Review

Label : Blue Note (1975) – (réédition 2005)

Donald Byrd a toujours expérimenté de nouvelles manières de voir le jazz. Alors que la décennie 70 démarre, il recherche un son plus original et novateur qui ferait le lien entre jazz et musique plus dansante, finalement plus populaire. Le trompettiste virtuose va décider de travailler avec les frères Mizell (Larry et Fonce), producteurs au sein de la grandissime Motown, toute puissante à cette période. Après la sortie de deux albums en moins d’un an à leurs côtés, Donald Byrd capitalise sur ce succès populaire. Il retrouve ce tandem de producteurs pour travailler sur un nouvel album, Stepping into Tomorrow. C’est vraiment à partir de ces sessions que le son Mizell prend son ampleur. Il s’agit aussi de titres qui seront parmis les plus samplés par les producteurs de hiphop quinze années plus tard.

L’album débute par le morceau phare « Stepping into tomorrow », gros son basé sur un groove chaloupé, appuyés par les percus et les choeurs. La trompette de Byrd se pose par légère touches, précise et (trop) discrète. Le refrain assez solennel repris à plusieurs reprises est chanté, puis s’enchainent les couplets/solos, dont un très bon de Gary Bartz au saxophone et de Larry Mizell au Rhodes.

Le morceau suivant, design a nation, est plus posé, très smooth-jazz, voir aseptisé, on a toujours des bribes de voix, accompagné de Byrd par petites touches encore. Vient un break intéressant avec Bartz au sax une fois de plus, un solo très jazzy, assez virevoltant, suave, et Donald Byrd qui le rejoint sur la fin du titre, très brièvement.

Vient ensuite « we’re together », un morceau au tempo lent, posé, qui débute sur des riffs de guitare funkys. On est dans le même esprit que sur le morceau précédent, avec un break interessant sax/trompette qui va accelerer le tempo et dynamiser le tout, et des choeurs en place qui relancent la machine. Ce titre me parait plus pertinent en terme de composition et de technique, moins plan-plan, les musiciens ont plus de choses à transmettre.

Arrive (enfin) « think twice », THE morceau, à mes yeux la perle de cet album. Basse douce mais groovy, rythmique implacable, sax tonique tout en beauté, sobre, piano bluesy. Voix sensuelle qui se pose sur une instru qui invite au voyage, à se laisser aller. Break très bien senti, soutenu par les percus et les touches de trompette improvisées de Byrd qui glissent sur des accords de piano. Ce morceau est rafraichissant, indéniablement.

Une composition de Harvey Mason suit, « Makin’ it », avec une intro rythmée par une belle partie de batterie/percussions. Byrd envoie ses notes de trompette de façon soutenue, et le saxophone le rejoint. Ce morceau n’est pas indispensable mais il se laisse écouter, c’est une sorte de jam session entre Byrd et Bartz, avec de bons passages ponctués par un piano jazzy assez virevoltant.

Le morceau suivant, « rock and roll again », est encore une fois très smooth-jazz (limite « slow » ringard), il sonne dépassé aujourd’hui et malgré une bonne prestation de l’ensemble et encore une fois de Gary Bartz, on s’ennuie un peu voir beaucoup. Donald Byrd n’intervient que par de très légères bribes.

« You are the world », débute avec une intro blaxploitation guitare-percus, on s’attend à du lourd à l’écoute de cette rythmique, et au final on reste un peu sur sa faim, avec un jeu de questions/reponses entre le piano et la guitare wah-wah. Il faut attendre la moitié du morceau pour entendre des bribes de trompette qui aussitot entendues disparaissent pour reprendre quelques mesures plus tard via quelques notes improvisées.

On termine avec « I love the girl », un titre posé, sans grand interet, malgré une belle prestation de Jerry Peters au piano, de belles touches cuivrées improvisées par Byrd, trop courtes une fois de plus et un travail assez dense de batterie produit par Harvey Mason.

Sur le papier, cet album aurait du/pu être un succès artistique, avec des musiciens qui sont pour certains chevronnés et très talentueux (Donald Byrd bien sûr, mais aussi Gary Bartz, qui a joué avec Miles Davis, et Harvey Mason). Le problème est que ces artistes ici n’ont pas grand chose à dire et à montrer. Stepping Into Tomorrow est finalement un disque qui s’écoute, avec quelques bons grooves, quelques plans intéressants (pas assez développés) mais trop produit et assez décevant en comparaison avec ce que le trompettiste a pu faire par ailleurs. A force de vouloir s’effacer au profit des autres musiciens, Donald Byrd devient quasi transparent. Il intervient par bribes d’impros trop succintes, qui mériteraient d’être approfondies. Cet album est à mon sens trop aseptisé, il manque de spontaneité et de profondeur. La tuerie « think twice » (morceau qui sera superbement repris par Jay Dee) et la belle composition « stepping into tomorrow » sauvent cet album un peu décevant.

>> Sur les Mizell Brothers

>> Leur discographie sur leur label Sky High




About the Author

Ben Duck
Passionné de jazz dans toutes ses formes, de funk, de hiphop 80's-90's, de musique Sud Américaine, Cubaine, Africaine, et de tout ce qui gravite autour, j'aime partager mes coups de coeur et mes découvertes. Musicien amateur, je considère la musique comme un lieu d'échange et de liberté, parfois de prise de risque.