Review

Label : GRP Records

Fils de l’illustre chanteuse soul Roberta Flack , Bernard Wright grandit surtout influencé par le jazz de Miles Davis, le funk 70’s de Kool & The Gang, et les claviers de l’artiste Weldon Irvine. Claviériste virtuose et précoce, à 13 ans il rejoignait déjà le grand batteur Lenny White en tournée. Natif du quartier Jamaica, Queens de New-York, à la même époque il fait déjà partie du gratin local regroupant des talents tels que le trompettiste Tom Browne (avec lequel il collaborera sur le hit « Funkin for Jamaica »), le jeune bassiste Marcus Miller, le claviériste Don Blackman, le guitariste Bobby Broom ou le batteur précité Lenny white : La « Jamaica connection » en somme, comme diront certains observateurs.

Donc, à cette aube des 80’s, de nombreux artistes  de ce vivier rejoignent le jeune Bernard alors âgé de 16 ans pour enregistrer « Nard ». Comme autres acteurs notoires, notons la présence des batteurs  Roy Haynes (sideman des plus grands noms du jazz dont John Coltrane et Thelonious Monk) et Dennis Chambers (à l’époque membre actif de Parliament-Funkadelic) la mesure et le ton sont donc donnés ! L’album est produit par le duo d’expérience et de renom  Dave Grusin & Larry Rosen, musiciens cadres chez GRP records. 

« Master rocker »  co-composée avec feu-Weldon Irvine plante immédiatement le décor  groovesque  de l’album. Marcus Miller se montre aussitôt étincelant à la 4 cordes. « The Master rocker will rock you harder » et cela est garanti sur facture ! « Firebolt hustle » rééquilibre de suite la tendance Jazz annoncée avec des cuivres en renfort, tout en faisant un clin d’œil au groupe d’enfance de Bernard wright « The Junior Firebolts »  dont il était la coqueluche (et tenez vous bien,qu’ âgé de 8ans à l’époque).

« Haboglabotribin » tuerie ambulante enjolivée d’un jingle de comptine mielleuse, et portée par une rythmique rageusement martelée par Marcus Miller,le tout accompagné d’un rap « cartoonesque » proféré par l’auteur du titre en personne, à savoir Don Blackman.Notons que le ton fantaisiste de son phrasé n’est que conséquent avec le thème abordé dans la chanson : un parc d’attraction New-Yorkais  qu’il affectionnait tendrement à l’époque. Un titre qui aura par ailleurs posé une balise décisive pour le G-Funk  90’s de Dr Dre, Snoop Dogg, et autre Tupac Shakur« Spinnin » (« my head is spinnin » ) tu l’as dit Bernard ! car ce morceau donnera le tournis à plus d’un, avec cette basse de Sir Miller dont le jeu a l’effet d’un véritable « rouleau compresseur ». Sur « Just Chillin out » on a droit à une ambiance urbaine digne d’un battle de Breakdance ( handclaps, cris poussifs, beatbox,trash talking…) Marcus Miller qui en est également le compositeur majeur a décidément du groove en stock à « revendre ». Le rap qui pointe à mi-chemin rappelle quelques lignes du titre pionnier en la matière ( « Rapper’s delight «  de SugarHill Gang, 1979).  « Bread sandwiches »  se déguste sans retenue ; la quintessence du jazz-funk à l’état solide ! Il y a de quoi  « se pincer »  lorsque l’on prend acte de l’âge du claviériste Bernard lors de cet enregistrement.

Rendu à ce stade, l’auditeur pourrait se demander à juste titre « mais jusqu’où va-t-on groover ? »  question  qui tomberait à pic, car l’accalmie s’ensuit  avec « Music is the key » qui est une ode câline à  « Miss musique ». Une démonstration supplémentaire de l’aisance déconcertante de Bernard wright aux pianos acoustique et électrique, mais le jeunot sait aussi donner dans le chant et de façon touchante en prime ! Une reprise ô que réussie d’un titre de son mentor Weldon Irvine, paru 6 ans plus tôt. Tapis dans les chœurs, deux pans vocaux du panthéon R&B (l’authentique !) : à savoir le regretté Luther Vandross et Patti Austin. Après cette bouffée d’air frais ça secoue à nouveau dans tous les sens avec « we’re just the band ». « Nard » s’achève avec du pianotage purement jazz  de Bernard  sur « Solar »,  reprise d’une de ses plus grandes influences : Miles Davis.

On manque de superlatifs pour résumer la qualité et la fraîcheur de « Nard » de même que l’étonnante maturité dont Bernard Wright faisait déjà preuve à son jeune âge. On tient ici un classique qui touche à l’unique. Le personnel  en est pour beaucoup , dont parmi des musiciens hautement confirmés et d’autres plus jeunes et  fougueux , pétris de talent, et  qui ne cesseront de confirmer davantage par la suite, à l’instar de Marcus Miller  mais aussi Bernard qui continuera son parcours parallèle de sessionman et sideman pour des  pointures telles que Cameo et même Miles Davis. Néanmoins il prouvera en chemin sa capacité à faire un tube accessible au plus grand nombre : « who do you love » (1985)  ultra samplé par les générations hip-hop  et R&B contemporain, en est l’ exemple le plus éloquent. Mais pour les funkateers  et jazzophiles invétérés, seul « Nard » saura vous rassembler à l’unanimité ! (ou presque)Un album qui n’a pas encore fini de nous donner  la « banane ». Merci Bernard !

>> Voir aussi la chronique du dernier Marcus Miller



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Billy Jack
Féru de Funk et de soul , je les consomme sous toutes les formes (disques,concerts,livres,conférences,forums) ma passion c'est ma culture,et ma culture de prédilection, c'est ma passion.C'est toujours un plaisir de découvrir,dénicher,apprendre,échanger, et partager autour de ça. Fonkadelica ,un réseau de plus, et pas des moindres.