Review

Label : Strut

Dennis Coffey est un guitariste de légende. Si bien sur on cite souvent son rôle au sein des Funk Brothers, le groupe maison de la Motown où il officia pendant quatre ans au côté du producteur Norman Whitefield, en collaborant aux enregistrements de The Temptations, Edwin Starr, The Spinners ou Undisputed Truth par exemple ou encore Funkadelic/Parliament en dehors du label, c’est oublier aussi que son histoire s’est construite sur une dizaine d’albums solo à partir de 1971, entre autre ceux sortis sur les labels Sussex et Westbound. Son style a su toucher un public eclectique, qui appréciait autant la qualité du musicien que sa capacité à composer des thèmes taillés pour le dancefloor. D’ailleurs ce n’est pas un hasard si il fut le premier artiste « blanc » à être diffusé dans la célèbre émission afro-américaine « Soul Train » avec son classique « Scorpio ». Ce dernier fut aussi très prisé par les DJ’s des Block Parties new yorkaises dans les 70’s au point d’apparaitre sur toutes les compilations qui racontent l’histoire de cette période, sans parler du nombre de fois où il a été samplé.

Mais voilà l’Amérique libérale est ingrate et peu reconnaissante avec ses artistes les plus talentueux surtout quand les modes passent, que les radios ou les télés ne vous diffusent plus ou que les studios ne font plus appel à vous. Dennis a donc été obligé d’entamer une deuxième carrière au sein de la Général Motors, et de revenir dans cette usine de Détroit avant d’être licencier alors qu’il avait évolué sur un poste de formateur. Le hasard fait finalement bien les choses et quasiment au même moment, alors que depuis quelques années Dennis tournait en parallèle de son job, dans les clubs avec son nouveau groupe Will Sessions, il rencontre celui qui allait devenir son nouveau producteur Al Sutton (producteur de Kid Rock) et son équipe de management Bad Daddy. Une occasion unique de revenir sur le devant de la scène et de montrer aux petits jeunes qu’il n’avait rien perdu de sa créativité.

C’est donc finalement sur Strut Records que ce nouvel opus voit le jour et c’est avec un réel plaisir que nous l’avons découvert. L’esprit de Mister Coffey est toujours bien là. En ressortant sa vieille Gibson Firebird (celle qu’il utilisait au sein de Motown) et ses effets wah wah et fuzz, il renoue avec l’esprit de ses débuts, le tout accompagné de percussions subtiles, des cuivres de son nouveau groupe et d’une touche psychédélique qui nous rappele ses meilleurs heures ! C’est le cas sur les compositions purement instrumentales que sont « 7th Galaxy », « Knockabout » « Space traveller » ou « Miss Millie » accompagné par les Kings Go Forth. Et justement l’autre surprise de cet album ce sont les nombreuses collaborations d’artistes. Mayer Hawthorne prête sa voix de soulman pour la reprise de Parliament « All your goodies are gone », Fanny Franklin d’Orgone illumine la version très funky de« Don’t knock my love » de Wilson Picket et Lisa Kekaula de the Bellrays fait honneur à sa réputation en s’égosillant dans « Somebody’s been sleeping ». Sans faire le tour de l’ensemble du tracklisting et de ses onze titres, ( six nouvelles compositions et cinq reprises) on peut dire que ce come back après 26 ans d’absence sur la scène internationale est une belle réussite qui continue l’histoire, là où elle s’était arrétée !

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, celui-ci a collaboré au nouvel album du vétéran organiste Booker T Jones, ex musicien de l’autre label mythique de la soul music j’ai nommé Stax, avec un album qui est également une réussite ! C’est décidémment bien dans les vieux pots que l’on fait les meilleures soupes ! Dennis Coffey espère bien défendre cet album en live, aux USA bien sur mais aussi en Europe.

Ndlr : à noter qu’un 45t inédit « Ibiquitous » issu de cette cession d’enregistrement est sorti en 2011 en série limitée dans le cadre du Record Store Day.(disponible ci dessous).

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Boogie Bass
Co-créateur du webzine Fonkadelica, Boogie Bass est également responsable de l'emission de radio du même nom et dee jay à ses heures perdues (premières parties de Keziah Jones, Macéo Parker, Souljazz Orchestra, The Excitements, Amp Fiddler...).