Review

Label : Sussex

Y

’a t’il encore besoin de présenter Willie Bobo ce génial percussionniste, ce maître des congas et des timbales qui a grandit dans le Spanish Harlem, né sous le nom de William Correa ? Rappelons qu’il a collaboré sur scène ou en studio avec les plus grands pendant toute sa carrière : Tito Puente, Mongo Santamaria, Herbie Mann, Miles Davis, Cannonball Adderley, Herbie Hancock, Mary Lou Williams (qui lui donna le nom de Willie Bobo dans les années 50)…pour ne citer que les plus connus. Côté carrière solo, il « s’émancipe » en 1963 en sortant son premier album en tant que leader puis en signant sur Verve au milieu des années 60, il constituera un certain nombre d’albums qui mélangeront les mélodies pop et les rythmes latins. Sortiront des studios, des hits comme « Spanish Grease » ou « Fried neck bones and some home frites ». Puis d’autres labels prestigieux auront l’honneur d’accueillir Willie : Sussex, Blue Note, Columbia…Sa dernière apparition aura lieu en 1983 au Playboy Jazz Festival en compagnie de Mongo Santamaria, trois mois avec son décès d’un cancer.

Cet album « Do you want to do » date de 1971, à une époque où Willie Bobo enregistre sur le label Sussex, et constitue le LP le plus recherché et demandé par les fans du monsieur. Il faut dire que celui est relativement à part dans sa carrière et qu’en compagnie des Bo-Gents, il constitue une fusion réellement réussie entre latin , latin funk et jazz-funk. Même si l’ensemble est inégal, cet album contient quelques morceaux terriblement ravageurs.

L’album commence avec « Do what you want to do », un titre deep funk tout en retenu mais terriblement efficace avec une basse ronde et chaleureuse (celle de Ernie Mc Daniel), des cuivres qui donnent le changent et un breakbeat qui amène la cadence. « Shut up and pay attention » continue l’embardée dans un style là purement latin soul, les congas et les timbales de Willie Bobo crée le relief et sont relayés par le saxophone de Ron Starr et la guitare de Barry Zweig. On ralentie nettement la cadence avec la ballade « Hindi », une reprise de Antonio Jobim’s, soit disant en passant la chanson préférée de Willie Bobo. On passe directement à « Come together » la reprise des Beatles, version latin rock ; peut-être pas la meilleure reprise de ce classique mais tout de même réinterprétée de façon bien agréable. Puis la locomotive repart doucement avec « Soul Foo Yong », et surtout avec « Broasted or fried », un des morceaux les plus réussis dans le style latin funk / jazz-funk, énormément utilisé d’ailleurs sur de nombreuses compilations du genre. Puis l’ambiance est plus jazzy et feutrée sur « The thrill is gone ». « How can I say goodbye » commence doucement presque en cha cha cha, mais progressivement la rythmique et les cuivres font leur apparition en installant un groove totalement irrésistible. Enfin « Never you mind » clos cet opus toujours dans une ambiance latin soul.

Si chez Willie Bobo, le tempo n’est jamais très élevé, cela n’enlève rien à la qualité des morceaux qu’il interprète et à ce sens inné du mélange des genres qu’il a en lui. Bien sur il y a quelques temps plus faibles (les ballades « Hindi » ou « The thrill is gone ») mais cet album reste un classique, à posséder absolument si vous êtes amateur d’ambiances latines et métissés comme on savait si bien le faire dans les années 70 !

Ndlr : cet album a été réédité en 2006 chez Vampisoul.

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Boogie Bass
Co-créateur du webzine Fonkadelica, Boogie Bass est également responsable de l'emission de radio du même nom et dee jay à ses heures perdues (premières parties de Keziah Jones, Macéo Parker, Souljazz Orchestra, The Excitements, Amp Fiddler...).