Review

Label : Backbone Records

 La Belgique, les frites, les bonnes blagues à l’ancienne et…pardon « Wizards » quoi ? Allo ! Nan mais allo quoi ! Tu ne connais pas ? Genre t’es mélomane t’as pas d’oreille ! Allez ce n’est pas grave …pas trop quoi… !

Pourtant derrière ce nom se cache une des formations les plus groovy que la Belgique ait connue (flamande de surcroit, car ils sont originaires d’Anvers). Crée en 1992, sous l’impulsion de Peter Revalk (orgue Hammond et guitare entre autre) et de Wim Tops (Rhodes, Clavinet, Moog…), le groupe, s’est dans un premier temps appelé Vibes Ahead Alliance. Après deux maxis (« The Bone » et « Psychovibes »), le combo change de nom en 1993 pour Wizard Of Ooze, enrichit le line-up originel et après un nouveau maxi (« Big Mama ») sort enfin son premier album « The Dipster » l’année suivante.

J’avais 20 ans quand l’album est sorti et rien ne me laissait présager de la claque que j’allais prendre à la première écoute de cet OMNI (Objet Musical Non Identifié) classé au rayon acid jazz à l’époque. Je triais les pochettes à la recherche d’indices qui m’aideraient à trouver le saint graal, l’album qui manquait à ma collection (oui je sais que c’est irrationnel) quand je tombe sur un disque au visuel discret mais intrigant ? Mouais, sympa la demoiselle en bonnet de bain style années 50 sur la pochette de «  The Dipster » . Je jette un rapide coup d’œil à l’alléchante diversité d’instruments utilisés pour l’album, j’hésite un peu mais  face au reste des ingrédients de la recette, je me dis qu’au pire j’aurais perdu 100 balles (oui à l’époque on achetait en francs !)…mais qui sait…peut être ferais-je un festin ?
J’arrive chez moi, je suis seul, pénard, excité à l’idée de découvrir mon nouveau disque. J’insère le CD dans la machine, je m’allonge dans mon canapé et enfin je ferme les yeux en priant le dieu du kif musical d’avoir fait le bon choix…

« Fuzzball », est le premier morceau de l’album, et là je comprends le décalage avec le visuel de la pochette ! Le morceau à la fois funk et soul dégage un groove de malade, avec une ligne de basse qui déboite, et un refrain au vocoder entêtant, juste ce qui faut pour donner envie de passer à la suite et la suite c’est « Shiny ». Sur celui-ci  La chanteuse Sonya Henderson, est d’une sensualité troublant.   Eh dites donc les cuivres là façon JB’s c’est du lourd également ! Sur un mid-tempo ravageur les chœurs font des merveilles tout comme le p’tit Rhodes (putain d’euphémisme d’ailleurs!) bluesy à souhait pour un ensemble qui groove sec, façon 70. Une vraie réussite et d’ailleurs ce morceau est surement un des plus connus de l’album.

« Gravitude » enfonce le clou , avec un univers qui semble familier et en même temps avec un son particulier qui ne ressemble à aucun autre. Des chœurs vous transpercent de douceur et on sent les influences, dans ce qu’elles ont de meilleures. Ca sent un peu le jazz  également et ça « croone » avec classe. Mais c’est surement celui qui suit « Butterstrut » porté par les ambiances très jazz de sa contrebasse, sa guitare qui sonne comme du Wes Montgomery et surtout le chant presque lyrique de Anca Parghel dégage une atmosphère très particulière mais rapidement additive pour les moins orthodoxes d’entres nous !

Avec  « Big Mama », on revient à un funk plus classique quoique complètement ancré dans son époque avec son breakbeat de batterie très 90’s. Côté cuivres, on sent qu’ils ont du largement écouter Macéo, Fred et Pee Wee ! Et le jeu entre le saxophoniste Hugo Bogaerts et l’orgue Hammond de Peter Revalk montrent que ces belges sont de sacrées pointures !

On descend à nouveau d’un cran sur « Trippin », nostalgique à souhait sur fond d’ambiances « Caraïbes – cocktails sur la plage », le chanteur me rappelle  Marvin Gaye dans les aigus ! Ca détend et comme l’y invite le titre ça fait voyager jusqu’au solo de saxo final ! A mi écoute de l’album je réalise que je l’ai ma perle, j’en verserai presque une larme !

Ça tombe bien « Emphasize », est à pleurer a tous les sens du terme, déjà parce que ce morceau est si bon que c’est presque un crime de l’écouter de bonne humeur tellement ce serait agréable de souffrir avec ce titre en fond sonore (et oui la musique requiert parfois d’être en situation extrême pour s’apprécier ! ). L’intro à l’orgue en impose d’entrée, le chanteur est tout simplement magique, la mélodie simple à la fois mélancolique et presque blues est extrêmement efficace jusqu’à l’intervention magistrale du saxophone suivi d’un final mémorable sur la guitare wha wha. Putain j’ai une larme…encore !

Heureusement avec « The Bone » c’est plutôt….la fête ! Ce morceau devrait être remboursé par la sécurité sociale tellement ça met en forme. C’est un feu d’artifice, dans la pure veine acid jazz version belge, avec un B majuscule ! Tout est percutant, les samples de voix font mouche et l’orgue Hammond et le piano survitaminé mène la danse tout comme la flute et les cuivres d’ailleurs.

Enfin l’ultime morceau de cet album, « Doodahdip, » est sans conteste le plus « tripant » de l’album, il sent bon le LSD, et ils sont partis loin ! J’ai cru entrapercevoir Jimi Hendrix dans les doigts du guitariste et aussi un magicien derrière les claviers….Je me dis que c’est vraiment  un bon choix pour un dernier titre.

Dès lors je fais partie de leurs plus grands fans, et si j’osais, je dirais que pour moi, cet album est un classique, à ranger à côté des « Thriller », « Darkside Of The Moon » ou encore « Emergency Of Planet Earth » pour ne citer qu’une infinité évidente. Et si vous n’êtes toujours pas convaincus, voici trois bonnes raisons d’aimer définitivement « The Dipster ». Premièrement  cet album est une tuerie !il guérit les maladies d’oreilles ! Deuxièmement voilà enfin une bonne raison de devenir belge ! Et troisièmement c’est excellent quand on est complexé par son système pileux trop développé ! En effet j’ai perdu plusieurs fois l’ensemble de mes poils qui n’ont pas supporté d’avoir autant été sollicité lors de l’écoute de « The Dipster ».

Comment ? C’est impossible? Meu nan …. Enfin peut être !




About the Author

Lex Luthier
Bourguignon d’origine, émigré en Ile De France, j’ai attrapé le virus de la musique à 8 ans avec Earth, Wind & Fire et leur génialissime « September ». Musicien amateur je pratique le clavier et la MAO. Infatiguable quand il s’agit d’écouter du funk, de la soul, du jazz, du hip hop et surtout de tous les mélanges possibles de ces quatre styles musicaux !