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Interviews

13 juin 2006

CORTEX – La légende du jazz-funk français (2006)

CORTEX ! La cervelle du jazz-funk en France. Groupe qui a marqué les années 70’s avec son jazz-funk instrumental édité sur quelques vinyls. D’un trio au quartet, avec l’ajout de cuivres, leurs disques sont rentrés dans la légende et nous sommes fier de vous les présenter alors que leurs albums sont réédités en 2006 … Rencontre avec Alain MION, fondateur du groupe.

FONKADELICA : CORTEX est un groupe français, de funk/jazz funk actif pendant les 70’s … pouvez vous nous en dire plus ? le présenter ? le concept ? L’origine du nom ?

ALAIN MION : D’abord, l’origine musicale du groupe : j’avais en tête des courants représentés par des artistes ou des groupes aussi différents que Sergio Mendès, Chicago Transit Authority, Blood Sweat and Tears, Elis Régina, John Lee Hooker et mon maître Ray Charles. Ils avaient tous cet espèce de feeling inexplicable qu’on appelait Soul ou Funky dans le jazz des années 60, et qui était omniprésent chez Les McCann (avec ses 2 magnifiques sidemen Leroy Vinnegar et Ron Jefferson), Cannonball Adderley, Bobby Timmons, Lee Morgan , Jimmy Smith, Wes Montgomery, Art Blakey et Jean-Luc Ponty ou Georges Arvanitas en France que j’avais eu la chance d’écouter très jeune.
J’avais du mal à me situer dans le paysage du Jazz français de l’époque dont le public avait sifflé Coltrane et Cannonball à Pleyel… l’un parce que personne ne comprenait son discours pourtant largement issu du blues et l’autre parce qu’il avait le malheur de jouer binaire et …funky, et de swinguer comme une bête !

Je souffrais d’une espèce de maladie de la liberté…! et c’est la raison pour laquelle j’ai créé très tôt mes propres trios et que j’ai écrit très tôt mes propres compos !

L’idée du groupe m’est venu à la suite d’une première expérience qui mélangeait voix, cuivres, piano éléctrique sur des rythmiques un peu brésilienne et très jazz.

J’avais l’habitude de passer au Centre Américain du Boulevard Raspail à Paris où j’ai rencontré Jeff Huttner et Alan Jaffe : tous deux partageaient une culture comparable à la mienne, sans tabout de style (pas comme la plupart des musiciens français de l’époque !). Ils sont devenus très vite mes compères d’un trio piano, guitare, basse. Nous avons travaillé et j’ai affiné mes compos. Alan est reparti aux Etats Unis quelque temps après et Jeff et moi avons cherché un batteur qui auraient à la fois le feeling du jazz et cet esprit funky que nous n’étions pas nombreux à partager : le jazz rock.
Nous avons rencontré Alain Gandolfi qui partageait nos goûts éclectiques.

C’est ainsi que Cortex est né, en 1974, avec un nom qui à l’époque était peu usité (depuis la percée de notre groupe, un tas de chanteurs, groupes et maison de disques nous croyant probablement tous morts (!), ont repris ce nom !!).
Le groupe a rapidement évolué d’un trio instrumental à un quartet avec sax (Paul Louis Duhamel -ténor- d’abord et Alain Labib -alto- ensuite). Puis sont arrivés les chanteuses (plutôt façon Sergio Mendès que Return to Forever malgré ce qu’on en a dit).

Comment définissez vous le son de Cortex ?

Cortex a tellement muté pendant 7 ou 8 ans qu’il est difficile de parler d’un son, sauf à parler de mon amour des claviers et des basses Moog et des rythmiques hyper carrées d’Alain Gandolfi, dont je compare le travail de l’époque à celui de Stix Hooper ou Harvey Mason pour la précision et ce sens du swing, ce placement à l’intèrieur d’une rythmique binaire immuable.
Mes compos aussi ont évoluées, de plus en plus mélodiques, et on ne peut comparer La Rue ou Mary & Jeff (de Troupeau Bleu) avec I Heard a Sigh ou Said I Do (de l’ Inédit ’79).

Ce sont les fans qui trouvent un son à un artiste, l’artiste lui, ne s’entend pas de la même manière, se remettant en question ou se critiquant pour avancer… ce que l’on a fait allègrement au cours de toutes ces années, évoluant aussi au fil des nouvelles influences.

Pour moi, chaque album de Cortex est une nouvelle aventure et depuis Cortex, chacun des albums que j’ai réalisé sous mon nom est différent. J’évolue sans cesse : quel est le lien entre Phéno-Men, Alain Mion In New York, Some Soul Food ou mon travail actuel avec le AM String Orchestra si ce n’est une touche funky et ma passion pour des mélodies fortes ?    

En studio, comment travailliez vous ? Quelle était la base de la construction d’un morceau ?

On partait d’une idée mélodique que je trouvais seul, parfois au Fender Rhodes, parfois au piano acoustique ou sur le CP 70.
Une mélodie, une grille d’harmos un bout de vocal et l’aventure commençait ! On mettait un clic et on construisait le morceau grosso modo piano, basse, batterie et voix.
Ensuite on habillait. Parfois on refaisait un des instruments de base en cours de route. Parfois, on refaisait tout ou on effaçait tout !!

Quand l’alchimie prenait, on allait jusqu’au bout et seulement une fois tout terminé, Alain Gandolfi refaisait généralement la batterie, pour pouvoir profiter des appuis des riffs ou des voix.

Pourquoi, ces inédits de 79, que vous présentez aujourd’hui, ne sont-ils pas sortis à l’époque ?

C’est une bonne question ! Mais il faudrait plutôt la poser aux maisons de disques qui les ont boudés à l’époque ! La seule proposition qui nous a été faite n’était pas intéressante financièrement. Ensuite, l’autre Alain et moi nous sommes séparés artistiquement et nous avons vendu le studio et les machines. Ma carrière artistique a évolué dans une autre direction (tiens, tiens !) et c’est seulement avec les rééditions à succès des premiers disques de Cortex que nous avons pensé à confier cet album inédit à Next Music avec qui j’étais en contrat pour Cortex et les disques sous mon nom. Pas de chance ?… Next Music a déposé le bilan, (sans trop s’attarder sur les comptes de royautés d’ailleurs) et c’est à une rencontre fortuite avec Maxime Peron le A & R de Underdog Records que nous devons cette sortie retardée. Je ne vais pas m’en plaindre car Max est un type bien et un fonceur.

A l’époque, hors Cortex, avec qui avez vous joué ? travaillé ?

Comme je l’ai dit avant, je n’aimais pas trop jouer autre chose que mes propres compos. Mais j’avais fait auparavant mes classes en jouant dans les clubs de jazz comme le Blue Note ou au Centre Américain. J’ai eu la chance d’y jouer avec des musiciens de talent comme Hal Singer, Jacques Vidal, Daniel Humair, Philly Joe Jones, Jean My Truong et Hank Mobley.
Mais par la suite, dans Cortex, et au fil des différentes formations, j’ai joué avec la plupart des meilleurs jeunes musiciens français de l’époque comme Alain Labib, Jean Grevet, Gérard Prévost, Dominique Carrier, Rémi Dall’Anéze, Marc Fosset etc.

Pourquoi chanter en anglais ? Choix marketing ? visée mondiale ? esthétisme ?

Tout d’abord, allez bien jusqu’au bout du CD et vous trouverez une « Emily » qui même s’il s’agit d’une petite Anglaise est chantée en Français ! C’est un mélange de langues que nous avions aussi adopté pour le 3ème album de Cortex que nous avions enregistré pour Crypto / RCA (aujourd’hui BMG). Le son anglais se prête plus facilement à ces ambiances jazzy. Ma voix est différente selon que je chante en Français ou en Anglais. Ca aussi c’est intéressant.

Mais il ne s’agit pas du tout d’un choix marketing : d’ailleurs quand j’ai enregistré en Français, le titre Levallois lors de mes séances à New York, Dave Binney et Marc Johnson qui m’accompagnaient et David Baker, l’ingé son, étaient sous le charme; les Japonais ont fait un super accueil à Troupeau Bleu (tout en Français) et lors d’une tournée en Chine, j’ai été ovationné quand j’ai chanté en Français à l’Université de Dalian.

Le mythe de l’Anglais supérieur en musique n’existe plus que pour ceux qui veulent y croire ! Mais, bon, je crois qu’il faut chanter des paroles qui sonnent bien, c’est tout : si on ne trouve pas de paroles françaises qui sonnent, autant chanter en Anglais (les textes sont moins durs à faire sonner).

Ne reste t-il plus du tout de morceaux inédits, de bandes cachées de Cortex ? Est-ce vraiment la dernière édition et pourquoi ?

Allez savoir…!

De nouveaux projets ? Parlez nous de vous aujourd’hui …

Actuellement je prépare un nouvel album mi solo, mi accompagné par mon quatuor de cordes : un mixing de jazz, d’ambiances funky et impressioniste et je pense touner avec ce spectacle l’an prochain, grâce au travail de mon nouvel agent, Hans Batschauer qui est aussi l’agent de Jean Luc Ponty et de Richie Beirach.

Que pensez vous du monde « funk » en france ? En écoutez-vous ? Qui ?

J’avoue ne pas avoir eu le temps d’écouter beaucoup de musique ces temps-ci (en dehors de la mienne !!), accaparé par les arrangements de mon nouveau répertoire.
Je voudrais faire plus connaissance avec le travail de Schumann et j’ai redécouvert ce qu’on a appelé la West Coast (Martie Paich, Art Pepper, Mel Lewis, Chet Baker) qui sont actuellement mes disques de chevet…

Quels sont vos coups de coeur actuels ? Qu’écoutez vous ? Des idées pour les amateurs d’aujourd’hui ?

Toujours actuels : les trios de Les McCann, Bobby Timmons, Martie Paich avec Mel Lewis et toujours le grand Ray Charles.

Merci !

Propos recueillis par Mpls

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