Review

Label : Soul Jazz Records

Soul Jazz Records a l’habitude de sortir des compilations intelligentes depuis plusieurs années. Cette nouvelle mouture « Fly Girls ! B-Boys Beware : Revenge of the Super Female Rappers ! ». Si il y’a un mouvement musical et culturel qui a souvent fait preuve de machisme et considéré les femmes comme des objets, c’est bien le hip hop. Si celles qui sont sorties du lot ont souvent joué le rôle de femmes fatales objet de désir (Lil’ Kim, Foxy Brown…) d’autres en véritables amazones du rap ont sur concurrencer les hommes sur leur propre terrain, en proposant même parfois un discours engagé voir revanchard envers la gente masculine. « Fly Girls ! » rend donc hommage à ces ladies qui dès la naissance discographique officielle du mouvement ont marqué leurs empreintes. Si certaines ont fait des carrières internationales et vendus des millions de disques, d’autres ont eu leur 1/4 d’heure de gloire en sortant un seul maxi.

Dès le début de l’aventure les femmes essaient de s’imposer. The Sequence, trio féminin composé de Cheryl The Pearl, Blondie et Angie B (de son vrai nom Angie Stone, future vedette de la nu soul), signera le deuxième single de l’histoire du label Sugarhill Records « Funk you up » (le 1er étant le « Rapper »s delight » de Sugarhill Gang). Ici on les retrouve avec un autre de leur classique « Simon says » en 1982. On retrouve également Lady B, une des premières MC’s au féminin originaire de Philadelphie. Animatrice de radio elle sortira son single « To the beat y’all » dès 1979, et son premier album dans la foulée. La plus obscure Tanya Winley sortira elle aussi dès 1979 son premier maxi « Rhymin’and rappin’ / Watch dog » mais c’est avec son « Vicious Rap » de 1980, qu’elle marque son empreinte.

Dès 1983 la relève arrive : un certain Marley Marl signe la production de la jeune Dimple D, avec « Suckers Dj’s », une réponse au « Sucker MC’s » des jeunes outsiders de Run DMC. Le titre se classera dans les charts sept ans plus tard remixé par le même Marley Marl. Mais surtout ce dernier ne sera pas innocent au succès de Roxanne Shanté la véritable star féminine du hip hop au milieu des 80’s. Son « Bite this » sorti un an après son classique « Roxanne’s revenge » est d’une redoutable efficacité. Une certaine Sparky D avec son « Sparky’s turn (Roxanne you’re through) » tentera de se mettre à niveau en réponse au « Roxanne Wars » de Miss Shanté. Si Sparky n’a pas fait une carrière fulgurante son « I can’t stop » reste sympathique. C’est à la même époque qu’une certaine new yorkaise du nom de Lana Michele Moore, MC Lyte pour le grand public commence sa carrière. Plus de 20 ans plus tard, toujours bien présente elle a enchainé plusieurs tubes dans les 90’s. Mais son « Cha cha cha » de 1989 extrait de son deuxième album « Eye on this » reflète bien l’authenticité de ses débuts.

Si dans cette période c’est encore l’est des USA qui mène la danse, rapidement l’ensemble du territoire américain va être submergé. A Los Angeles, JJ Fad en lien avec NWA et les Fat Boys sort son premier album en 1988 intitulé « Supersonic » et produit par Dr Dre et Yella. Au sud, à Miami, une certaine Anquette se fait remarqué en 1986 avec on « Throw the P » une réponse au « Throw the D » de 2 Live Crew. Deux exemples qui illustrent l’effervescence grandissante qui existait dans la pays. Tout comme d’ailleurs en Europe où le mouvement hip hop fait des émules en France en particulier, comme le montre le titre des Two Sisters avec « B-Boys beware », un electro-funk à la Afrika Baambataa mais aussi au Royaume Uni (She Rockers avec « Give it rest » ou encore Cookie Crew avec « Success« ).

Voici quoi qu’il en soit une compilation complète qui passe en revue près de trois décennies de hip hop au féminin, qui n’oublie pas les stars du genre (Queen Latifah ou Missy Elliott) mais aussi les artistes plus underground (l’excellente Bahamadia de Philadelphie). Alors que l’on fêtera cette année les 30 ans de la naissance discographique du hip hop, il était temps de rendre hommage à ces b-girls ! C’est chose faite !

>> En savoir plus



About the Author

Boogie Bass
Co-créateur du webzine Fonkadelica, Boogie Bass est également responsable de l'emission de radio du même nom et dee jay à ses heures perdues (premières parties de Keziah Jones, Macéo Parker, Souljazz Orchestra, The Excitements, Amp Fiddler...).