Review

Labels : Mercury (1977) – (Réédition en CD sur Vocalion en 2011)

Bennie Maupin, polyinstrumentiste qu’on a découvert aux cotés des légendes Miles Davis et Herbie Hancock entre autres, sort en 1977 chez Mercury son second album solo, opus essentiellement jazz-funk, accompagné d’un groupe all-stars. Enregistré à San Francisco, produit par Pat Gleeson, et dans la même veine que les albums réalisés avec les Headhunters (d’ailleurs notons la présence de Paul Jackson à la basse sur certains titres), cet album alterne plans groove et motifs très funkys, sons « spatiaux » à la Herbie Hancock, et arrangements très bien sentis.

L’album débute avec « It Remains To Be Seen« , qui comporte une intro assez mystérieuse d’une trentaine de secondes, assez spectaculaire. On se demande où veut nous emmener le saxophoniste. Mais on redescend tout de suite sur terre, rassurés, et on fait la mise au point direct avec un groove implacable et irrésistible qui arrive, à la fois léger et surpuissant. Ça tape des mains, ça remue, ça transpire le funk. Puis vient le break, le soprano dégage des notes suaves et chaleureuses. Et on reprend sur le theme principal, solo de Maupin impeccable tout en crescendo, accentuant sa fantaisie au fur et à mesure du morceau. celui-ci suit la structure theme/break à plusieurs reprises ou chaque instrumentiste y va de son solo (rhodes, piano). Notons que le solo de rhodes par Patrice Rushen qui est comme très souvent, un régal. Terriblement efficace.

Le second morceau intitulé « Eternal Flame  » est plus intimiste, plus jazz aussi, il y a un gros travail de contexte effectué par la batterie à l’aide des diverses cymbales. Le sax de Maupin se pose sur ce tapis de maniere très suave, très limpide. Une mélodie entêtante tel un cri lointain revient (joué sur la fin à l’octave), Maupin tel un magicien semble suivre un peu les preceptes de son album précédent the jewel in the lotus, plus mystique et beaucoup plus difficile d’accès.

Le titre suivant, « Water torture », pour moi le meilleur de l’album, est centré sur un groove à toute épreuve, relevé par le son chaud de la clarinette basse et le rhodes qui sautille. Une machine à faire bouger, un morceau à la fois très funky et très classe, posé sur des breaks très feutrés, l’intervention de la trompette en sourdine dans un son « à la Miles » et du trombone y sont pour beaucoup, ainsi que celle de la flute de Maupin qui édulcore l’ensemble. Des choix très pertinents et qui font mouche. Le solo de sax ténor de Maupin est énorme sur le solo, très funky, et la batterie relève l’ensemble, toujours au aguets des changements de directions. Une sorte de (re)définition du groove.

« You know the deal », qui vient ensuite, est basé une fois de plus sur une rythmique très groovy, une ligne de basse aérienne qui rebondit à l’infini, appuyée par le clavier très présent. C’est un morceau plutôt smooth sur lequel le sax de Maupin délivre un solo assez long et soutenu, parfois nerveux, jalonné par les autres cuivres. Blackbird Mcknight à la guitare délivre un solo dans un son très crunchy, limite rock, je ne suis pas hyper fan mais pourquoi pas.

Le morceau « Lament », est une composition interprétée à la clarinette basse, un interlude délicat, magnifique, qui réside dans un duo avec un piano majesteux. D’ailleurs on ne le souligne pas assez mais Bennie Maupin pour moi est l’un des meilleurs sur cet instrument et dans ce courant. Un titre court mais rempli de charme, qui me fait penser à certains morceaux actuels de Marcus Miller joués à la clarinette basse.

« Quasar » quant à lui est un morceau orchestré autour des cordes. C’est un titre très classe une peu à la Isaac Hayes, avec une fois encore une superbe ligne de basse sur lequel repose le tout.

Excellent musicien trop sous-estimé voir carrément oublié, cet album, soutenu par une équipe de rêve, prouve les talents de polyinstrumentiste (saxophones, clarinette basse, flutes) et de compositeur de Bennie Maupin. Il ne se contente pas de créer le groove, il insuffle également des ambiances parfois sombres, des motifs jazz, orchestrés, en combinant ses thèmes avec le genre de travaux qu’il a réalisé dans son premier album chez ECM. Cet opus est un vrai marqueur du jazz funk même si il est très méconnu (pour moi c’est le meilleur album solo de Maupin). Une réédition de 2011 sur le label Vocalion, couplée à l’album suivant intitulé « Moonscapes » permettra je l’espère de corriger celà.

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About the Author

Ben Duck
Passionné de jazz dans toutes ses formes, de funk, de hiphop 80's-90's, de musique Sud Américaine, Cubaine, Africaine, et de tout ce qui gravite autour, j'aime partager mes coups de coeur et mes découvertes. Musicien amateur, je considère la musique comme un lieu d'échange et de liberté, parfois de prise de risque.