Review

Label : Daptone

Les affranchis (de style) de Daptone sortent leur 4e opus, « Burnt Offering« , brisant ainsi le cycle de la trilogie intitulée I à III. Issu des forges de leur repaire de Staten Island, cette offrande musicale sur l’autel du Dieu Fuzz change aussi de peau pour un visuel plus adapté à sa nouvelle orientation.

Prenez de l’éthio-jazz, ajoutez la transe afrofunk de Fela Kuti, mélangez bien fort avec l’acier en fusion de Black Sabbath (fondateur incontesté du heavy metal), et vous obtiendrez un mix aussi indéfinissable que réussi : Burnt Offering.

Pour arriver à un tel résultat, les chevelus de Daptone ont réalisé un travail d’orfèvre. A l’instar du sorcier sans âge de la pochette, The Budos Band s’adonne à une sorcellerie inédite : fondre dans le creuset de l’afro-beat les ingrédients d’un psychédélisme « dark & heavy »! Certains membres du groupe n’ont en effet jamais caché leur amour pour le heavy metal, celui des origines, au son massif et hypnotique.

On ressort de la première écoute sonné, impressionné, traumatisé et émerveillé. En osmose totale avec ses compères, Tom Brenneck exploite sans relâche  sa guitare fuzz, ses ondulations sont essentielles à l’atmosphère lourde de l’album. Mais il respecte son habituelle retenue : aucun solo d’anthologie, pas d’effusion de technique, sa 6 cordes ne sert qu’un seul but : planter un décor brumeux et insondable. Les percussions, habituellement foisonnantes, sont en sourdine tandis que la rythmique se fait plus tellurique que jamais.

On se lance dans ce nouvel album avec une énergie folle, entraîné sans relâche sur ces 10 morceaux ravageurs. La musique s’écoule en fusion, intense et brutale. Non, on ne vous parle pas de murs de guitares à 7 cordes accordées aussi bas qu’une tronçonneuse et jouées au rythme d’un épileptique sous acide, mais bien des origines du métal, celui qui se veut profond et intrigant. L’ombre de Black Sabbath, pères fondateurs du genre, plane sur « Burnt Offering« …

Ne vous y trompez pas : il s’agit toujours du Budos Band, les fondamentaux sont toujours là. Cependant les fans purs et durs des riffs de Toni Iommi devront plutôt s’orienter vers le très bon projet de Brownout, « Brown Sabbath« , qui reprend et réinterprète avec brio les titres du groupe à la sauce funk.

Clavier toxique (Into the Fog, Burnt Offering), son sale et hypnotique (Aphasia), langueur lascive (Black Hills, Trail of Tears), mélopées de jazz syncopé (Turn and Burn, Tomahawk) : The Budos Band démontre qu’il sait élargir son horizon tout en conservant son identité forte. Certains titres se dégagent de l’album dans cette exploration de style, comme le riff de guitare accrocheur de Magus Mountain, à mon sens le titre le plus réussi avec The Sticks, redoutable et percutant. On aurait presque voulu être encore plus surpris, tellement ce frisson de nouveauté est délicieux!

Parmi les multiples chemins qui s’offraient au groupe le plus décalé de Daptone, ces derniers ont su emprunter le sentier déroutant du doom métal sans noyer leur essence. En offrant  avec génie une ambiance fuzz baignée de réverbe sur fond de beats profonds, ce 4e album ouvre le champ des possibles : une pièce indispensable à se procurer d’extrême urgence, pour votre salut musical….



About the Author

Alex Kapel
Administrateur et rédacteur depuis 2011, je suis avant tout amateur de raw funk. Musicien et collectionneur de wah wah, il fallait bien un breton dans l'équipe de Fonka... Yec'hed mat!!