Review

Label : NPG Records

On le croyait libéré des contingences du marché. Deux années de flirts plus ou moins rapprochés avec le jazz nous avaient convaincus que Prince, tirant les leçons de ses échecs « mainstream » (« Emancipation », « Newpowersoul », « Rave un2 the joy fantastic »), agirait désormais à l’ombre des modes et des circuits traditionnels. Ainsi en 2001, il cessait de se courir après et proposait discrètement « The Rainbow Children », une élégante et solide mixture de soul de jazz et de rock que la tournée « One Nite Alone « prolongera » avec brio, aidée en cela par un formidable backband jamais avare de notes bleues. Un attrait pour le jazz poussé jusqu’à la publication en 2003 de deux albums instrumentaux, « Xpectation » (à l’unique destination des fans) et « N.E.W.S ». Il n’y avait alors plus de doute quant à la volonté de l’artiste de se démarquer de ce qui fut, durant la décennie 80, un règne musical irrésistiblement pop.

Puis voilà que « Musicology » atterrit chez les disquaires, à grands renforts d’une promotion – certes moins visible en France qu’aux Etats-Unis – affirmant que l’ex-superstar est « de retour ». Un terme que les américains ne jugeront pas utile de mettre en cause, tant la maestria du bonhomme lors de ses récentes performances télévisées contrastent avec le relatif silence des années passées. Mais pour le simple auditeur de ce nouvel opus, qu’en est-il ? Et bien il se contentera d’un Prince économe, ayant délaissé son audace au profit d’une étonnante sagesse. Douze chansons sans prise de risques, où le funk efficace du morceau éponyme côtoie un rock malheureusement usé (« A million days », « Cinnamon Girl », « The marrying kind »), une soul sans étincelle (« On the couch« ) et une pop éléctronique qui sans manquer de ruse (« Illusion, coma, pimp and circumstance« ) ne soulèvera pas un enthousiasme forcené. Les arrangements subtils de « What do U want me 2 do« , de même que les très beaux « Call my name » et « Dear Mr.Man » viendront alors relever un ensemble par trop convenu, dicté à l’évidence par un souci d’alignement sur l’industrie phonographique.

Toutefois, passée une première impression mitigée, ce disque dévoile son charme et déjà, on soupçonne le Nain Pourpre d’avoir une longueur d’avance : cet appel du pied ne serait qu’un fabuleux atout pour rallier de nouveaux fidèles à sa cause, celle d’une épopée funk que lui seul aujourd’hui, dans un contexte ravagé, est en mesure d’incarner. L’ensemble prendrait alors toutes les allures d’une scène d’exposition, d’un premier chant qui, n’en doutons pas, ouvrira la voie à de futures et fascinantes aventures. It ain’t over, comme on dit.

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About the Author

Tangi
Membre de l'équipe entre 2004 et 2006, contributeur depuis 2001, Tangi a également été animateur d'émissions radio soul-funk à Nantes aux côtés de DJ Bassline. Il tient aujourd'hui le blog "Prince à la Source"