Review

Label : Razor &  Tie (USA) /Moosicus Records  (Europe)

Quand à la rédaction de Fonkadelica nous avons appris l’arrivée d’un album de Larry Graham en 2012, notre sentiment fut dans un premier temps ambivalent ! Nous avons tout d’abord ressenti une certaine excitation d’avoir entre les oreilles un nouvel opus d’un musicien qui n’avait pas sorti une nouvelle production studio depuis 1998 ! Mais en même temps on savait que ce bassiste de génie, vulgarisateur de la technique du slap (certains disent inventeur) et composante essentielle de deux groupes mythiques du funk et de la musique en général (Sly & The Family Stone et Graham Central Station), n’avait peut-être plus la flamme créatrice de sa période phare : celle des 70’s ! Notre interrogation était d’autant plus justifiée, que son dernier album en date co-produit par Prince en 1998 « GCS 2000 », (sorti sous forme d’une trilogie également sous forme de box avec le « New Power Soul » de Prince et le « Come 2 My House » de Chaka Khan) faisait se côtoyer de bons morceaux (« Free », « Utopia »…) et des compositions plus que secondaires d’où un résultat en demi-teinte.

Alors bien sur même, si Prince a depuis presque une quinzaine d’année, largement permis au nom de Larry Graham de rester sur le devant de la scène et de renforcer sa légende, on était malgré tout en droit d’être dubitatif d’autant plus qu’un certain nombre de dinosaures du funk (on ne citera pas de noms pour ne fâcher personne !) n’ont avouons-le, plus grand-chose à proposer aujourd’hui !On vous rassure tout de suite ce n’est pas le cas avec Larry et son nouveau Graham Central Station et dès la première écoute de « Raise Up » on est plutôt rassuré !

Tout démarre avec « GCS Drumline », une introduction qui nous rappelle largement le titre d’entrée  « Entrow » de l’album « Mirror » en 1976. A mi-chemin entre fanfare et batucada, si on a une impression de déjà vu, l’ensemble nous amène doucement et subtilement en terrain connu et permet de maintenir le suspens jusqu’à l’explosion du premier vrai morceau de l’album : le groovissime « Throw-N-Down The Funk » ! Titre instrumental sur les deux premières minutes avec un beat très fort où Larry montre l’étendu de son talent à la basse, celui-ci prend son ampleur avec les cuivres dynamiques, ceux des Millfield Horns de Copenhague. C’est du pure GCS, avec des chœurs entêtants et un refrain énoncé à tour de rôle par les membres du groupe (comme dans « The Jam ») où l’omni présente Ashling Cole se fait bien sûr entendre ! Puis il enchaîne avec une reprise de son standard « It’s alright ». On y retrouve une vraie dynamique comme en live, avec là encore la section cuivre au premier plan, un ou deux solos de basse comme seul Big Larry sait les faire… et c’est dans la boîte ! Si cette nouvelle version n’enlève rien à l’originale et amène la pêche que l’on peut avoir en live, elle n’apporte pas non plus quelque chose de nouveau.

Vient le premier titre avec Prince « Raise Up », un des protagonistes importants de cet opus. L’ensemble démarre par une guitare comme dans « Lotus Flower » avant qu’une rythmique électro-funk typique du Minneapolis sound comme Roger Nelson sait les faire (pas loin des sonorités 80’s !) n’emballe le tout ! Pas de doute ce morceau sort de Paisley Park ! Larry y développe sa voix rauque et puissante, les chœurs princiers l’accompagnent avec également la présence du vocoder. Si le titre est agréable il reste un peu décalé par rapport au reste de l’album. (Une chute de l’album de 1998 ?). Le Kid de Minneapolis est également de la partie sur « Shoulda Coulda Woulda » une ballade sensuelle et bluesy où la guitare criante de Prince se pose sur une batterie jazz simplement binaire et calme. Larry se lance alors dans son exercice préféré de prose amoureuse avec sa voix de crooner. Au final un beau titre mélodieux.

L’interlude « Welcome 2 our world » avec ses chœurs en canon laisse vite la place à un autre standard du Graham Central Station « It Ain’t no fun to me » où le slap se lâche, les horns se déchainent sur la fin mais sans apporter de plus value avec l’originale. Ce n’est pas le cas de « Higher Ground », un des classiques de Stevie Wonder réinterprété à sa façon par Larry et une Ashling Cole au chant au mieux de sa forme ! Pour le coup Larry renvoie la version récente de Marcus Miller au placard ! Le tempo ralenti alors sur « No Way », un bon titre plus posé et mélodieux,  un mid-tempo où la composition coule toute seule. Ce n’est pas forcément le cas de « Hold You Close », l’habituel slow braguette et pour ainsi dire l’autre façette de Mr Graham nettement moins appréciée de ce côté de l’Atlantique, mais on zappe vite ! Heureusement car « Movin’ » réveille tout ce beau monde avec encore Prince aux mannettes. Un titre calibré GCS avec les différents refrains énoncés au fur et à mesure (Marque de fabrique). Effets de voix, cris, … çà pête mais dommage que les Horns soient assurés par les claviers. Nous retrouvons Tamar Davis (encore là ?) et Chance Howard (le bras droit de Candy Dulfer) aux choeurs. Bref, une fête de famille, avec des solos de guitare et de basse, lunaires à la fin. Si le titre est amusant, il manque de création au niveau des paroles. Puis un « Now do U wanna dance » nouvelle version est expédié à coup de Vocoder dans une version plus mid-tempo limite West-Coast bien faite, mais pas révolutionnaire pour autant !

Pour finir, « One day » invite Raphael Saadiq (voix et guitare) pour un titre très sly stonien ! Sur une ligne de basse à mi-chemin entre celle de « Everyday People » et de « If You want me to stay », le groupe redonne ses recettes, sur une touche plus personnelle amenée par Saadiq grâce à une guitare plus pop en accompagnement. Beau titre qui prend d’ailleurs son ampleur de façon crescendo jusqu’à la fin !

Sans être aussi incontournable que ses albums des 70’s, et sans révolutionner le genre « Raise Up » rempli largement le contrat d’un album que l’on considère comme réussi. Si les reprises de ses propres classiques n’apportent pas grand-chose et que la production trop moderne pour certains (à noter qu’une grande partie de l’album a été enregistré en France à Tarare avec la participation de l’ingénieur du son français Stéphane Piot), ne rivalise pas avec la chaleur des ambiances analogiques passées, on ne peut qu’être certains que ces morceaux prendront encore plus d’ampleur en live ! Mais l’essentiel vient bien évidemment du talent de musicien de Larry qui à ce niveau là n’a plus rien à prouver !
D’ailleurs ce n’est pas un hasard si l’album est dédicacé à sa mère ! C’est elle qui lui a appris à jouer de la basse avec son propre style « main gauche », qu’elle avait elle même développé… au piano ! La « magic touch ’ » semble bel et bien se transmettre et le talent qui va avec ! Alors Larry s’il te plait, ne mets pas encore quatorze ans pour nous proposer un nouvel album !

Ndlr : l’album sort le 25 septembre aux USA et le 25 octobre eu Europe.

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