupé par Sharon Jones & The Dap-Kings et Daptone. Malgré tout, je voulais quand même garder ce groupe en vie, j’adore jouer avec Adam (Scone) et Rudy (Albin). Tout s’est bien agencé : on était à la fin d’un cycle avec les Dap-Kings, Adam qui avait déménagé un temps en Floride était de retour à New-York alors je me suis dit qu’il fallait que je le chope et qu’on s’y remette. On a donc fait quelques séances puis j’ai booké le studio pour une semaine sans vraiment savoir si on allait y faire un bon ou un mauvais album. On est entré avec quelques idées et des morceaux que Rudy avait déjà écrits. La différence cette fois c’est que Gabe (Roth) était là pour jouer la basse et qu’on avait quelques musiciens en plus. Au final, tout s’est bien déroulé ! On était là à réécouter ce qu’on avait fait auparavant ou alors d’autres artistes et puis on s’y mettait et quand on sentait qu’on avait le bon truc, on enregistrait.

La légende dit que pour cet enregistrement, vous avez juste eu besoin d’une poignée de cacahuètes et d’une bouteille de schnaps. Vous n’êtes pas un groupe qui coûte cher au label…

C’est vrai mec ! Quand on est allé en studio, il y avait cette grosse bouteille de bolls, un genre de liqueur de Hollande, on est resté là à la regarder et on a fini par l’entamer ! A la fin de l’enregistrement, elle était vide ! Et pour les cacahuètes, tout le monde sait que j’adore ça …

Globalement What The World Needs… est un album plus « ouvert » musicalement…

Il l’est. La différence est que cette fois c’est Gabe qui jouait de la basse. Auparavant, c’est Adam qui les faisait au clavier. C’est pas qu’elles étaient moins bien, mais du coup il a désormais les mains moins occupées et ça laisse plus d’espace dans le son. Tout ça s’acquiert avec la maturité, c’est pareil pour mes parties de saxo qui sont beaucoup plus aérées. Avec les S3, quand on est ensemble, c’est toujours très spécial dans la mesure où on sait tout de suite comment ça va sonner. Avec le temps, nos goûts ont changés mais on n’a pas voulu aller contre cette façon avec laquelle on sonne naturellement et qui est une sorte de boogaloo finalement. Avant on essayait plus de sonner comme un groupe de Soul ou comme un groupe de Funk, le but avec cet album était de jouer comme on est. Si un groove ne fonctionnait pas, on en travaillait un autre qui nous correspondait mieux.

On a parfois l’impression que vous avez juste eu à brancher le matos et à appuyer sur « record » ?

J’ai étudié avec Mike Longo qui était le pianiste de Dizzy Gillespie, Mike commençait chaque leçon avec un truc hérité de Dizzy qui consistait à d’abord jouer un rythme de conga. Je ne pouvais jouer du saxo que lorsque je m’étais intérieurement bien verrouillé sur le rythme et c’était pareil pour la batterie. C’est ce qu’on a essayé de faire sur cet album en travaillant sur des grooves qui une fois en place ne nécessitent plus qu’à appuyer sur « record ».

Sugar’s Boogaloo et Soul Donkey étaient des albums Desco, et même si Pure Cane Sugar est sorti chez Daptone, il avait été enregistré avant la création du label. What The World Needs est finalement le vrai premier album Daptone des Sugarman 3…

C’est même le premier qu’on a enregistré dans la House Of Soul. Mais tu sais, tout les albums enregistrés là-bas sonnent de mieux en mieux. Ecoute juste 100 Days et tu verras qu’il est bien mieux que Naturally, même si certains vont préférer Naturally parce que plus raw… Le studio Daptone, c’est pas un endroit pour glander mais c’est un endroit génial pour travailler. On a eu des vibes mortelles entre nous sur ces sessions, de bonnes inspirations et une dynamique qui faisait que chaque titre enregistré nous donnait de l’élan pour celui d’après. Parfois on a mis en boîte 3 titres d’un coup!

Pure Cane était aussi un album avec des chanteurs et des chanteuses (Lee Fields, Charles Bradley, Naomi Shelton), là c’est retour à du strictement instrumental.

Pure Cane est un album différent, après nos deux premiers qui étaient purement sax, claviers, guitare, batterie, j’avais envie de travailler avec des chanteurs. On a donc fait Pure Cane. Sauf, qu’après ça, on n’a plus fait d’album puisque j’avais rejoint les Dap-Kings et qu’en quelque sorte, en travaillant avec Sharon mais aussi en faisant le backing band sur les tournées de Lee Fields, j’avais comblé ce besoin. En fait, aujourd’hui, j’avais vraiment besoin de retrouver les autres et de revenir à cette ambiance.

Gabe a la fâcheuse manie de renommer les titres des Budos, ceux des S3 sont aussi parfois plutôt étranges. Est-ce qu’il fait la même chose avec vous ?

On arrive avec nos titres qui sont, c’est vrai, parfois un peu stupides. Mais les Budos, là c’est encore autre chose. Eux arrivent avec des titres vraiiiiiiiiiiment dingues ! Des trucs sataniques, démoniaques ! C’est vrai que c’est parfois difficile de donner des titres à des morceaux instrumentaux et c’est pour ça que sur Soul Donkey tu trouves des titres comme Saddle For Two ou Pull MyCart, des trucs qui en fait avaient un rapport avec les ânes !

Est-ce que tu penses toujours qu’il est plus profitable d’avoir un producteur extérieur au groupe pour faire de meilleurs albums ?

C’est Gabe qui a produit l’album et il l’a fait d’une manière proche des artistes. Ensuite, on a mixé ensemble. La seule différence c’est que lui était la plupart du temps en Californie et moi en Suisse, on s’appelait donc énormément. Il m’envoyait ses mixs, je lui validais ou alors je lui demandais de faire plus comme-ci ou plus comme-ça. Ca a été une collaboration avec beaucoup d’allers-retours. Le travail d’ingénieur du son de Gabe est évidemment une clé importante dans la réussite de l’album, c’est grâce à lui que le disque sonne si chaud et si naturel.

Des nouvelles de Soul Donkey au fait ? (*)

Ruppert ?! Bien sur ! Il va très bien !

 Est-ce qu’il aime ce nouvel album ?

J’en suis sûr ! Il est content pour nous.

 (*) Ruppert aka Soul Donkey était l’âne-vedette sur l’album du même nom. Son histoire émouvante et héroïque est racontée au verso de la pochette…

Propos recueillis en avril 2012 par Real Muzul

>> Notre chronique de « What the world needs now »
>> Notre chronique de « Pure Cane Sugar »
>> La discographie de Sugarman 3

>> Daptone record shop

 



About the Author

Fonkadelica
L'équipe de Fonkadelica vous propose parfois des chroniques communes, après des débats endiablés, et des empoignades musclées ! La raison du plus fort finit toujours par l'emporter ! ( A moins que ce ne soit la majorité !).




 
Derniers articles
 

 

FONKADELICA webzine : c’est fini !

Voilà c’est fini ! Après bientôt 18 ans de bons et loyaux services dans le cadre de la promotion de la soul, du funk et de tous leurs dérivés, c’est avec regret, mais aussi beaucoup de bons souvenirs que l’...
by Fonkadelica
3

 
 

Fonkadelica Radio Show – spécial Northern Soul

01. Martha And The Vandellas – Dancing In The Street (Gordy / Motown, 1964) 02. The Isley Brothers – This Old Heart Of Mine (Motown, 1966) 03. The Velvet Satins – Nothing Can Compare To You (General American, ...
by Fonkadelica
0

 
 

[Compilation] AFRICAN SCREAM CONTEST 2 : la suite tant attendue !

Une décennie après la sortie du premier volume, African Scream Contest, le label Allemand, Analog Africa, fait paraitre la suite de cette compilation sous le nom d’African Scream Contest 2. Quatorze titres composent ce ...
by Fonkadelica
0

 




2 Comments


  1. INTERVIEW DE NEIL SUGARMAN (co-fondateur de Daptone, membre des Sugarman 3, des Dap-Kings…) !!


  2. Merci à Real Muzul pour cette très bonne interview ! 😉



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *