Review

Label : Hot Casa Records

Il est difficile de passer à côté du buzz qui précède et entoure le projet VAUDOU GAME dont l’album « Apiafo » est sorti il y a tout juste un mois dans les bacs physiques comme numériques. Savamment orchestrées par le label HOT CASA, véritable STRUT à la française (sans le sens péjoratif d’« à la »), la communication et la promotion ont réellement réussi leur petit effet. C’est d’abord la pochette qui intrigue et fascine, entretenant le doute excitant selon lequel il s’agirait peut-être de la réédition d’une pépite afrobeat obscure, miraculeusement retrouvée au fin fond du Nigeria. La photo trouble et constitue une vraie promesse : ce « Minotaure » vaudou très stylé, en jean jaune coupe 70’s, torse nu, le cou enfilant les couches et les tours de cauris, une guitare électrique accrochée au dos, fera tout pour nous ensorceler !

Dès la première écoute et avant même de s‘aider du dossier de presse, on est saisi par le soin et la quasi-maniaquerie apportés à la production pour sonner authentique. Les rugissements de cuivres, les assauts rythmiques, les zébrées de claviers, les incantations vocales paraissent tout droit sortir d’un studio de Lagos de l’époque. Évidemment, les influences et références ne seraient se limiter à l’Afrobeat, au Nigeria ou à l’héritage de Fela.

Peter Solo, l’instigateur et architecte de VAUDOU GAME, musicien Togolais basé à Lyon, trouve toute légitimité à s’efforcer de restituer la magie musicale qui avait cours dans les années 60 et 70 entre le Togo et le Bénin. Ces deux pays, coincés entre le Ghana (d’Ebo Taylor) et le Nigeria (de Fela Kuti), avaient développé une collaboration créatrice foisonnante bien que méconnue, mariant les gammes vocales spécifiques des rituels vaudous avec des grooves Afro et Funk pouvant mener à des états de transe. Par analogie, c’est un peu comme si les divinités célébrées spirituellement (issues des croyances) côtoyaient alors celles adorées musicalement (James Brown et Otis Redding).

Cette mixité incroyable se retrouve dans chaque mesure et à chaque recoin de partition du disque. Chantant et passant du Français à l’Anglais, tout en restant très loquace dans le dialecte de ses ancêtres, Peter Solo et ses musiciens français se baladent avec une aisance déconcertante entre les styles. Les 12 titres de l’album sont des compositions originales et fortes, mais criblées de réminiscences musicales renvoyant à d’autres artistes.

C’est extrêmement bien fait et même ludique. Voulues ou pas, ces ressemblances plus ou moins évidentes ne sont en aucun cas du plagiat, mais elles enrichissent considérablement la valeur du projet. Cohérent et inventif, VAUDOU GAME s’amuse et jongle avec toutes ces références :

« Dangerous Bees », avant de sonner comme un track de Soul Jazz Orchestra ou Budos Band s’offre une furtive intro Brownienne à la « Get up off that thing » dont on prononcerait presque soi -même le  1er « I’m back ».

« Pas contente », véritable hit single chanté par l’oncle de Peter Solo et ancien Soulman du Togo, Roger Damawuzan, détourne des riffs et des basslines de « Sex Machine ». On entendra même  en fond certains cris et « Good God » scandés façon James.

« Meva » surfe quant à lui sur des guitares/basse très british de la fin des années 60, évoquant curieusement mais très précisément l’intro  du « Temps de l’amour » de Françoise Hardy.

« Ata Calling », lascif et plaintif aux couleurs cuivrées proches de ce que font les Daptones avec Charles Bradley, développe une grille rappelant clairement la variation instrumentale de « It’s a man’s world ».

« Think Positive » envoie une courte intro Motownesque 60’s (le tambourine sur chaque temps) avant de déployer un groove digne de certaines tourneries des JB’s ou de Mandrill (sur « Happiness » aussi).

« Wrong Road » sur fond de « Hot Pants » accéléré et ponctués d’immanquables « Good God ».

« Need a job » et « Djin ku djin » font plus dans de l’excellent straight Afrobeat.

« Lazy train » est enfin une belle pièce d’Afro Rock Funk subtilement psyché.

VAUDOU GAME signe un album aux fortes impressions, qu’il laisse par la même occasion à l’auditeur. La réalisation sans faille serait presque trop parfaite dans la volonté de coller à une démarche vintage. Mais le plaisir d’écoute est probablement à la mesure de la jouissance qu’ont eue les musiciens à l’enregistrer. C’est riche et varié dans les moindres détails, généreux et sincère.




About the Author

FonkATN
ATN est un DJ « gastronome musical » qui propose depuis plusieurs années des sets aux saveurs Soul Food, Disco Funk Dishes et Jazz Flavors pimentés de Grooves Electro. C'est à la qualité de ses sets qu'on reconnaît une soirée très "sélecte". Intégriste du Funk et suppôt de la Soul, DJ ATN est surtout un digger invétéré de tous les grooves, résident du New Morning et nouveau membre du collectif "Jazz Attitudes". Il est en plus un organisateur de soirées/concerts à surveiller (Kind of New, Soul/Brazilian Successions au New Morning) et un selector pour des compilations (Brazilian Funk Affair). Il se lance enfin dans la production musicale de remixes en collaboration avec les talentueux producteurs/arrangeurs Alex FINKIN (Aloe BLACC, HAIR, Vega Records) et YOUNG PULSE (JURIS, GAMM Records). En plus, il écrit aussi pour Fonkadelica.com !