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Label : Warner Bros

Trois ans après « Is Your Love Big Enough », un premier album salué unanimement par la critique internationale, la nouvelle diva de la scène Soul londonienne, Lianne La Havas, signe « Blood », un second opus racé aux dominantes nu-soul/jazz, teintées d’un groove jamaïquain révélateur d’un héritage culturel et musical qu’elle revendique ici fièrement.

Trois ans ont donc passé depuis le succès de « Is Your Love Big Enough », un premier album acoustique écoulé à 200 000 exemplaires et qui avait notamment valu à la jeune artiste une nomination pour le prestigieux Mercury Prize en 2012 ainsi qu’une série de collaborations notoires et la garantie d’un second album sous le très sélect label Warner Bros. Celle que l’on présentait déjà comme la digne héritière de Laura Mvula, Corrine Bailey Rae ou encore Lauryn Hill avait alors tout juste 23 ans et s’était par la suite attirée les faveurs de son idole Prince en participant à deux morceaux de l’album « Art Official Age » (2014) contribuant ainsi à consolider sa notoriété naissante et son nouveau statut de prodige de la Soul.

Lianne La Havas a désormais 26 ans et malgré une longue tournée dans le monde entier ainsi qu’une apparition dans « Autour de Nina », hommage musical dédié à Nina Simone où elle interprète avec brio le titre « Baltimore », c’est bien à la composition de son deuxième album que la chanteuse s’est attelée pendant ces trois années.
Tout commence avec un voyage familial en Jamaïque, à la découverte de ses origines paternelles qui vont lui donner envie d’écrire sur le thème de son identité et lui inspirer ce qui sera le nom de son deuxième album « Blood ». Née à Londres, elle est en effet le fruit d’un métissage peu banal entre la Jamaïque du côté de son père et la Grèce du côté de sa mère, respectivement symbolisés par un cercle de marbre et une plante exotique sur la pochette de l’album. De son périple introspectif Lianne La Havas reviendra avec des ébauches de compositions aux textes ciselés et intimistes en attente d’arrangements pour lesquels elle prendra le temps de s’entourer des bonnes personnes à commencer par le producteur de reggae Stephen McGregor (Di Genius) rencontré sur place.
Chaque morceau a été coproduit et arrangé avec un artiste différent ; en résulte un album éclectique de 10 titres aux diverses influences (Nu-Soul, Jazz, Funk, R&B, Hip Hop et même Rock), à la solde d’une voix unique et envoutante au vibrato satiné, celle de Lianne La Havas.

« Unstoppable » est le titre d’ouverture et le premier single de l’album. Construit autour d’un riff de basse puissant et entraînant, cette composition jazz-pop est l’œuvre du producteur Paul Epworth (John Legend, Adèle, Bruno Mars…).

Changement d’ambiance avec « Green & Gold », titre coécrit et produit par le soul man Jamie Lidell qui raconte l’histoire d’une petite fille de 6 ans s’interrogeant sur son identité en observant ses traits dans le miroir. Il s’agit bien entendu d’un autoportrait de Lianne La Havas.

« What You Don’t Do » est le deuxième single de l’album, résolument R&B, il met en avant l’étendue des capacités vocales de la chanteuse.

« Tokyo » a été écrit pendant la tournée qui a suivi « Is Your Love Big Enough ». Il est directement inspiré du film « Lost In Translation » de Sofia Coppola et raconte le dépaysement que l’on peut ressentir loin de chez soi.

« Wonderful » est une ballade planante coproduite par Aqualung et Howard Lawrence (Disclosure).

Le titre « Midnight » évoque quant à lui la confiance puisée par Lianne dans son héritage après son voyage en Jamaïque.

« Grow » s’impose comme un des titres forts de l’album en utilisant des éléments dérivés du reggae, il célèbre le fait de se sentir adulte pour la chanteuse.

On notera aussi le morceau « Never Get Enough » au refrain résolument rock heavy avec un son de guitare saturé particulièrement efficace.

« Blood » contraste donc avec le premier album acoustique de Lianne La Havas en s’appuyant sur une production grandiose supportant des choix risqués mais pleinement assumés dans le sillage d’une Lauryn Hill ou d’une Jill Scott sans pour autant rompre avec les schémas qui ont fait le succès des ses débuts.
Cet album ne sera peut-être pas un succès commercial mais contribuera néanmoins à asseoir le statut de la chanteuse comme relève de la musique Soul parmi les initiés.

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Kid Jo
♫ Benjamin de l'équipe, Kid'Jo est tombé dans la marmite Soul/Funk quand il était petit... Depuis cette potion magique n'a cessé de rythmer sa vie. Musicien du Métro, vous pourrez peut-être le croiser par hasard, au détour d'un couloir, entre les stations Montparnasse, Pasteur, Belleville et Saint-Michel ;)