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Interviews

8 juin 2009

LEE FIELDS – Les états d’âme d’un soulman persévérant ! (2009)

A l’occasion de la sortie de son album « My World » chez Truth & Soul en juin 2009, nous avons rencontré l’homme dans un appartement parisien. 

Issue de la Caroline du Nord , Lee Fields comme beaucoup d’autres s’éduque musicalement dans les choeurs de l’église mais c’est surtout en écoutant plus profane qu’il aura une révélation ! Eddie Floyd ou James Brown en particulier sont ses idoles ! A la fin des années 60, il commence une carrière discographique avec le 45t « Bewildered / Tell her I love her » chez Bedfords Records. En parallèle il joue dans des groupes comme Kool & The Gang, Sammy Gordon & The Hip-Huggers, ou encore Little Royal.
Tout au long des années 70, il sort quelques singles sans réussi à percer réellement !
Il faut attendre 1979 pour qu’il sorte son véritable premier album « Let’s talk it’s over » chez Angle 3 Records. Ca ne suffira pas à booster sa carrière et malgré quelques 45t sympathiques dans les 80’s, il connait une vraie traversée du désert jusqu’au milieu des années 90.

C’est sa rencontre avec Gabe Roth (aka Bosco Mann) et Philip Lehman créateurs du groupe The Soul Providers qui va changer la donne ! Ces derniers l’invitent à poser sa voix sur leur album « Gimme me the Paw » (Pure Records). Puis le duo créé leur propre label, Desco Records et propose à Lee d’enregistrer le LP « Let’s get a groove on » en 1998. Puis après la séparation de Gabe et de Philip, parti chacun de leur côté pour de nouvelles aventures (Daptone Records pour le premier et Soul Fire Records pour le deuxième), Lee Fields continuera à être fidèle aux deux hommes et à sortir des albums (« Problems » en 2002 chez Soul Fire) ou des singles (un certain nombre chez Daptone) indépendemment juste guidé par le plaisir de crier à la face du monde son amour de la soul et du funk.

C’est d’ailleurs son talent que va remarquer Martin Solveig ! Le Dj français en fait sa voix masculine privilégiée pour un certain nombre de ses grands tubes « I’m a good man », « Everybody », « Jealousy »…

C’est donc fort de cette expérience internationale que Lee revient avec un album intimiste et profond du nom de « My World » en 2009 chez Truth & Soul (le label de Leon Michels et Jeff Silverman !).  Aujourd’hui, il est l’un des rares vétérans de la scène soul encore en activité et qui rencontre enfin un succès mérité et personnel ! Rencontre !

M. Fields, pourriez-vous nous parler du début de votre carrière, dans les années 70 ? Comment ça s’est passé ?

Le début ? J’ai commencé par chanter dans un chœur, avec ma mère. Chanter de la musique sacrée. Un ami à moi, comme ma ressemblance avec James était si évidente, m’a mis au défi de chanter une chanson de James Brown. L’orchestre jouait, j’ai chanté la chanson et ils ont aimé, donc ils m’ont pris dans les chœurs.

Vous avez commencé par être choriste ?

Oui.

Vous avez rapidement été surnommé « Little JB »

Ouais, c’est à cause de la ressemblance… et ma voix est également similaire à celle de James. Mais je suppose que c’est parce que j’ai été largement influencé par lui. Mais les gens qui aiment ma musique, le savent, ils peuvent faire la différence. Ils savent qu’il y a une différence. Une grande différence. Quand quelqu’un écoute l’album, l’écoute pour la première fois, je suis presque sur qu’il verra la différence. Il y a sûrement beaucoup d’influences, vous pourriez mentionner l’influence de James comme celle d’autres trucs originaux.

Comment preniez vous, et prenez vous toujours le fait d’être si souvent comparé au « godfather of soul » ?

Oh, je prends ça comme une flatterie… et comme un grand compliment. Pas de doute. James était un grand homme.

Qu’avez-vous ressenti lors de sa mort ?

C’était une vraie tragédie pour moi. Vous savez, c’était une grande influence. Pas seulement sur moi, mais sur beaucoup d’autres j’en suis sûr. Ça me rend triste d’y penser. Ouais c’était très triste, très très triste.
Ensuite, entre les années 70 et 90, presque aucun album.

Pouquoi ça ?

Je n’ai fait que des singles dans les années 70. Un album remarque. En fait on a assemblé des enregistrements que j’avais déjà fait, et on en a fait un nouvel album. Mais ça a pris plusieurs années à sortir. L’album suivant est sorti en 1992. Mais je travaillais ! Les années 80 ont été assez lentes. Mais les années 90’s… J’ai été constant des années 90 à maintenant. Mais les années 80 ont été lentes.

Vous voulez dire pour la funk / soul ?

Oui, le temps était plus à la house… la dance, les choses commerciales. De la musique poussée par l’industrie. Donc pour beaucoup de gens qui faisaient de la soul, ça a été comme je l’ai eu une période lente.

N’avez-vous pas tiré avantage d’une certaine manière du retour sur le devant de la scène de la pure funk classique dans les années 90, en particulier avec l’apparition du sampling ?

Je pense qu’on doit le coming back de la soul / funk à ces musiciens qui s’efforcent de la faire revenir sur le devant de la scène. Je pense que c’est une bonne chose, et j’essaye de faire tout mon possible pour sortir les meilleurs albums possibles. Avec cet album, My World, grâce au talent de Leon et Jeff (ndr : Leon Michels et Jeff Silverman, patrons et producteurs de Truth & Soul entre autre), et des Expressions, je crois que nous avons réussi à faire ce que j’espérais. Donner la meilleure qualité, et un pur disc de soul, qui ne soit pas comme une de ces copies de la soul des années 70. Mais au contraire, un re-… je ne dirais pas un re-make, je dirais… une re-création de soul music.

En 2004 vous intégrez un nouveau label, Truth and Soul Record, et vous formez un nouveau groupe, « The Expressions ». Une référence à Curtis Mayfield & The Impressions ?

Eh bien, faut que je demande aux gars… C’est vrai que c’est assez similaire… Lee Fields & The Impressions, Curtis Mayfield & The Impressions… Ouais, j’y avais jamais pensé ! Les Expressions ont choisi eux-mêmes leur nom, il faudra que je leur en parle et je trouve ce qu’il en est ! Est-ce qu’ils essayaient de se rapprocher des Impressions… C’est vrai que c’est marrant ! Et vous savez le plus incroyable ? Je vis à Plainfield, dans la rue Butterfield. Et je suis Lee Fields. Hehe !

Depuis les années 90, vous avez sorti plusieurs albums, dans le pure héritage du funk classique et bien entendu, de James Brown. Alors que beaucoup d’artistes soul des années 70 ont essayé dans leurs albums tardifs d’associer la tradition soul à des nouveaux sons, des nouvelles ambiances… Comme vous les proclamez au début de votre album « Let’s Get A Groove on », vous avez refusé tout ça… Pas de sampler, pas de synthé, pas de boîte à rythme, etc. Pourquoi est-ce que ça vous paraissait si important de rester dans la tradition funk ?

Le truc c’est que… Je fais toute sorte de musique. Mais la vraie musique en live, c’est comme ça que j’ai commencé. Et je m’efforce de garder la tradition, bien que je fasse beaucoup d’autres styles. Je fais de la musique electronique, du blues… mais la soul, c’est la musique que j’aime. Ça me plait de faire tout mon possible pour maintenir cette musique en vie, j’ai actuellement cette opportunité, avec ces jeunes artistes que sont les Expressions, les Dap-Kings (le groupe de Sharon Jones –ndlr –)… C’est vraiment une expérience incroyable d’entendre un son enregistré comme ça… D’ailleurs, mes oreilles ne s’y trompent pas.

Vous n’avez pas envie d’enregistrer un album blues ?

Ouais, je vais faire un peu plus de blues, je vais faire… je voudrais faire tout ce que j’ai fait dernièrement, comme du blues, de la house, du funk à l’ancienne… J’ai envie de faire tout ça.

Alors vous vous intéressiez déjà à la house… Comment le contact s’est-il établi avec Martin Solveig ?

Il a entendu ma voix dans un enregistrement. Mais il ne m’a jamais dit lequel ! Il m’a appelé, m’a dit « si c’est possible, j’aimerais bien vous enregistrer ». Il commençait à être connu à l’époque, donc quand il a appelé je lui ai dit « ouais, ça a l’air bien »… On a donc décidé de se rencontrer, je suis allé en Floride et on a enregistré « I’ m a Good Man ». Après ça, on a fait « Everybody » et celui-la a vraiment bien marché. Ça a été un des grands moments de ma carrière musicale. Vraiment, c’est marrant de travailler avec lui.

Votre dernier album, My World, semble venir directement des années 70… Comment avez-vous fait pour obtenir ce son aussi authentique, vintage ? Vous êtes-vous servi de vieilles machines à basse-fidélité (low-fi) ?

Je ne serai jamais parvenu à obtenir ce son sans l’expertise de Leon et Jeff. Parce qu’ils ont fait beaucoup d’efforts pour s’assurer que le son était profond, avec toute l’essence d’un son des années 70, mais une fraîcheur… comme s’il avait été enregistré le jour même. Ils ont donc fait beaucoup d’efforts pour que l’enregistrement sonne comme aussi bien. Je loue la façon dont ils ont fait ça. Je dois faire des shows pour promouvoir l’album à New-York le 5 juin, donc j’ai beaucoup travaillé pour être sur d’être au meilleur de ma forme sur scène. Ça va être bien.

C’est vous qui avez composé les chansons de cet album ?

Je ne les ai pas exactement écrites, c’était plutôt une collaboration de toutes les personnes présentes au studio. Pour la plupart des chansons. « Quelqu’un a une idée ? » Quelqu’un répondait oui, un autre aussi, et là l’esprit de tout le monde se mettait à fusionner. Je suppose que c’est une des raisons pour lesquelles le cd, selon moi, est aussi réussi que ça. Parce que tout le monde collaborait. C’était vraiment une super expérience.

Vous avez été dans les années 70, et êtes toujours, un grand chanteur de soul. Mais qu’est-ce qui a changé depuis ce temps ? Par exemple, vous avez sorti votre chanson Honey Dove sur votre album « Problems » de 1973. Vous avez décidé de réenregistrer la chanson sur votre dernier album, My World (2009). Qu’est-ce qui a changé dans la façon dont vous la chantez ? La différence ?

Je dirais probablement… l’humeur dans laquelle j’étais à l’époque. J’étais plus dans une humer et un état d’esprit intimiste. C’est presque comme si j’étais en train de parler, comme un mec qui parle à sa femme. Je pense avoir mis plus de sentiments dans la nouvelle version. C’était comme si j’avais voulu une vraie conversation, une avec plus d’émotion.

Vous avez collaboré avec des artistes tels que Martin Solveig. Vous êtes la fameuse voix sur « Jealousy, Everybody », « I Want You », etc. Comment avez-vous perçu cette expérience au regard de votre carrière de chanteur de soul ?

Eh bien, Martin m’a permis d’être moi-même, le chanteur de soul que je suis, mais il avait également ses projections des directions que l’on devait prendre avec le projet. Il sait ce qu’il veut sur le disque. Quand je mettais ma voix et mon énergie, il m’indiquait ce qu’il pensait qu’on devait faire du morceau, en fusionnant avec l’esprit soul que j’y mettais, et en l’amenant à sonner comme… de la house. C’est une danse, pas vrai ? Il ne faut pas que ce soit trop soul. Ça sonne quand même un peu soul, mais quand vous le passez à la radio, ça passe très bien. C’est vraiment un très bon producteur.

Lee Fields en 3 mots.

Attendez que je réflechisse… Lee Fields en trois mots.
Do – my – best.

J’ai été surpris d’apprendre que vous aviez un appartement à Paris… Vous venez souvent ?

Oui, assez fréquemment.

Vous aimez bien être ici ?

Oh, absolument. Il faudrait être fou pour ne pas aimer Paris ! C’est un endroit génial. J’ai 4 villes favorites : New York, Paris, Londres, et la Nouvelle-Orléans. J’aime beaucoup la Nouvelle-Orléans. J’adore, il faut que je retourne là-bas.

Vos projets pour le futur ?

Nous allons voyager un peu, en Suisse et ensuite ce truc à l’Olympia. Ensuite je retourne aux States. On fait une fête le jour où je rentre pour célébrer la sortie du cd, après j’ai quelques tournées à faire, une tournée blues aussi. Je vais être assez occupé. Mais ça me plait !

Quelle est la dernière chanson dont vous êtes tombé amoureux ?

« Mercy » de Duffy.

Merci !

Interview par Manu Tovski

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