Review

Label : Polydor

Si le rôle d’une infirmière est en théorie de soigner les gens, Pam Grier qui incarne Coffy dans le Blaxploitation du même nom a décidé de renier le serment d’Hippocrate pour dézinguer tous ceux qui ont insufflé le vice de la drogue chez sa petite sœur, avec pour seules armes : une manif au balcon et quelques gros shotguns. Et les producteurs ont choisi le grand Roy Ayers pour mettre en musique cette vendetta sauvage dans l’enfer des narcotrafiquants.

L’homme est un des plus grands vibraphonistes et n’est donc pas là pour la gaudriole. Sa formation jazz se révèle être un atout majeur dans la composition de cette bande originale et cette dernière fait étalage de tout le talent du bonhomme dans la discipline. « Coffy Is The Color » qui ouvre l’album, probablement le morceau le plus connu permet d’apprécier avant sa carrière solo, la voix de Dee Dee Bridgewater. Le Californien maîtrise les codes du genre à la perfection et alterne les ambiances avec une réelle aisance (« Pricilla’s Theme ») où easy listening et virtuosité vibraphonesque s’enfilent comme si de rien n’était. Ca sent la poursuite haletante sur « Escape » et ça déborde de groove sur les « King George », « Exotic Dance », « Brawling Broads » ou « Aragon ». Les arrangements peuvent être tout autant classique que dans la ligné de ce qu’il fera avec le Roy Ayers Music Project (Ramp) par la suite, lui donnant ce son si particulier. La galette se termine sur deux titres dont un « End Of Sugarman » probablement enregistré sous LSD et un « Vittroni’s Theme- King Is Dead » digne des plus grands films de mafieux.

Tarantino, en grand connaisseur de BO avait déjà repris quelques titres pour son « Jackie Brown », encore avec l’unique Pam Grier, le signe qu’il savait à merveille mettre en musique la plastique de celle ci. Mais à l’écoute de ce « Coffy », il est bien triste que Roy Ayers n’ait plus composé pour les Blaxploitation mais signe tout de même avec cette dernière son entrée dans le panthéon des meilleures BO, rejoignant ainsi les Curtis Mayfield et Isaac Hayes.

 



About the Author

Julien Renou
Passionné de musique afro-américaine, et de musique tout court, Julien Renou a collaboré au magazine internet afro-groove Wegofunk. Aujourd'hui il se met au service de sites aussi divers que 90Bpm, What The Funk, et Fonkadelica !