Review

Label : Volt Records / Stax

Al Bell (vice président de Stax Records à partir de 1968) disait à propos d’Otis Redding dans le documentaire “Respect Yourself – The Stax Records Story “ sorti en 2007 « You heard the tear in his voice ». Cela définit parfaitement le talent de cette grande figure de la Soul ! Dès l’instant où il interprète des titres comme « These arms of mine », toute la sensibilité, la profondeur du sud est présente.

 On a tout dit, tout écrit sur ce formidable artiste soul et sur la sortie particulière et posthume de l’album « The Dock Of The Bay », qui sera édité quelques mois après sa mort, le 23 février 1968 chez Volt (sous label de Stax). Les tragédies forment les légendes, et celle d’Otis Redding, a particulièrement marqué l’histoire de la musique américaine.

 En effet, originaire de Géorgie (né en 1941), fils d’un pasteur baptiste, premier single enregistré en 1960 – « She’s alright » – sous le nom d’Otis & The Shooters, Otis Redding va connaître une ascension fulgurante au sein de l’écurie Stax, au point d’en devenir la star du label !

Des tubes, tels que « Respect », « Mr Pitifull », « I’ve been loving you », « Shake », « Try a litte tenderness… », le hissent au sommet des charts et il devient une idole de sa génération au-delà des frontières américaines. Le point d’orgue de sa carrière sera sa prestation remarquable et reconnue comme telle à l’unanimité lors du Festival Pop de Montererey (Californie) de juin 1967, lui permettant aussi de s’ouvrir à un public Rock/Pop.

 C’est donc au paroxysme de sa carrière, qu’un terrible drame va se produire ! Alors qu’il doit se rendre, avec The Bar-Kays (le 2ème groupe maison de Stax après Booker T & The MG’s), à un concert dans un club de Madison près de l’université du Wisconsin, l’impensable se produit ! Pendant sa tournée, le collectif se déplace dans un Beechcraft 18, avion personnel d’Otis Redding, une de ses fiertés et symbole de sa réussite (sur des photos d’archive, on le voit poser devant l’engin). Son épouse Zelma (qu’il avait épousée en 1961) précise dans le documentaire cité plus haut, qu’elle a toujours eu une sorte de pressentiment vis-à-vis de cet avion. James Brown dira même dans son autobiographie « The Godfather Of Soul », qu’il avait alerté Otis de ne pas voler ce jour là. Effectivement, ce 10 décembre 1967, le temps est maussade dans le Wisconsin : du brouillard, une pluie lourde et collante.

Alors que l’avion est à quelques kilomètres de sa destination finale, et a l’autorisation pour atterrir, il s’écrase dans les eaux glaciales du lac Monona, sans que la cause exacte de l’accident soit déterminée. Il n y’aura qu’un seul survivant : le trompettiste des Bark-Kays, Ben Cauley !

 C’est donc de façon posthume que cet album va voir le jour. Il y regroupe des morceaux enregistrés entre juillet 1965 et décembre 1967 (« Sitting on the dock of the bay » sera enregistré 3 jours avant le crash de l’avion !), tous sortis en single avant ou après le décès d’Otis.

On retrouve sur ces enregistrements l’ensemble de la dream team de Stax qui a participé aux sessions sur ces deux ans et demi : Booker T Jones (orgue) et ses MG’S : Steve Cropper (guitariste et producteur de l’album), Donald ‘Duck’ Dunn (basse), Al Jackson Jr (batterie) ainsi qu’une partie de la section cuivres des Mar-Keys avec Wayne Jackson (trompette), Charles ‘Packy’ Axton (saxophone ténor) ou encore Floyd Newman (saxophone baryton). Isaac Hayes est également aux claviers sur quelques morceaux.

Enfin, notons à la composition, la présence d’Eddie Floyd, sur deux plages ; il avait été embauché au milieu des 60’s par Stax en tant qu’auteur compositeur, et est devenu à partir de 1966 un des poids lourds du label grâce à son hit « Knock On Wood ».

 Le titre phare « (Sittin’ on) the dock of the bay », que l’on ne présente plus, hit incontestable et planétaire, a été repris, il y a environ 5 ans, par le collectif Playing For Change dont le but est de ‘connecter les peuples à travers la musique, un projet qui n’aurait certainement pas déplu à Otis Redding.

Otis Redding brille par son interprétation toujours intense, forte, juste, touchante, il y met ses tripes, son âme et tous les morceaux poignants de l’album « I love you more than words can say » / « Open the door » / « The glory of love » / Nobody Knows You (When You’re Down And Out) / « Ole man trouble » transpirent de sa voix reconnaissable au timbre chaud.

 Cet aspect rugueux, brut, digne des chanteurs du Sud est la signature du label Stax dont il a été, est, restera à jamais l’emblème, l’étoile filante mais éternellement scintillante !

>> http://otisredding.com/
>> http://www.soulwalking.co.uk/Otis%20Redding.html
>> Le tracklisting de « The Dock of The Bay »





About the Author

Bluesy
Sensible aux notes Blues, réceptive au Gospel, émue par la Soul, adepte des guitares criardes, mordue des chanteurs(es) au coffre puissant, accro au Raw Funk, addict de Funk 70's tellurique et de Funk 80's tabassant, curieuse des sonorités du monde, à l'écoute des musiques actuelles dansantes... Telle est ma quête, et depuis une dizaine d'années j'ai axé mes élans vers le Funk et ses dérivés ainsi que la Soul, avec une forte dominante pour les rythmes et tempos groovesques bien relevés, tout ce qui fait bouger le corps, la tête et crée une explosion de saveurs pour l'ouïe et les sens. La musique a été, est et sera à jamais un espace ouvert sur le monde et une passerelle entre les êtres pour des échanges passionnés !