Review

Label : WBS Group

Depuis plusieurs décennies le funk français se cherche. Alors qu’au début des années 90, un mouvement semblait émerger, au final les seuls ayant pu avoir un succès un tant soit peu crossover se sont retrouvés catalogués rapidement trop rock (F.F.F) ou trop variété (Sinclair) aux yeux des aficionados. Et pour ne rien arranger, les artistes qui avaient le plus de crédibilité en la matière n’ont jamais pu décoller en terme de vente malgré le soutien apparent des majors : Juan Rozoff avec Barclay, la Malka Family avec BMG pour son dernier album « Fotoukonkass » ou encore Dood dont le premier album « A la base le Groove et la Soul » signé chez Cream Records était distribué par Sony. Si on rajoute à ça une diffusion très confidentielle voire inexistante sur les gros médias, on comprend aisément que le funk français ait toujours eu du mal à sortir des milieux spécialisés.

Peu importe, c’est avec ce constat que les groupes émergeants depuis ont organisés la résistance, en vivotant pour la plupart à droite à gauche sans le soutien de grosses structures et sans retrouver l’aura des pionniers mais en continuant coûte que coûte avec une passion certaine.

Parmi tous ces groupes si il y’en a un qui a fait largement parlé de lui en 2008, c’est bien les Gréements de Fortune. Tout d’abord côté CV, on  peut dire qu’il y’a du lourd ! Le chanteur, compositeur, interprète et bassiste du groupe n’est autre que Bibi Tanga qui s’est fait remarqué avec son premier album « Yellow Gauze » en compagnie du Professeur Inlassable, encensé par la critique et largement diffusé sur Radio Nova. Il est accompagné par quatre ex membres de la Malka Family (qui pour la plupart sont aussi des anciens musiciens de scène d’artistes prestigieux) : Rico Adiko Kerridge à la guitare, Jay Murphy au clavier, Gil « C Freak » Garin à la trompette et Eric « Le Shraa » Rohner saxophoniste et MC. Enfin s’est rajouté récemment le batteur Fabrice Lerigab pour consolider une partie rythmique désormais bien rôdée. Le groupe a écumé les scènes parisiennes et françaises depuis 2004 et s’est même fait remarqué par Thierry Ardison qui leur a proposé d’assurer la partie live de son émission sur Canal+ : « Salut les terriens ».

Autant dire que les Gréements partent avec de sacrés bagages en poche et une expérience blindée à l’épreuve des balles et des (mauvaises) critiques !

 Mais alors que vaut cet album intitulé sobrement « Music… » ! C’est avec une certaine « virginité » voir neutralité que j’ai abordé l’écoute de cette album ! J’avais bien sur entendu parler du groupe et de sa réputation mais n’ayant pas eu l’occasion de les voir en live c’est avec une oreille totalement neuve que j’ai découvert leur opus de dix titres (plus un bonus).

Premier constat le combo maîtrise son art sans aucun problème. Musicalement on ne peut pas nier que le groupe possède une capacité non négligeable pour proposer des hymnes funk et p-funk efficaces et sans fioriture : sur l’introduction « Anthem » en particulier et le second titre « Music u’re my lady » mais aussi sur « Jam », « Excuse-moi » (plus disco) ou le titre bonus « Allez hop ». Mais c’est finalement quand le métissage est au rendez-vous que la musique des Gréements est la plus intéressante à commencer par l’excellent « Dans la place » avec une rythmique qui tourne presque dub et tribale dans l’esprit ou encore le très afro funk « Solitude ». Le sextet sait aussi proposer des morceaux plus mid-tempo : « La magie de la vie », « Is there a place » et « Etincelle » qui n’est pas sans rappeler « Diamonds & pearls » d’un certain Prince !

Mais ce qui surprend également c’est le mimétisme que la voix de Bibi Tanga peut prendre avec celle de Marco Prince de F.F.F ! Le rapprochement en est parfois bluffant et donne encore plus l’impression d’avoir ici la digne succession que le petit monde du funk français attendait !

 Au final voici donc un très bon album français (mais aussi avec certains morceaux dans la langue de Shakespeare) qui sait proposer des univers différents tout en restant pertinent du début jusqu’à la fin ! En tous cas bon vent les Gréements !

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About the Author

Boogie Bass
Co-créateur du webzine Fonkadelica, Boogie Bass est également responsable de l'emission de radio du même nom et dee jay à ses heures perdues (premières parties de Keziah Jones, Macéo Parker, Souljazz Orchestra, The Excitements, Amp Fiddler...).