Review

Label : Autoproduction

On le sait depuis longtemps le jazz et le hip hop font vraiment bon ménage ! Sans remonter à l’époque où Gill Scott Heron ou The Last Poets, scandaient leur spoken word sous fond d’improvisation jazzy, à la fin des années 80 le jazz a pris toute sa place dans l’univers hip hop, soit parce que des artistes ont exploréleur répertoire avec passion en les utilisant dans leurs samples (A Tribe Called Quest, Gangstarr, Madlib, Pete Rock & CL Smooth, US3…) , soit parce qu’ils ont utilisé leur talent de musicien sur des projets leur rendant hommage (la série des Guru’s Jazzmatazz entre autre) ou alors parce que des jazzmen eux-mêmes voulaient sortir d’un certain conformisme (Miles Davis faisant appel à Easy Mo Bee pour l’album « Doo Bop », Brandford Marsalis créant Buckshot Lefonque par exemple). Quoi qu’il en soit, ces deux genres, chacun à leur manière et à leur époque ont été synonymes de contestation, de subversion, d’avancée musicale et culturelle. Ce n’est donc pas un hasard s’ils se marient si bien.

Et s’il y en a un en France qui connaît bien le phénomène c’est bien, S.Mos, passionné des deux genres, que l’on avait quitté chez Fonkadelica en 2008 avec son Sextet et son projet jazz-funk « Headrush ». Il revient en 2009 avec un projet de mixtape « The Hip Hop & Jazz Mixtape », qui enfantera au total de trois volumes et qui donnera l’idée du projet « Hip Hop & Jazz mixed up ». L’idée : proposer des mash-up (l’instrumental d’un morceau avec les paroles d’un autre) autour du jazz et du hip hop. Fin 2010 la première mouture voit le jour et fait sensation ! On a encore en tête le « Woo Haa » de Busta Rhyme réinventé grâce au « Topsy de Count Basie ! Le volume deux était donc attendu au tournant, arrivé dans les bacs fin 2011.

Le premier morceau qui saute aux oreilles quand on écoute ce nouvel opus c’est le « 125th & and 7th avenue » de Oliver Nelson qui invite les blancs becs de House Of Pain à revisiter leur « Jump around », du coup moins sautillant mais tout aussi efficace ! Une vraie réussite ! En sens inverse « The Next Episode » de Dr Dre & Snoop Dogg gagne en vitalité grâce au « Ain’t that particular » de Ramsey Lewis. Et que dire d’un spécialiste du son Dirty South, j’ai nommé Yung Joc qui avec son tube « It’s going down » se retrouve propulsé 90 ans en arrière avec le « Charleston » de James P.Johnson (un titre crée en 1923 !). Le mélange fonctionne pourtant parfaitement bien et en fait un des titres les plus intéressants de cet opus. Le tube éponyme des Jungle Brothers (aka « True Blue »), se retrouve en concubinage avec le classique de Eddie Harris, « Sham time » que le duo aurait pu sampler sans aucun doute ! Enfin la verve énervée west coast de 2Pac prend tout son relief sur le « I can, no you can’t » de Lee Morgan.

Au final un tel projet est d’utilité publique ! Non seulement il permet de redonner une nouvelle approche de certains morceaux mais il nous oblige nous aussi à retrouver les originaux pour mieux s’en défaire par la suite. On ne peut donc espérer qu’avec un tel état d’esprit qu’un 3ème volume voit le jour prochainement !

 >> Site officiel de S.MOS

 



About the Author

Boogie Bass
Co-créateur du webzine Fonkadelica, Boogie Bass est également responsable de l'emission de radio du même nom et dee jay à ses heures perdues (premières parties de Keziah Jones, Macéo Parker, Souljazz Orchestra, The Excitements, Amp Fiddler...).