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Label : The Verve

Réputé pour ses très nombreux concerts, désormais assez médiatisé (on l’a vu dans la très bonne série Tremé ou encore à la Maison Blanche lors de la soirée spéciale du Black History Month), collaborant avec des artistes remplissant des stades (tels que Green Day ou U2), Troy « Trombone Shorty » Andrews sort, à 27 ans, son 3ème album. Prodige du trombone, qui est-il en coulisses ?

Petit fils de Jessie Hill (chanteur et compositeur de blues et rythm’n blues) et petit frère de James Andrews (trompettiste de jazz), Troy naît le 2 Janvier 1986 à Tremé, quartier de la Nouvelle-Orléans. Son surnom Shorty (petit), il le tient du fait qu’à tout juste 6 ans, il arpente les rues de son quartier au sein de fanfares, jouant du trombone et de la trompette. Il participe également au groupe de jazz de son oncle et se produit dans des clubs. A 13 ans, il joue avec le Lincoln Center Jazz Orchestra en accompagnement de Wynton Marsalis (voir l’excellente vidéo et son solo au festival Jazz à Vienne). Marchant sur les traces de ce dernier, Troy Andrews intègre le New Orleans Center for Creative Arts (NOCCA), centre de formation musicale dont sont notamment issus Donald Harrison (sax), Terence Blanchard (trompette) ou Harry Connick Jr. (chanteur et pianiste).

2005 marque un tournant dans la reconnaissance et la notoriété de Troy Andrews. Membre de la section de cuivres de Lenny Kravitz tout au long de sa tournée américaine (en 1ère partie d’Aerosmith), Trombone Shorty bénéficie alors d’une visibilité grand public et acquiert une réputation de showman.

Fruit de ce parcours éclectique, le groupe Trombone Shorty & Orleans Avenue voit le jour en 2009 et se veut créateur du « Supafunkrock », un cocktail alliant guitares rock saturées, section rythmique énervée, groove de James Brown et son cuivré de la Nouvelle-Orléans.

Pour Backatown, 1er album du groupe sorti en 2010, Trombone Shorty fait notamment appel en renfort à Lenny Kravitz ou Allen Toussaint. Funky et énergique, le disque (que je vous conseille !) atteint la 3ème place du très populaire Billboard et est nominé pour l’award du meilleur album de jazz contemporain en 2011. On danse sur Hurricane Season, Backatown ou On Your Way Down, chante sur Something Beautiful et « headbang » sur Suburbia ou The Cure, croisement entre Sly & The Family Stone et Rage Against The Machine.

Un an plus tard et pour son 2ème  album « For True », c’est de Ivan & Cyril Neville (des Neville Brothers) ou de Jeff Beck que Troy Andrews s’entoure. Cet album, avec des titres festifs de fanfares sur Lagniappe ou à l’énergie communicative tels que « Buckjump », « For True », « The Craziest Thing », ou encore « Dumaine St ». est plutôt bon, bien qu’un peu plus pop que le 1er.

Jamais deux sans Troy : le tromboniste s’entoure encore une fois de beau monde ! Raphael Saadiq à la production et en featuring sur certains titres. Les membres de The Meters pour la reprise de leur chanson « Be my lady » (ils ne s’étaient pas retrouvés en studio depuis leur séparation en 1977).
A priori, le résultat devrait être sympa !

Malheureusement, ce 3ème opus de Trombone Shory & Orleans Avenue nous laisse sur notre faim, car on en attendait mieux. Compte tenu de la qualité de ses concerts (bien qu’un album et un live soient des exercices différents). Compte tenu des ses deux précédents disques.

Ça débute pourtant bien. Une intro guitare / basse au son compressé ; un riff guitare saturé efficace (qui, sur le refrain fait penser à « Purple Haze » de Hendrix) ; un solo dont Troy Andrews a le secret. Et ça finit bien avec le festif « Shortyville », piste instrumentale cuivrée et dansante.
Le problème, c’est qu’entre le premier et le dernier morceau, il y a 8 titres très inégaux… et globalement décevants.

D’une part, les prémisses d’une tendance pop décelée sur « For True » tendent à se confirmer. Et surtout, et ce qui m’a dérangé sur la plupart des titres chantés, ce sont le traitement et les effets apportés à la voix de Trombone Shorty, qui du reste est plutôt agréable au naturel. Cela dénature non seulement sa voix mais également le côté funk du groupe. Et vient gâter le rendu global alors que certaines parties instrumentales et arrangements sont intéressants. Comme sur le plutôt groovy « Fire And Brimstone »  (riffs et parties cuivres sympas, un bon solo, mais pourquoi autant de réverb sur la voix, surtout sur les refrains ?) ou sur Get the picture (intro à la Red Hot Chili Peppers). De même pour « Dream On » ou encore « You And I (Outta This Place »), titre que j’imagine bien être le générique d’un James Bond. Sur les instrumentaux Sunrise et Vieux Carre, rien de bien captivant et on tourne un peu… en rond.

Trombone Shorty s’égare même franchement avec des titres comme « Long Weekend » (un mix entre Stevie Wonder / One Direction & Kayne West) ou « Be my lady ». La participation sur ce titre des membres du groupe mythique The Meters passe d’ailleurs complètement inaperçue.

En somme, des morceaux chantés plus pop que funk, des choix de postproduction un peu hasardeux à mon goût, des pistes instrumentales peu entraînantes et moins de solos enflammés par rapport aux deux précédents albums. Au regard du potentiel de l’artiste et de son groupe, cet album m’a déçu et je l’ai trouvé assez moyen.

A suivre, mais allez voir Trombone Shorty et ses camarades en live car ce sont des musiciens et showmen excellents et cela vaut vraiment le coup !

>> Site officiel

>> Toute la maitrise et la technique de Trombone Shorty (Montreux 2011)



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rythmkeeper
Le blues rock, le funk, la soul ou le jazz ! Batteur et musicien, la musique et les échanges qu’elle permet ont une place très importante dans ma vie.