Review

Label : Columbia

L’Histoire ne reconnait pas toujours l’ensemble de ses héros ! C’est également le cas dans la musique ! Shuggie Otis fait partie de ces artistes maudits, devenu « quelqu’un » sur le tard, heureusement encore de son vivant !
Pourtant tout prédestinait le jeune Shuggie a une brillante carrière. Fils du cèlèbre artiste et producteur de Rythm’n Blues Johnny Otis (découvreur rappelons-le d’artistes tel que Jackie Wilson, Hank Ballard, Etta James…), il se met d’abord à jouer de la batterie avant de trouver sa instrument de prédiléction : la guitare ! Il est alors inspiré autant par les artistes qui viennent jouer à la maison avec son père que par les stars de la fin des 60’s tel que Sly Stone, Jimi Hendrix, Alice Coltrane, Ike Turner ou encore les Beatles et les Rolling Stones.
Son aventure discographique commence en 1968 , à l’âge de 15 ans, où il est crédité en featuring de l’album du Johnny Otis Show « Cold Shot ». Puis l’année suivante, Al Kooper l’invite  sur son album sobrement intulé « Al Kooper invites Shuggie Otis ».
En 1970 il signe enfin son premier contrat en tant qu’artiste chez Columbia et enregistre son premier véritable album « Here Come Shuggie Otis » où l’on peut déjà remarquer son jeu de guitare.

Mais c’est le deuxième simple « Freedom Flight », qui va en quelque sorte le faire rentrer dans l’histoire. L’album d’une bonne facture générale, montre un sens de la composition réel, où la encore Shuggie montre un jeu de guitare assumé par l’inspiration de ses contemporains. Sa soul évolue ici largement dans un univers blues-funk avec des titres tel que « One Room  Country Sheck », « Ice Cold Daydream » ou « Me and my woman voire blues (« Sweet Thang » ou « Purple« ). Mais il contient également deux ovnis. Tout d’abord le titre  éponyme « Freedom Flight », une longue complainte mélancolique instrumentale, baroque et atmosphérique de près de 13 minutes où le fils Otis fait communiquer sa guitare avec d’autres instruments (saxophone, basse…). Mais c’est surtout son célèbre « Strawberry Letter 23″ qui fera toute la différence. Cette chanson a été écrite pour sa petite amie de l’époque qui lui envoyait des lettres parfumées à la fraise.  A cette époque Shuggie cotoie George Johnson ( qui avec son frère Louis fait partie des Johnson Three Plus One les futurs Brothers Johnson) par l’intérmédiaire d’une de ses cousines qui sort avec ce dernier.  Shuggie Otis donne une copie de « Freedom Flight » à George qui adora immédiatement la chanson. Il faudra attendre quelques années plus tard, pour que les frères Johnson demande à Quincy Jones d’enregistrer la chanson (sur l’album « Right On Time » de 1977) qui deviendra un des plus gros hits des Brothers Johnson !

Malgré un album de très bonne qualité, « Freedom Flight » n’arrivera pas à conquérir les charts, peut-être parce que son côté bluesy n’était pas en adéquation avec la jeunesse de l’époque. Loin de se décourager Shuggie Otis ira encore plus loin avec son troisième opus, trois ans plus tard, « Inspiration Information » en proposant une soul expérimentale mais également spirituelle, influencée par les machines tel que Stevie Wonder ou Sly Stone les avaient déjà utilisées. Mais celui-ci ne trouvera pas non plus le succès et Columbia alors le lâche sans qu’il ne puisse trouver de nouveaux contrats. Il tombe alors dans l’oubli, est obligé de faire différents petits boulots, et tombe malade (dépression ? alcoolisme ?)…Il faudra attendre l’année 2001 et tout le savoir de David Byrne et de son label Luaka Bop pour que la réédition de « Inspiration Information« , agrémentée de quatres titres bonus émanant de « Freedom Flight » pour que Shuggie enfin soit considéré comme un artiste soul majeur de cette époque ayant inspiré un grand nombre de musiciens, élevé depuis presque d’ailleurs au rang de culte !
L’année 2012 marque son retour sur scène et est considéré comme un évenement !

Comme quoi l’adage « Mieux vaut tard que jamais », a surement du vrai !

 




About the Author

Boogie Bass
Co-créateur du webzine Fonkadelica, Boogie Bass est également responsable de l'emission de radio du même nom et dee jay à ses heures perdues (premières parties de Keziah Jones, Macéo Parker, Souljazz Orchestra, The Excitements, Amp Fiddler...).