Review

Label : BBE

Si le titre « Prince de la soul » a souvent été galvaudé par les Majors et les médias, encouragés par l’appât du gain les poussant souvent  à ériger de «purs produits Marketing» à ce rang, soyons certains qu’avec Bilal cette appellation prend tout son sens ; Puisqu’ en effet ce soul Brother à l’esthétique incontestée, est un fervent pourvoyeur du mouvement dit Nu soul depuis une quinzaine d’années aux côtés de ses pairs Maxwell, Musiq Soulchild, Raphael Saadiq et autre D’angelo dit D’, qui a récemment redonné un souffle au paysage soul avec son album évènement Black Messiah. Un semestre plus tard, le vieux frère d’armes Bilal donne la réplique avec cet «In another life » mais alors à l’allure beaucoup moins messianique, tel que l’atteste la pochette : une fresque joliment et pâlement colorée sur fond glauque voire sataniste, puisqu’on y aperçoit à priori un « sorcier » et sa marmaille de « joujous » vaudou en plein rite que l’on devine pas très « catholique ». Paradoxalement le tableau s’intitule « Gods orchestra » signé du peintre Angelbert Metoyer. Le produit en croix est bien établi puisque D’ angelo l’artiste que l’on surnomme depuis peu le « Messie noir » s’était lui-même considérablement distingué 15 ans auparavant par un certain album intitulé « Voodoo ». Passons …et croyons plutôt au fruit du hasard.

Sur  «In  Another life » Bilal a pris son destin en main de main maître en posant sa plume sur la totalité des titres, pour le reste l’album est produit par l’artiste multi-instrumentiste Adrian Younge.

 « Sirens II » sonne l’entame des hostilités dans une ambiance  lugubre avec un chant nonchalant  qui rappelle quelques escapades psychédéliques de Parliament-Funkadelic. Un titre co-signé Ali Shaheed Muhammad (membre clé du groupe de hip-hop A Tribe Called Quest). Vos enfants ne verront plus jamais La petite sirène de Disney du même œil si jamais il vous venait à l’idée de leur expliquer le fond du sujet abordé ici. Car consciencieusement ou pas, l’histoire d’épouvante aquatique narrée ici par l’artiste fait écho à une divinité maléfique de la mythologie africaine dite « mère des eaux, mi-femme mi-poisson  et mangeuse d’hommes »Notons que c’est le premier single de l’album, détail qui donne du poids à un probable rapport étroit entre ledit titre et l’album dans la globalité de son concept (vous l’aurez compris : Fantasque !). « Star now » continue sur la même lancée harmonique avec un orgue liturgique en intro. Textuellement parlant, il évoque le pouvoir aux vertus extraordinaires que pourrait avoir (ou plutôt qu’a)  la femme sur l’ homme, pensons au mythe biblique de « l’arbre de la connaissance ». Entre mythe et réalité il n’y a qu’un pas, direz-vous !

Mais dans « son autre vie » Bilal s’interroge aussi sur l’amour plus authentique et terre-à-terre en y joignant une musicalité beaucoup plus gaie : c’est le cas sur le Stevie Wonderesque  « Open up the door ». « Pleasure Toy »  est un clin d’œil à peine voilé à Prince et son titre obscène « Private joy » (1981) le parallèle est autant criant dans la rime que dans leur métaphore suggestive, une impression qui se précise à l’écoute de ce beat acrobatique semblant provenir tout droit des studios Paisley Park cuvée 80’s. Et que dire de ces vocalises distillées sur la seconde partie ? Typiquement Princier ! Si Prince a jamais eu de quelconques héritiers, Bilal fait indiscutablement partie de la première portée ! et histoire de mieux nous le démontrer, il en remet une couche dans un registre plus rock sur le hargneux « Lunatic », sa majesté pourpre peut en être fière !

Si « In another life » n’a pas de titre éponyme en soi, on peut  l’associer sans sourciller à « Satellites » qui fait état d’un voyage astral où Bilal se retrouverait perché « là-haut »  à se lamenter sur le sort funeste que la terre des hommes se sera auto-infligé des années et des années après lui, et lui tel le Messie désormais pourvu d’ailes angéliques n’étant plus que réduit à ressasser le passé :  « why the hell did I let you ? ».  Kendrick Lamar, le rappeur trublion de Compton s’invite pour un duo sur « Money over love » un autre morceau qui suggère une certaine perdition de la condition humaine. Musicalement parlant, l’influence Funkadelic rejaillit. « Love child » est une ballade soul minimaliste teintée d’un flow reggae que l’on sait inspiré d’une des influences de Bilal, vous l’aurez deviné : Bob Marley ! On peut aussi retenir « bury me next to you » par lequel l’artiste prend congé de nous. Probablement Le titre incontournable d’une éventuelle présentation live d’ « In another life ». (heureusement imminente chez nous !)

Malgré des influences certaines et intelligiblement prononcées, « In another life » s’annonce peut être comme le projet le plus personnel et ambitieux de Bilal, l’artiste a des choses à dire et nous appelle à la réflexion (toujours pas évidente à saisir, soit !). Un concept album dont les titres s’imbriquent quasiment sans jamais marquer la pause à la manière d’un set live, en suivant toujours un fil rouge soul-Jazzy et en abordant divers thèmes similaires sinon complémentaires. Malgré sa production épurée, on ne peut que saluer l’homogénéité autant lyrique que musicale du disque. Il est possible et même probable que certains décrieront une certaine redondance à l’écoute. On ne peut que leur suggérer de s’intéresser aux textes car c’est bien là où Bilal a mis l’accent. A l’image de sa pochette « In another life » cache sans doute des secrets décryptables ou perceptibles que sur la durée, sinon par la persévérance. Pourvu que les sceptiques n’y passent pas toute une vie (une de plus) pour se laisser emporter dans « cette autre vie » de l’artiste.

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Bilal sera en concert à Paris, au New Morning ce 30 Juillet 2015 !

SIRENS II

PLEASURE TOY

LUNATIC


SATELLITES



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Billy Jack
Féru de Funk et de soul , je les consomme sous toutes les formes (disques,concerts,livres,conférences,forums) ma passion c'est ma culture,et ma culture de prédilection, c'est ma passion.C'est toujours un plaisir de découvrir,dénicher,apprendre,échanger, et partager autour de ça. Fonkadelica ,un réseau de plus, et pas des moindres.