Review

Label : Asterisk / Numero Group

Wee c’est l’histoire d’un musicien maudit qui malgré son génie musical ne parviendra jamais au firmament. C’est l’histoire de Noman Virgil Whiteside, musicien précoce de Columbus dans l’Ohio qui a l’âge de 15 ans avait son premier enfant et un an plus tard finançait ses premières sessions studio ! Il va travailler au sein des Studios et du label Capsoul. Mais en 1974, ce dernier disparaît, obligeant le jeune Norman à trouver du travail ailleurs. Il intègre alors le groupe Suspicious Can Openers, du leader Timmy Willis, véritable légende locale. La formation inclus Joe King le meilleur guitariste de la région, qui a développé à côté son propre side project : Wee, en compagnie du batteur Benji Harris et du bassiste J.J Thomas. Le groupe qui fait surtout des reprises, essaye un répertoire jazz-funk plutôt expérimental. Norman intègre le combo avec une idée derrière la tête : faire passer dans leur répertoire ses propres compositions. Et rapidement Joe King est évincé du groupe à cause des ses absences répétés, et Norman reprend les choses en main, en le remplaçant par Victor Matin, un ami d’enfance et en intégrant dans les sets, ses propres morceaux comme il l’avait prévu !

 En 1975, Wee rentre en studio, chez OWL plutôt orienté rock mais soucieux d’élargir son champ d’action. Deux singles sortiront « Stay » (avec la face B : « I’m all changed ») et « Try me » (B/ « Teach me how »). Ce dernier avec son contenu explicitement sexuel, attire rapidement la gente féminine et commence à se faire une très bonne réputation dans les clubs de la ville après avoir changé de line-up (Lenchow Hargrove aux percussions et Glen Spanky Jones à la basse). Norman décide alors de passer à la vitesse supérieure en enregistrant son premier album intitulé « You can fly on my aéroplane », qui mettra plusieurs mois à être réalisé et sortira finalement en 1977, à l’époque avec un pressage confidentiel, seulement 1000 exemplaires réservés surtout pour le démarchage des majors.

 Numéro Group, le très bon label de Chicago (ou du moins son sous-label Asterisk)  a donc décidé de ressortir cette petite merveille de soul mid-tempo, qui oscille entre Stevie Wonder et Sly Stone pour donner quelques références évidentes et accessibles. Avouons le cet album est un exemple de sophistication, avec un sens mélodique évident et des orchestrations subtiles et sensibles.

La majorité des morceaux sont des mid-tempos voir des ballades. On y retrouve les 45t sortis précédemment dont cette excellent face B « I’m all changed », avec son univers sly stonien assez révélateur, (période « If you want me to stay ») qui aurait pu être un tube si il était sorti chez une major à l’époque ! « Put it in real good » un titre soul-rock tout en retenu de plus de 8 minutes, vaut lui aussi son pesant de cacahouètes ! Parmi les autres très bon morceaux de ce disque « Try me », « I want to show you », « Do you know » ou le presque dancefloor « I luv you ».

 Malgré son acharnement, malheureusement aucun contact n’aboutira avec les poids lourds du disque. Dégoûté de tant d’efforts consentis pour si peu de résultats, Norman décida de tout laisser tomber ! Avec une vie familiale dissolue ( cinq enfants de femmes différentes et trois maîtresses officielles !) et une survie faite de cambriolages et de trafic de contrefaçons, il tomba rapidement dans la drogue. Le groupe se réunissait encore de façon sporadique mais était en voie de disparition. Pourtant une lueur d’espoir apparut à la fin de 1977. En effet ils sont contactés par les Wild Cherry pour faire leurs premières parties. Mais le destin s’acharne sur le groupe et peu de temps avant de partir en tournée ils se font voler leurs instruments et leur matériel dans un club. Norman jette l’éponge et part à Los Angeles. Un lieu qui ne lui portera pas plus chance, puisque après quelques concerts solo il est arrêté au début de 1980 pour une conspiration de meurtre qu’il n’aurait pas commis. Encore en prison aujourd’hui il continue d’écrire en espérant pouvoir un jour revenir sur le devant de la scène ! Ce disque est son seul témoignage et l’occasion de lui rendre partiellement ce qu’il n’a jamais pu avoir !

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Boogie Bass
Co-créateur du webzine Fonkadelica, Boogie Bass est également responsable de l'emission de radio du même nom et dee jay à ses heures perdues (premières parties de Keziah Jones, Macéo Parker, Souljazz Orchestra, The Excitements, Amp Fiddler...).