FONKADELICA
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Interviews

6 juin 2003

FRED WESLEY – House party for ever ! (2003)

Fred Wesley est né en 1944 à Mobile, Alabama. Après des études de musique classique, il se tourne vers le trombone et étudie le Jazz, se préparant à une carrière de tromboniste de Big Band. Il jouera dans le Big Band de Count Basie peu de temps après. Pourtant c¹est la naissance des courants Soul et Funk qui va changer à jamais la vie de Fred Wesley. Il entre dans le groupe de James Brown au milieu des années 60 pour ne plus le quitter près de 15 années. Il en sera le directeur musical, assumant son rôle de musicien tout en composant certains des plus fameux tubes du  » God Father of Soul « . Il invente un phrasé au trombone reconnaissable entre tous, inspiré par le Jazz, aux accents de Soul Music et de Gospel.

Il compose alors  » Gimme Some More « ,  » Pass The Peas  » ou  » Same Beat  » qui seront tous des tubes interprétés par James Brown & JBs Friends. Il forme alors les JBs Horns avec Maceo Parker et Pee Wee Ellis. Ces trois-là seront inséparables des années durant, auprès de James Brown puis de George Clinton qu’ils rejoignent dans les années 70. Fred Wesley développe alors ses compositions et crée Fred Wesley & The Horny Horns, avec lesquels il tourne beaucoup, tout en enregistrant avec la plupart des musiciens de la planète Funk. Il continue à jouer avec le Funkadelic ainsi qu¹avec Parliament. Au début des années 90, Fred Wesley reforme les JBs Horns avec Maceo Parker et Pee Wee Ellis et démarre une tournée mondiale qui sonne le retour du Funk en haut des charts. Ils enregistrent plusieurs disques pour différents labels et se produisent dans toute l’Europe.  » Life on Planet Groove  » est un énorme succès et les trois Funkateers sont partout. Jouant sur la vague Acid Jazz et s’imposant comme les parrains du Funk instrumental, ils participent à de très nombreux albums, côtoient de nombreux musiciens issus du Rap, du Rhythm and Blues, du Jazz et de la Soul.

Fred Wesley forme alors son propre Sextet avec Hugh Ragin et Karl Denson + Peter Madsen, Dwayne Dolphin et Bruce Cox. Il enregistre deux disques avec cette formation, tournée autant vers le Funk que vers le Bop et le Latin Jazz. Il se produit dans de nombreux festivals de Jazz, montrant ainsi qu’il est LE tromboniste de Funk par excellence mais aussi un musicien complet, un arrangeur hors pair et un vrai leader sachant s’entourer de musiciens doués et embrassant un spectre musical très vaste. C¹est cette même rythmique qui le suit depuis et son nouveau Septet reprend en partie le répertoire de  » Swing & Be Funky  » ou  » Comme Ci Comme Ca « .

Après des retrouvailles avec Bootsy Collins (Full Circle) puis une tournée avec Lynn Collins et un projet autour de Bobby Bird, Fred Wesley a récemment tourné en invité de Nils Landgren Funk Unit et des Groove Collective. On a pu l¹entendre sur les disques de Marcus Miller, Soulive, Erika Badu, D’Angelo et George Benson. Il revient enfin avec son band, ses musiciens et sa musique pour une tournée européenne. Il enregistrera au sortir de cette tournée ce qui pourrait bien être le grand retour du  » Funkiest Trombone Player Ever « .

Fonkadelica : Parmi les grands titres que vous avez co-écrit, on trouve le classique soul  » Hot Pants  » de James Brown. Quelles sont vos impressions lorsqu’on sait combien ce titre a été samplé ou repris ?

Fred Wesley : C’est sûrement le titre dont je suis le plus fier parce que j’ai trouvé ce gimmick de cuivre ( il chante et mime ) qui explique son succès. La plupart des titres que j’ai réalisé avec James Brown étaient assez  » simples « . Mon rôle se résumait à de la mise en forme mais ce pont la m’a permis de réaliser que j’étais un arrangeur au sens premier du terme. J’ai pris conscience de mon aptitude à écrire de grandes choses. C’était radical et vraiment différent des autres titres. Alors, je me suis dit :  » Eh !, je ne suis pas si mauvais !  » ( éclats de rires ).

Fonkadelica : Vous avez travaillé avec SOS Band, Grady Harrell et d’autres. Où en êtes vous au niveau production ?

Fred Wesley : Eh ! Vous connaissez Grady ! ? ! C’est un grand artiste. On a fait un album ensemble ( Mwana, 1984 ). Il était produit par Me Bongo ( une proche du président du Gabon ). Comme producteur, je n’ai rien réalisé récemment mais j’adore le travail en studio. Avec la scène, le studio est ma vraie passion.

Fonkadelica : Votre nouvel album sonne un peu plus jazz que les autres : Pourquoi ?

Fred Wesley : Oui, un peu plus mais je n’avais pas l’intention de faire un album jazz. Les cuivres sonnent très jazz, grâce à la présence de Gary Winters, mais les rythmes sont très funk. J’ai voulu un album impossible à  » labeliser  » ou à enfermer dans un genre unique. Je pense à tous ces mots inventés par les journalistes ou les gens du marketing comme  » acid-jazz « . Moi aussi j’ai fait de l’acid-jazz : Je prenais un acide et je jouais du jazz ! ( eclats de rire ).

Fonkadelica : Que pensez-vous du sample ? C’est une bonne ou une mauvaise chose ?

Fred Wesley : Au début, je me suis dit :  » Mais c’est du vol ! « . Pourquoi faire tous ces collages ? Pourquoi tous ces mecs ne composent-ils pas ? Pourquoi ne jouent-ils pas leur propre musique ? Et puis Jimmy Jam et Terry Lewis ont utilisé une boucle de  » Papa Don’t Take No Mess  » pour la chanson  » That’s The Way Love Goes  » de Janet Jackson. J’ai entendu ce titre différemment.
Mon fils est producteur de hip-hop. Il travaille des nuits entières sur les samples. Quand je l’observe, je ne voie pas de grandes différences avec ma méthode de travail ou celle d’un Dizzy Gillespie. Les artistes de ma génération s’inspiraient déjà d’œuvres créées précédemment. Les jeunes ont l’électronique pour mettre en forme leurs idées et leurs influences. Nous n’avions que notre mental et notre technique. Nous avions la même démarche sans l’outil. Je ne vois plus ça comme du vol, surtout depuis mes premiers chèques de royalties!

Fonkadelica : Dans votre livre, vous racontez une anecdote assez drôle sur Prince à ses débuts. Pouvez-vous préciser pour ceux qui n’ont pas encore lu votre ouvrage ?

Fred Wesley : En fait, on a reçu une de ses maquettes. On le connaissait déjà un peu. Je ne sais plus très bien quel était l’album concerné mais son seul nom était crédité pour tout les instruments! On a trouvé ça  » drôle « . A cette époque, nous passions des heures, des semaines, en studio. Plus tu restais en studio, plus tu étais payé. Il m’est arrivé de gagner jusqu’à 150 000 dollars par an, juste en étant en studio à m’éclater avec mes amis musiciens. C’était bien plus qu’aujourd’hui. Et soudain, ce garçon arrive et te dit qu’il fait ça en une semaine, seul et avec des machines. Les bassistes et batteurs ont pris un sérieux coup !
Très vite, des groupes sont venus de partout, surtout de l’Ohio, pour signer de gros contrats. Heureusement que j’étais arrangeur. Cela m’a permis de continuer à bosser et de manger !

Fonkadelica : Que pensez-vous de tout ces nouveaux groupes qui reviennent à un son ancien ?

Fred Wesley : Je trouve ça positif. Beaucoup de musiciens retournent à un son ancien, que ce soit en R&B ou en jazz. Dans le même temps, d’autres vont de l’avant en ajoutant des cordes à leur jazz ou des éléments que nous n’avons pas l’habitude d’entendre. La musique est tellement large. Elle est toujours en mouvement. Il reste tant de choses à faire, tant d’espaces restent à explorer. Par exemple, j’ai joué avec Randy Brecker et Soulive. Ensemble, nous avons exploré de nouvelles voix. Je joue aussi avec des jeunes dont le son est plus classique. J’ai été inspiré par tout ça, le jazz, la soul, le funk.

Fonkadelica : Vous êtes un peu comme une passerelle entre les générations et les genres alors ?

Fred Wesley : C’est ce qu’on se dit avec Bootsy ! nous sommes toujours là. J’ai toujours été entre les deux espaces, jazz et funk. J’ai une base jazz mais c’est la soul et le funk qui m’ont rendu populaire.

Fonkadelica : Comment avez-vous rencontré le label Hip Bop Records ?

Fred Wesley : Je connaissais le label parce que beaucoup de mes amis y étaient déjà, comme M.Stewart qui joue avec Marcus Miller. Mais c’est Jonathan Miltat, co-producteur du nouvel album, qui m’a fait venir à Paris. Il s’est occupé du groupe pendant plus d’un an et nous a incité à enregistrer à Paris. J’étais très sceptique n’ayant jamais enregistré ailleurs qu’aux USA, sauf en Allemagne. Oui, c’est Jonathan qui nous a présenté, le groupe et moi, au label Hip Bop. C’est un bon label.

Fonkadelica : Il y a quelques années, vous avez eu un quartet de jazz mais ça n’a pas duré : Pourquoi ?

Fred Wesley : On a tourné un peu du côté de Denver. Le groupe était produit par mon frère. Nous avons fait deux albums mais un seul a été commercialisé. L’autre est maintenant disponible sur mon site. C’était du pur Be-Bop, pas une touche de funk. Bruno Caar, le meilleur batteur que je connaisse faisait partie du groupe. Maintenant, c’est Bruce Cox ( il nous rejoint ) que j’utilise. Ce groupe n’a pas marché parce qu’à la même époque, Bobby Byrd m’a appelé pour me dire que  » Pass The Peas  » était un gros tube à Londres. Alors là, je me suis gratté la tête et j’ai dit à Bobby :  » Pass The Peas ! ? Mais tu parles de ce titre que nous avons fait avec James il y a quinze ans ? ! Qu’entends tu par ‘gros tube’ ? « . C’était en 1989 au moment où le mouvement ‘Rare groove’ commençait. Toutes les radios ‘underground’ de Londres passaient ce titre ainsi que  » House Party « . Alors Bobby m’a dit :  » Tu dois venir avec moi pour faire une tournée « . C’est à cette époque que Maceo, Pee Wee et moi avons reformé The JB’s Horns. Cela faisait si longtemps que n’avions pas joué ensemble. Et puis le label allemand de Stephen Minor ( Minor Music ) a signé Maceo pour l’album Roots Revisited qui a été un gros succès jazz. Dans la foulée, nous avons été très demandé pour une tournée avec Maceo. Le mouvement ‘rare groove’ a relancé le funk dans toute l’Europe et on s’est fait beaucoup de tournées….Et beaucoup d’argent ! ( rires ).

Fonkadelica : Vous avez travaillé avec Me Patience Dabny. Vous dites que votre travail avec elle était vraiment nouveau. Pouvez-vous nous en parler ?

Fred Wesley : Elle est gabonaise. L’idée était d’occidentaliser’ sa musique. Elle avait un super groupe de musique traditionnelle. J’ai fait ça pour elle mais ça n’a jamais été commercialisé. Elle est très riche. Elle a voulu ce projet pour me faire plaisir. On a pressé 500 disques et elle est repartie en Afrique. Dans son palais, il y avait une pièce plein d’instruments cassés, peut-être les disques sont-ils toujours là !

Fonkadelica : Mais vous en êtes fier ?

Fred Wesley : Oui, j’en suis très fier. J’ai essayé de nouvelles choses, différentes expérimentations et ça m’a aussi évité de mourir de faim. J’aurais probablement trouvé une autre façon de m’en sortir mais c’est arrivé au bon moment. Ca m’a beaucoup motivé, musicalement et personnellement. Ce n’était pas évident de mélanger les deux genres, un vrai challenge. J’ai aussi appris de nouveaux mots comme  » recommence « ,  » écoute « ,  » microphone  » ( éclats de rires ). C’est une excellente musicienne et elle a toujours un groupe, je crois.

Fonkadelica : Comment trouvez-vous les albums des Horny Horns ?

Fred Wesley : C’était une idée de George Clinton et Bootsy Collins, du concept jusqu’au son. Je voulais même appeler le deuxième album « Blow Job' »! ! ( en français, ‘faire une pipe’ ). Mais George a refusé trouvant ça trop provoc’. Il y a de très bons titres sur ces albums. La forme est classique mais c’est très funk. Je suis fier de la plupart des titres. Peut-être qu’un jour je trouverais le courage d’appeler un de mes albums ou une chanson ‘Blow Job’ mais George et Bootsy seraient capable d’en faire une reprise.

Fonkadelica : Quelle est pour vous la qualité première d’un arrangeur au top ?

Fred Wesley : La polyvalence. Ca, je l’ai appris avec James Brown. Il faisait tout. Tu dois pouvoir t’adapter. Grâce à cette qualité, j’ai su travailler avec James, bien sûr, mais également avec Count Basie ou Vanessa Williams dont les styles sont radicalement différents.

Fonkadelica : Avec qui êtes vous resté amis à travers le temps ?

Fred Wesley : Oh, avec plus ou moins tout le monde : Maceo, Mel Wanzo ( du Count Basie Big Band ), Bootsy, je suis allé à son anniversaire l’année dernière.

Interview menée par Alex Wise et Christophe Augros
La photo principale a été réalisée par Willy Huvey lors de l’interview de Fred Wesley

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