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Interviews

9 janvier 2014

A Liz in wonderland : LIZ Mc COMB Interview

« Brassland », le dernier Liz Mc Comb, est pêchu à la façon des fanfares de la Nouvelle-Orléans. Il aussi été enregistré à Kingston et à New York. Brute de décoffrage, dans la vie comme en live, la diva du Gospel en France n’a pas dit son dernier mot… Interview

Liz Mc Comb, Quel est le concept de « Brazzland » ?

C’est une manière de revisiter la musique, avec quelques titres imprégnés de la Nouvelle Orléans, d’autres par Kingston, en Jamaïque, par New York. Tout le monde a un son différent. A New York j’ai recréé le son des petits orchestres des années 40, avec les « Seal brakers » de l’église «United church of people » du révérend Sweet Daddy Grace. J’ai la touche de la musique traditionnelle de la Nouvelle Orléans avec les « Soul rebels ». Les cuivres sont dans la plus pure tradition. J’ajoute à ça le Reggae de Kingston. On a enregistré avec le saxophoniste Dean Fraser et le « Jamaica All-Stars ». C’est merveilleux !

Comment avez-vous travaillé ?

Quand je compose c’est juste avec le piano et la voix. Une chanson n’est jamais finie. Après j’ajoute les cordes et les cuivres. Parfois la chanson devient un standard et a sa propre vie. On peut toujours la retravailler mais il faut que ce soit au bon endroit. Je me sens très africaine dans mon approche. J’aime que la chanson vive sa propre vie. Quand je tiens quelque chose. On peut écrire une chanson et ne pas la saisir. J’écris jusqu’à ce que je le sentes, le ressentes et je sais que c’est ça! C’est comme ça que ça se passe.

Vous transcendez des genres qui vont du religieux : le Gospel jusqu’aux musiques profanes noires comme le Jazz

Les différents genres de musique: Afro américain, Afro Caribbéen, Africain sont des chambres séparées mais elles appartiennent toutes à la même maison. Ce sont des musiques cousines. J’ai enregistré certains titres à la demande de mon producteur,  comme le standard « Basin’ street blues ». C’est une belle chanson de cette ère du Jazz New Orleans. Les gens voulaient que j’enregistre ça à la Nouvelle-Orléans, la maison de cette musique. Dans les clubs de cette ville, on produit autant de Gospel, que de Blues, que de Jazz, sans faire tellement de différences. Les différences sont établies par les maisons de disque. Peut-être que les églises non plus n’aiment pas qu’on mélange le Gospel et les musiques profanes. Mais je reste la même femme quand je chante du Gospel ou du Reggae.

 Il y a beaucoup de reprises de standards de Jazz, Gospel ou Blues

Je suis attachée à « What a wonderful world ». Les paroles sont très spirituelles. Même s’il y a la guerre je tends vers la paix. Cette chanson représente ce que je suis. Je ne chante jamais une chanson si je ne sais pas réellement de quoi il s’agit, si je n’en comprends pas l’essence. Pour « Didn’t it rain », on l’a enregistré à New York, avec le petit orchestre du révérend « Sweet Daddy Grace » qui joue pour les églises et est vraiment spécifiquement un band de Gospel, avec un son des années 40-50.  La musique afro-américaine est une grande tradition. Au delà de Count Basie ou Duke Ellington, on oublie trop souvent ces combos dédiés aux églises. 

Vous êtes une enfant du Sud des États-Unis. C’est un énorme héritage musical

Je suis née et j’ai grandi à Cleveland, Ohio. Mes parents sont du delta du Mississippi, de New-Orleans. A la maison on écoutait du Jazz, du Gospel. La tradition était chez moi, à la maison. Les influences étaient déjà implantées en moi. La musique de Mahalia Jackson a été ma porte d’entrée dans le Gospel. J’ai beaucoup écouté cette grande chanteuse. Elle vient aussi de la Nouvelle Orléans. Sa voix sonne comme Bessie Smith, la même tonalité, le même feeling. La seule chose c’est que Mahalia Jackson chantait le Gospel et Bessie Smith le Blues. C’est étonnant la tradition !

 Avez-vous subi la ségrégation ?

Quand j’étais petite j’ai ressenti du racisme. Ma mère est de la génération qui subissait la ségrégation de plein fouet. C’était terrible pour elle et plus facile à supportable pour ma génération. J’ai bénéficié du combat de mes parents qui ont pavé la voie. Ce sont les vrais pionniers. On est les enfants des pionniers. Ils ont vécu de durs moments. J’ai eu beaucoup de chance d’être une baby boomeuse. Ma grande sœur était une des premières infirmières noires du Mississippi. Elle suivait les mouvements d’activisme pour les droits civiques. On a été protégées par de plus jeunes qui ne voulaient pas qu’on soit impliquées dans des violences. Mais on savait que c’était là. Je n’étais pas directement engagée dans ce conflit mais j’avais mon art pour exprimer ce que je ressentais.

liz 2

 Comment êtes vous arrivée en Europe ?

J’ai commencé à chanter à New York avec une revue. Mais je ne me suis pas attardée. Je suis arrivée en Europe en faisant une tournée avec « The Jean Austin Singers »: «Roots of Rock N’Roll ». On a tourné partout pendant trois ans. La troisième année je suis restée en Suisse. J’ai vécu et travaillé là-bas et à travers l’Europe. Et puis, j’ai décidé d’enregistrer un disque à Paris avec trois autres musiciens et chanteurs. J’ai adoré Paris et je m’y suis installée. Jusqu’à présent. 

Mine de rien vous avez côtoyé sur la route des pointures comme BB King, Bessie Griffin, Memphis Slim, James Brown, Luther Allison, Helen Humes… Rien que ça

Ces gens là laissent des empreintes. Ils m’ont donné une traces à suivre. J’étais très jeune. Je ne savais pas vraiment pourquoi je me retrouvais tous ces grands artistes. J’étais stupéfaite. Ils m’aimaient bien. Ils me disaient que j’avais une grande voix pour une si petite fille! Je n’étais pas consciente de ça. J’étais très innocente. C’était la volonté de Dieu que je sois là. J’étais le bébé de tout le monde, la plus jeune. Je portais leurs sacs. J’ai fait la première partie de certains. BB King, Ray Charles, la liste est longue. D’ailleurs, quand on écoute « I got a woman » de Ray Charles c’est presque un Gospel !

 Que vous a apporté l’église ?

Tout ! Ça donne du sens à ma musique. Tous les musiciens noirs américains, même les jazzmen ont joué dans les églises. Je chante toujours pour de vrai. Je transmets l’énergie en direct, comme à l’église. Je suis toujours prête à partir sur le champ et à prendre le micro.

 Qu’écoute Liz Mc Comb ?

J’aime John Legend. C’est un  jeune homme exceptionnel. J’ai entendu dire qu’il est de Bâton rouge. S’il est de la Nouvelle-Orléans je comprends pourquoi il est si doué. Tout le monde à la Nouvelle-Orléans peut jouer. Les gens à la Louisiane sont particulièrement bons en musique! J’aime beaucoup le rap de 2 Pac et NWA. 2 Pac est le poète du Hip Hop. Je n’aime pas tout dans le Hip Hop mais je respecte leur créativité. Certains ont de vrais choses à dire. Le message compte plus que tout. Le mien est le suivant, l’amour de l’humain et l’amour spirituel !

Quels sont vos plans ?

On tourne avec « Brassland ». On envisage d’aller en Haïti. Les haïtiens croient beaucoup dans le monde du sacré. On cherche des partenariats locaux avec des télévisions. Un tel projet a un coût! On aimerait tourner avec d’autres pays comme le Canada ou le Japon où cette musique est appréciée…

 Interview réalisée par Julien LeGros, Pour Fonkadelica

>> Site Officiel

>> Notre chronique du disque

En concert à l’Olympia (Paris) le 27 janvier 2014

 

 



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L'équipe de Fonkadelica vous propose parfois des chroniques communes, après des débats endiablés, et des empoignades musclées ! La raison du plus fort finit toujours par l'emporter ! ( A moins que ce ne soit la majorité !).




 
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11 Comments


  1. @Fonkadelica et Liz McComb offre la 1ère de Brassland le 27/01 à l’Olympia en soutien à la recherche sur le cerveau http://t.co/XqjjlTKr5G



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