Review

Label : Soul Jazz Records

Il a fallu attendre huit longues années entre le premier volume, devenu depuis anthologique, et celui-ci pour que le label anglais de référence Soul Jazz Records, réédite enfin l’aventure musicale de la série « New Orléans Funk ». On ne dira jamais assez l’importance que la ville a joué dans l’histoire de la musique afro-américaine mais dans l’Histoire de la musique tout court. Le jazz est née là bas ne l’oublions pas. Le rhythm’n blues puis le rock’n roll naissant y ont vu émerger ses plus fiers représentant : Fats Domino, Little Richard, Lloyd Price (adulé par les Beatles) ou encore Guitar Slim.
La soul et le funk ne feront pas exception dans l’émergence d’artistes essentiels !
Pourtant si la ville comptait de nombreux talents, la majorité d’entre eux n’ont jamais pu aller plus loin que la reconnaissance locale, du en partie à l’absence de maisons de disques suffisamment puissantes pour imposer ses choix aux médias de l’époque, mais aussi du sûrement à la spécificité du son neo-orléanais venu des différentes influences de la ville (caraïbéennes entre autre) qui ne rentraient pas forcément dans le son plus formaté de l’époque.

Mais tout comme sur le premier volume, on retrouve quoi qu’il en soit sur celui-ci, les artistes qui ont entre autre fait la renommée funky de la ville : The Meters, Lee Dorsey, Allen Toussaint, Eddie Bo…mais aussi d’autres moins connus souvent liés aux premiers d’ailleurs !
Les frères Neville se situent en bonne place dans le panthéon des artistes reconnus, par l’intermédiaire de leur groupe phare bien sur The Meters que l’on retrouve ici avec « Chicken Strut » (titre de 1970) mais aussi avec les solos, celui d’Art Neville avec « Bo Diddley » (avec les Meters d’ailleurs à la musique juste avant de prendre ce nom officiel), et celui de Cyril Neville avec « Gossip » qui rejoindra un temps le groupe mais qui deviendra surtout le pivot essentiel des Neville Brothers à partir de 1978.

L’autre élément essentiel de la ville, est Allen Toussaint, pour son immense travail de compositeur/ producteur/ arrangeur. Au delà du titre que l’on retrouve ici, « Tequila », une version latin soul du classique de The Champs, on se rend compte ici des quelques « perles » qu’il a pu produire. Que ce soit la soul de Betty Haris présente ici pour deux titres « Twelve roses » et « Show it », la reprise de Dr John feat. The Meters « Right place, wrong time » proposée dans une très bonne version par Ray J, l’instrumental relativement rare à trouver de The Prime Mates « Hot Tamales », le plus vieux « Fortune teller » (1962) de Benny Spellman ou encore le très jamesbrownesque « Mama said we can’t get married » ou « Funky Belly » tous les deux interprétés par Warren Lee, une chose est sur, Allen n’est jamais loin !

Parmi les acteurs essentiels de la ville, signalons également l’atypique Eddie Bo, qui a du signer des 45t sur un peu près tous les labels indépendants que comptait le sud des U.S.A et même plus loin ! Il est présent ici avec trois titres, le rhythm n blues « Hey Bo » qui date de 1956, « If it ‘s good to you (It’s good for you ) et le funky « The Rubber Band » en compagnie de The Soul Finders. C’est lui aussi qui chapote le « What do you see in her » de Inell Young.
Enfin parmi les noms à citer n’oublions pas Lee Dorsey qui connu une carrière en dent de scie mais qui dépassa la renommée de la ville. « Four Corners » est ici un bel exemple de son talent.
Parmi les titres incontournables citons encore le très sautillant « You keep me hanging on » de Bonnie and Sheila, le « Yeah you’re right, you know you’re right » de The Gaturs (qui deviendront ensuite the Wild Magnolias), l’incontournable Earl King avec « Street parade » ou encore l’ultra classique « I’m Mr Big Stuff » de Jean Knight réinterprété par Jimmy Hicks.

Vous l’aurez compris ce deuxième volume est aussi riche, instructif et passionnant que le premier. Bien sur quelques figures incontournables ne figurent pas ici : Dr John ou Professor Longhair, mais c’est au final pour mieux découvrir des artistes moins médiatisés de la Crescent City (le surnom que l’on donnait à la Nouvelle Orléans à cause de la forme de la ville en forme de croissant). De plus Soul Jazz Records a une fois de plus fait un travail d’orfèvre avec une présentation de chaque titre détaillée au sein d’un livret de 28 pages ! C’est grâce à ce genre d’initiative que les compilations prennent toutes leurs lettres de noblesse ! A se procurer quoi qu’il en soit de toute urgence !



About the Author

Boogie Bass
Co-créateur du webzine Fonkadelica, Boogie Bass est également responsable de l'emission de radio du même nom et dee jay à ses heures perdues (premières parties de Keziah Jones, Macéo Parker, Souljazz Orchestra, The Excitements, Amp Fiddler...).