Review

Label : Dunham / Daptone

Charles Bradley, fait partie de ces artistes, dont le destin incroyable est capable d’émouvoir l’Amérique toute entière. Née en 1948 en Floride mais élevé à Brooklyn, comme beaucoup de sa génération il a été influencé par James Brown, véritable source d’inspiration et d’espoir, pour un avenir meilleur. En effet en 1962, alors qu’il est âgé de 14 ans, sa sœur l’emmène à l’Apollo voir le Godfather Of Soul ! Plus rien ne sera comme avant dans l’esprit du jeune Charles et il sait alors qu’il est fait pour la musique ! Mais la vie en décide autrement et la sienne n’est pas un long fleuve tranquille ! Alors qu’il trouve un boulot comme chef cuisinier dans un bar dans le Maine, il monte en parallèle, un groupe au talent prometteur mais qui est vite obligé de splitter à cause du départ de plusieurs membres pour la guerre du Vietnam. Après neuf ans passés au même endroit et aucun débouché musical prometteur, il décide de partir tenter sa chance vers l’Ouest. Après un cours passage en Alaska, Charles s’installe finalement en Californie. Il y passera vingt ans de sa vie comme cuisinier tout en continuant à monter sur scène en parallèle. Pourtant il se retrouve du jour au lendemain licencié après tant d’années de bons et loyaux services et réévalue totalement sa vie. Pour lui il est alors temps de changer de vie. Il décide de retourner dans le Brooklyn de son enfance, se rapproche de sa famille et change de boulot afin de consacrer ses soirées et ses week-ends, à sa passion de toujours : la musique et la scène.

A 51 ans, il forme alors le groupe Black Velvet et se fait connaître dans plusieurs clubs locaux. Mais le destin s’abat à nouveau sur lui, lorsqu’un matin alors qu’il dort dans la maison de sa mère, il est réveillé par des sirènes de police. Il apprend que son frère vient d’être tué par son neveu ! Charles est alors au plus bas mais continue à chanter dans les salles de concert. C’est alors qu’un soir alors qu’il se produit au Salon Tarheel dans Bedstuy que Garbiel Roth, l’un des patrons du label Daptone le repère. Il est tout de suite subjugué par son talent brut et lui fait enregistré un titre « Take it as it comes » en compagnie de Sugarman 3 & Co en 2002. Charles travaille ensuite avec The Bullets, groupe éphémère dans lequel on retrouve le guitariste Thomas Brenneck. Si ils ne sortent que deux singles ensemble « Now that i’m gone » en 2004 et « This Love Ain’t Big Enough For The Two Of Us » en 2006, l’amitié entre les deux hommes s’installe de façon durable dans le temps. Quand la même année Thomas décide de créer son nouveau groupe  Menahan Street Band, il pense naturellement à Charles Bradley, pour les morceaux accompagnés de vocaux. Un premier 45t sort en 2007 « The World (is going up in flames) / Heartaches and Pain» sorti sur le nouveau sous-label de Daptone, Dunham Records, suivi l’année suivante du 7’’ « The Telephone Song / Tired Of Fighting ». Enfin à Noël dernier il a enregistré un single avec The Gopsel Queens.

Dire que cet album pour Charles Bradley est une véritable consécration est un doux euphémisme. Il a passé une vie entière à l’attendre, à l’espérer, à l’évoquer….celui-ci prend forme enfin aujourd’hui avec malgré tout un titre au goût doux-amer : « No time for dreaming » qui s’inspire autant de sa biographie personnelle, que d’une époque tourmentée plus qu’incertaine. C’est donc légitimement que cet album de soul transpire l’authenticité par tous les pores, du premier au douzième titre. L’influence de la southern soul y’est omniprésente. La voix rocailleuse et profonde de Charles rappelle par moment celle de James Brown avec ce même sentiment d’urgence, de fougue, de véracité dans les intonations et les propos. Une voix à la fois soul et blues, qui chante, l’amour, la joie mais aussi surtout la souffrance et la douleur.

L’album alterne mid-tempo et ballades avec quelques titres déjà sortis, en 45t, et d’autres bonnes surprises comme « No time for dreaming » ou « In You », le tout orchestré par The M.S.B au complet. On est pas loin de l’esprit de l’opus de Lee Fields « My World » sorti en 2009 chez Truth & Soul. Ceci-dit si ce dernier s’appréciait du début à la fin sans une once de lassitude, celui-ci pèche un peu sur la durée, par certains morceaux redondants et un peu trop « mou du genou » ! On le sait Charles Bradley a l’organe vocal pour faire du funk qui décoiffe et après un premier album bien mérité on espère le voir par la suite dans un registre un peu différent. En tous cas ne le manquez pas en concert en compagnie de The Menahan Street Band ! De la soul avec un grand « S » !

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Boogie Bass
Co-créateur du webzine Fonkadelica, Boogie Bass est également responsable de l'emission de radio du même nom et dee jay à ses heures perdues (premières parties de Keziah Jones, Macéo Parker, Souljazz Orchestra, The Excitements, Amp Fiddler...).