Review

Label original : A&M Records

2015 marque le quarantenaire de « Mellow Madness » album emblématique de Quincy Jones paru peu de temps après sa rupture d’anévrisme, dont l’intervention chirurgicale salvatrice lui aura néanmoins laissé une cicatrice indélébile sur le front, c’est d’ailleurs derrière ce geste béat qu’il dissimule celle-ci de la main sur le visuel de l’album. Il y aura bien eu un avant et un après « Mellow Madness », d’autant plus que dès lors ce sera le début d’une collaboration quasi définitive avec les Brothers Johnson (George & Louis) duo fraternel guitare et basse d’une rarissime alchimie et virtuosité musicale.

Fort heureusement, les réflexes et la maestria de Q ne se seront pas volatilisés sur le  « billard » ; Comme à l’accoutumée, c’est donc une pléiade d’artistes chevronnés qui officie sous la direction de l’homme aux futures 79 nominations Grammy, on retrouve tout de même une frange du personnel de son opus précédent «body heat» (1974) à savoir notamment  le bien nommé wah-wah Watson à la guitare, les vocalistes Leon Ware et Minnie Riperton, l’harmoniciste Toots Thielmans. Mais l’honneur revient aux nouveaux poulains, les Brothers Johnson qui introduisent l’album  avec « Is it love that we’re missin’? »  plus qu’une rencontre,un son bien propre au nouveau trio est né !  George Johnson se démarque en solo sur « Just a little taste of me » pour un cocktail soul,blues un chouia country.

«Paranoid»  n’aurait pas dépareillé sur la bande son d’une production blaxploitation. Du Funk hargneux, inspiré, intensément cuivré et à fortiori précurseur, compte tenu de l’usage précoce de la talkbox. Leon Ware confirme de plus bel son talent indéniable de chanteur à Voix, après avoir un peu brillé dans l’ombre chez Motown en tant qu’auteur-compositeur récurrent. Melvin Ragin (alias  wah wah Watson)  qui doit son sobriquet aux pédales de sa guitare, surprend également au chant sur « cry baby » (talkboxé de surcroît). « Tryin to find out » troisième titre de la paire Johnson , et sur lequel on retrouve le headHunter(s)  Harvey Mason matraquant ses fûts avec une énergie quasi palpable. Le titre éponyme « Mellow Madness » ou la technique au service de la mélodie. Du smooth jazz dans sa forme la plus noble. Les nappes de synthétiseur spatio-futuristes donnent à cette œuvre une dimension psychédélique, « douce folie» dans la langue de Molière après tout !

 « Beautiful Black Girl »  des Watts prophets, est en quelque sorte « l’OVNI » du disque ! Des percussions crépitantes et exotiques accompagnées d’ un flow bien atypique pour l’époque. En deux mots : du Slam passionné 20 ans avant l’heure ! La progression lyrique et rythmique fera instantanément tilt dans l’oreille, tandis qu’une certaine complexité se révélera au fil des écoutes.

Peu avare en reprises, Quincy propose une relecture Jazzy de « My cherie amour »  de Stevie Wonder sorti 6 ans plus tôt. Minnie Riperton, depuis peu célèbre pour son Hit « Loving You » chante donc ici dans un thème et registre assez familiers. Difficile de pas apprécier, même si ici on peut regretter la discrétion de son puissant organe vocal. Leon ware lui donne la réplique tout en finesse. Les chœurs chaleureux justifient à eux seuls l’intérêt de cette interprétation. La tracklist termine sur « Bluesette » un autre standard  revisité, et pour l’occasion, avec l’ auteur original Toots Thielemans à la flûte.

« Mellow Madness » s’inscrit bien dans la continuité de l’œuvre expansive de Quincy Jones. L’album précédent « Body Heat » avait déjà su rendre son Jazz plus accessible par sa densité soulful (succès commercial au rendez-vous). Désormais le virage est résolument au Funk, orientation facilitée grâce au concours de ses nouveaux protégés, Les Brothers Johnson. Des alliés ad-hoc pour consolider sa réputation d’expérimentateur doué, et renforcer son aspiration à une musique davantage populaire. Du fabuleux destin d’un miraculé, place aux « miracles » imminents  du producteur « sorcier ».

On connaît la suite !

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Billy Jack
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