Review

Label : Strut Records

Avoir entre les mains un nouvel album de The Souljazz Orchestra c’est un peu comme recevoir le cadeau d’un ami qui nous connait bien ! On sait par avance que ça nous fera plaisir ! Et il faut le dire chez Fonkadelica on affectionne particulièrement ce groupe et pas seulement parce que l’on a été le premier média français à les faire découvrir dans l’Hexagone (avec l’album « Freedom No Go Die » bien avant qu’il ne soit distribué officiellement en France). Dès leur deuxième opus, nous avions préssenti  tout le potentiel de développement de ce combo canadien qui était fait pour durer.

Ce cinquième album « Solidarity » marque en 2012 pour le groupe une volonté évidente de métissage largement assumée. Alors que le précédent opus « Rising Sun » explorait le côté plus jazz du groupe via l’ethio jazz et l’afro jazz en particulier, celui-ci joue assurément la carte de l’éclectisme musical qui non seulement le rend difficilement classifiable (enfin ce n’est jamais le soucis des artistes plus celui des chroniqueurs !) mais permet surtout de démontrer que quelque soit le registre qu’ils décident d’explorer, leur sens de la composition ne fait jamais défaut !

Ceci dit si vous suivez le groupe depuis longtemps, vous vous souviendrez que les précédents opus (et entre autre le fameux « Freedom no go die »)  faisaient la part belle à quelques disgressions hors afro-beat et que la diversité des goûts musicaux du groupe les emmena à proposer l’an dernier un side-project soul : Slim Moore & The Mar-Kays.

Mais « Solidarity » va délibéremment plus loin ! Avec sa pochette symbolique avec en particulier le nom de l’album écrit en cinq langues et sa flamme tenue par trois mains de couleurs différentes, (qui rappelle aussi le graphisme des affiches d’entre deux guerres) on a à faire à un qui  visuel donne le ton de cette mixité d’entrée de jeu.
Mais c’est bien évidemment au niveau musical que Pierre Chrétien et ses accolytes explorent cette diversité.

Si l’afro-beat a encore sa place sur des titres comme « Bibinay » ou « Serve & Protect »  ce sont les influences latines et caribéennes qui sont cette fois les plus présentes. L’esprit de Fania Records et du Spanish Harlem n’est pas loin par exemple sur un titre comme « Ya Basta ! » L’univers chicano mi latin-funk, mi afro-funk avec une touche de rock est également présent sur le morceau « Kelen Ati Leen ».  Quant à « Cartão Postal » c’est du côté du Brésil que le groupe nous emmène dans un esprit festif  et traditionnel. La vraie suprise vient surement des deux tracks reggae que sont « Jericho » et « Kingpin« , ce dernier chanté par Slim Moore qui quitte ici son registre soul pour revenir à ses premiers amours…

Dans cet album à l’esprit collaboratif, où de nombreux invités sont venu partager leur amour de la musique bien faite (le sénégalais El Hadji « Elage » M’baye, le brésilien Rômmel Teixeira Ribeiro, la chanteuse Amelia Leclair…), on sent le goût du partage. Enregistré sur une vieille console 8 pistes (de marque Tascam trouvé dans un surplus !) le son n’en ressort que plus authentique et brut. Alors bien sur on pourra dire que cet album a le défaut de ses qualités : son éclectisme peut parfois être déconcertant et donner une impression du manque d’unité que l’on pouvait avoir sur les précédents LP. Mais en fait les Souljazz démontrent surtout ici leur science du groove, leur capacité à passer d’un registre à l’autre avec une facilité déconcertante, où chaque piste pourrait être un single potentiel ou presque !

Devant cette maitrise de la sono mondiale, The Souljazz Orchestra est aujourd’hui un des groupes les plus influents de sa génération au Canada, et traverse par bonheur depuis de nombreuses années régulièrement l’Atlantique pour notre plus grande joie !  Longue vie à eux !

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About the Author

Boogie Bass
Co-créateur du webzine Fonkadelica, Boogie Bass est également responsable de l'emission de radio du même nom et dee jay à ses heures perdues (premières parties de Keziah Jones, Macéo Parker, Souljazz Orchestra, The Excitements, Amp Fiddler...).