Review

Label: Elektra

« A 19 ans, j’ai joué sur Bitches Brew de Miles Davis« , n’est-ce pas déjà là un gage de qualité qui implique de façon automatique le cas d’un musicien chevronné ? En effet Lenny White, batteur émérite depuis la « première heure », usuellement gaucher mais qui s’est fait la main en autodidacte sur kit batteries pour droitier; c’est aussi un pionnier de cette technique dite Open-handed drumming dont résulte un jeu instinctif et donc plus fluide. Au début des 70s il est membre de la formation légendaire de jazz-fusion Return to Forever (avec Chick Corea et Stanley Clarke), puis après bon nombre de sessions studios,et quelques vacations ici et là,notamment chez les latinos d’Azteca et de Santana, il débute une carrière solo au milieu des 70s. Sur Streamline son 4e album sorti en 1978, il réunit autour de lui notamment deux musiciens de la « jeune garde » de Jamaica (son quartier d’enfance de New-York) ,soit le néo-majeur Marcus Miller à la basse et Donald « Don » Blackman aux clavierspuis quelques autres musiciens au parcours pareillement éloquent à l’instar de Jamie Glazer et Nich Moroch aux guitares, et Denzil Miller aux synthétiseurs et claviers.

 Il engage comme producteur Larry Dunn (membre fondateur d’ Earth,wind & Fire) qui programme également l’ensemble des synthétiseurs sur cet album.Sur « struttin » qui « ouvre le bal » il nous gratifie de plusieurs soli stridents de Minimoog ; la résonance lourde des caisses de Lenny White et le groove syncopé du final allié à la guitare criarde de Jamie Glaser est un pur bonheur pour l’auditeur, une mise en bouche fort prometteuse ! la reprise des Beatles « Lady Madonna » a dû faire le bonheur des nightclubbers disco, et en particulier ceux du fameux studio 54, cœur de la scène disco récemment ouvert au New-York branché. Unique morceau auquel s’y mêle la gente féminine avec les voix félines de la diva Chaka khan et de la jazzwoman Diane Reeves (cousine d’un certain George Duke non étranger à notre cher Lenny). Sur « 12 bars from Mars » les guitares mettent la barre très haut,de la fusion féroce à émoustiller les « harder » les plus aguerris de la scène rockLe combo basse et batterie envoyé dès l’intro de « Time » par le duo Marcus Miller – Lenny white présage un ouragan funky,la phrase d’accroche « I’m feelin kinda funky yeah » prononcée de la voix rauque de Don Blackman confirme notre appréhension…la suite? funkateers parez-vous ! pulsations garantis ! si son compositeur feu Don Blackman a été de son vivant surnommé  « the minister of funk » faites-vous une raison.

La déclinaison des éléments fusion se poursuit sur « pooh Bear » dans une ambiance colorée, calypso ainsi qu’avec des chœurs à la Earth, wind & Fire, vue d’ensemble du smooth jazz, mais alors gai et endiablé grâce aux claviers exotiques et pétillants de Don « captain keyboards » Blackman (un autre de ses sobriquets). Le déroulage de l’attirail jazzistique continue cette fois en toute douceur sur la ballade de l’album ,le planant « I’ll see you soon », unique titre signé exclusivement de la main de Lenny White.

Marcus Miller a lui composé « night games » lequel comme son titre l’indique presque, nous fait penser à une B.O de jeux vidéo première génération 80’s. Quant à ce jeu de basse atypique peu propre au style de Marcus (d’un point de vu rétrospectif) il nous fait plus penser à du Jaco Pastorious. Loin de là l’idée folle de regimber, car c’est un régal intégral, et cela ne force que le respect du joueur comme du compositeur, d’autant plus qu’il ne s’agit que d’un jeune homme à l’époque (19 printemps). On peut dire que l’avenir du Jazz était déjà entre de bonnes de mains. L’outro « cosmic indigo » clôt l’album de façon brève dans un style classique et acoustique,manquait plus que des cuivres et des cordes pour donner l’effet d’un big band JazzCe jeune trio White-Blackman-Miller originaire de Jamaica avait définitivement de très belles années devant lui ! On peut se demander qui ne l’a ou l’aurait pas pensé à l’époque ?

Streamline brosse un large éventail de fusion : Jazz, rock, pop, disco, électro, funk, smooth jazz. Mais malgré cette variété, les puristes du style classique ou acoustique pourront lui regretter l’absence totale de cuivres (même pas des synthétiques) quoique c’est loin d’être un cas isolé du genre à cette époque marquée par la prédominance de bien des machines (synthés), un phénomène qui va d’ailleurs s’intensifier au début des 80’s. Mais sur Streamline les musiciens sont,ou n’étaient que des références majeures ou en devenir. D’éternel sideman ou sessionman le doute n’était plus sur la capacité de Lenny white à entrer dans la peau d’un leader,rappelons qu’il n’était pas à son coup d’essai solo, mais toutefois restait bien accompagné. L’album est désormais une référence en matière de jazz-fusion et aura même contribué non pas à la révélation mais à l’éclosion du bassiste Marcus Miller, l’un des tous meilleurs instrumentistes du milieu aujourd’hui,d’ailleurs au même titre que Lenny White. Un album dont on a l’immense plaisir de (re)découvrir en réédition japonaise 18 ans après son premier pressage CD. Si le livret n’apporte pas grand chose (paroles de 3 titres,crédits toujours pas traduits et Obi japonais) l’objet en lui même saura stimuler les platines, car au pays du soleil-levant, c’est souvent qu’on ne lésine pas sur les moyens technologiques ni même sur les moyens tout court ! ici donc c’est du son numérique 24 bit, autrement dit en haute résolution. Comme qui dirait « J’achète ! « 

>Lire l’interview de Don Blackman

 



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Billy Jack
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