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Interviews

8 janvier 2012

CHARLES BRADLEY – La soul à fleur de peau ! (2011)

Charles Bradley, fait partie de ces artistes, dont le destin incroyable est capable d’émouvoir l’Amérique toute entière. Né en 1948 en Floride mais élevé à Brooklyn, comme beaucoup de sa génération il a été influencé par James Brown, véritable source d’inspiration et d’espoir, pour un avenir meilleur. Son album « No Time For Dreaming » sorti en 2011 chez Dunham Records (sous -label de Daptone) est devenu rapidement une référence soul contemporaine ! Quand on l’histoire et le vécu d’un tel bonhomme est aussi surprenante, on imagine très bien que la rencontre va être sincère et remplie d’humanité ! On ne s’est pas trompé ! Avec Charles Bradley la soul music porte bien son nom ! Découvrez donc cet interview en vidéo pour les anglophiles ou traduites en français pour les francophiles !



Fonkadelica : Bonjour Mr Bradley, Nous sommes ravis de vous accueillir de retour en France sur Fonkadelica.com. Votre dernier passage à Paris en avril était avec Lee Fields.
Nous savons que vous étiez il y a quelques jours à l’affiche d’un festival français, comment s’est passée l’expérience avec le public ? En plein air était-ce plus étrange que dans les clubs à taille plus humaine ?

Charles Bradley : C’était indescriptible, un souvenir qui m’a fait penser qu’avec cet amour, je sais que Dieu existe. C’était superbe, les gens ont commencé à me montrer ces signes (en forme de coeur NDLT).
Je savais ce que cela voulait dire, que les gens m’aiment. Alors je suis devenu sans voix en voyant cela, j’ai tourné la tête et j’ai enlevé des larmes de mes yeux.

Je suis descendu de scène pour aller dans le public, serrer des mains, embrasser des gens, échanger de l’amour et quelques larmes. C’était un instant que je n’avais jamais vécu auparavant.

Fonkadelica  : Rempli d’émotions…

Charles Bradley : Oui !

Fonkadelica : Il y a quelque chose que le public français ne sait pas forcément, c’est que depuis des années vous jouez et chantez James Brown dans des shows aux USA.
Est-ce quelque chose que vous aimez toujours faire, car avec le Menahan Street Band qui vous accompagne en Europe vous ne faites pas de reprises de James Brown ?

Charles Bradley : J’aime James Brown car il y a beaucoup de vérité dans ses paroles, mais j’aime aussi tout simplement sa musique funky ! J’ai attendu qu’un bon groupe vienne nourrir mon esprit, et après tout ce que j’avais à faire était de m’ouvrir à eux et donner.
J’aime Tom (Brenneck, compositeur/guitariste du Menahan Street Band NDLT) et le groupe de Daptone, j’ai rencontré Tom il y a 10 ou 11 ans. C’est lui qui une fois m’ayant vu jouer James Brown est venu me voir et m’ proposé d’enregistrer avec lui. Il m’a invité à une de ses répétitions et a commencé à jouer. C’était plutôt funky, il m’a dit « chante quelque chose! », et les paroles me sont venues comme cela en tête !

Fonkadelica : Et c’était votre propre musique cette fois 

Charles Bradley : Oui ! Et maintenant je sens que je peux être moi et jouer la musique funk que je désire, qui nourrira mon esprit et me fera continuer à donner aux autres.

Fonkadelica : Vous n’avez jamais eu de groupe régulier avant de rencontrer Tom ?

Charles Bradley: Au départ j’étais avec le « Jimmy Year Band » Et en fait je jouais toujours avec eux en rencontrant Tommy. J’y suis resté durant 8 ans avant de le rencontrer.
En fait, Jimmy m’a présenté à Gabe Roth (producteur de Daptone) et ce dernier m’a présenté à Tom. Et Tom était un peu plus sérieux à mon sujet. Il m’a donc amené à son groupe, je les ai rencontré, et tout à commencé à se mettre en marche.
Tom vit à Brooklyn, il m’a appelé un jour et m’a demandé de passer chez lui. Et a cette époque je faisais face à une crise profonde car je venais de perdre mon frère. Tom m’a donc invité dans sa maison, et m’a demandé ce que je voulais bien lui raconter à propos de mon frère. Je ne voulais pas en parler, et il me dit : si tu arrives à mettre les quelques mots que tu as écrit face à de la musique, je serais curieux de revenir et d’entendre ce que tu as à dire !
C’était dur à faire, mais j’ai quand même essayé. Je suis revenu, il avait un clavier et un orgue chez lui avec lequel il m’a demandé de chanter avec lui cette chanson.
Nous avons ensuite essayé d’ajouter le groupe à cette base. Deux mois plus tard, Tom m’a rappelé pour m’inviter à écouter ce qu’ils avaient fait. Je suis allé au studio d’enregistrement de Gabe Roth, et ils l’ont joué pour moi. J’ai dû m’enfuir dehors, car c’était trop fort pour moi, et j’ai pleuré sur le trottoir. Parfois je deviens très émotif facilement.
J’ai pris le titre et l’ai apporté à ma mère. Quand elle l’a entendu, elle a pleuré. J’ai fait de même avec ma sœur. Tous savaient de quoi je parlais dans les paroles…Tout de suite après Tom m’a dit de continuer, et nous avons fait quelques chansons comme « Heartaches & Pain », « Loving you baby », « How long ». « How long » mec!! M’as-tu vu la chanter sur scène ? J’y suis toujours émotionnellement investi. Oh mon dieu !

Fonkadelica : Nous voulions vous poser une question sur vos chansons. Quand vous chantez, vous semblez si profondément investi dans ce que vous dites… Est-ce parce que justement vous parlez de votre propre vie ?

Charles Bradley : Oui, c’est si réel… Si vous regardez le monde aujourd’hui, quelque soit le pays, ce dernier a des problèmes, vous ne pouvez pas dire le contraire.
Des gens perdent leur emploi, leur maison qu’ils ont mis une vie à avoir, ou vivent dans la rue. Ils ont perdu leurs économies et leur abri. Quand vous regardez à travers le monde, quelque chose ne tourne pas rond !

Fonkadelica : C’est juste ! Alors que voulez-vous montrer aux gens, que voulez-vous leur donner quand vous montez sur scène ? De l’espoir, de la joie ?

Charles Bradley : Tout ce que je veux dire aux gens c’est : Mes frères et mes sœurs nous sommes nous-mêmes, n’abandonnez pas vos rêves. Combien de temps! Cela m’a pris beaucoup de temps pour trouver ce que j’ai enfin désormais. Mais je n’ai pas abandonné l’espoir.

Fonkadelica : Maintenant que vous vivez de vos propres chansons, que vous les chantez chaque jour, est-ce difficile pour vous d’être chaque semaine sur scène, de chanter ces chansons à chaque fois avec votre cœur ? Ou est-ce vraiment ce que vous avez toujours voulu faire depuis tout ce temps ?

Charles Bradley : Ma grand-mère et ma mère disaient : « Dieu te donne ton temps quand il est prêt à te le donner. Reste fort, aime Dieu de tout ton cœur. Si tu as la foi envers les gens comme je l’ai, la plupart des gens ne l’ont su que lorsqu’ils se sont trouvés eux-mêmes.
Jésus croyait en ce qu’il faisait, et il dit à toute l’humanité : « Prenez votre croix et suivez-moi ». Et c’est tout ce que je fais.
Si je peux donner de l’amour à quelqu’un, si je donne de l’espoir à quelqu’un avec mes paroles, alors je sais que Dieu sera satisfait de mon cœur.

Fonkadelica : Nous sommes sûrs qu’il le sera ! Il est difficile d’enchaîner après ces mots sages… Alors juste une question simple : avez-vous assez de temps entre vos différentes dates pour composer ? La tournée vous laisse assez de temps pour créer de nouvelles chansons avec le groupe ?

Charles Bradley: Non, pas de problèmes! Ces yeux voient tout! Ils enregistrent tout, l’envoie au cerveau puis à mon cœur, et enfin au Maître. Et le Maître (Dieu) me renvoie les paroles pour me permettre de les chanter à nouveau. C’est tout ce dont il est question !

Fonkadelica : La musique funk et soul ne réunissent pas (en France en tous cas) les publics les plus importants, mais en revanche rassemblent des fans parmi les plus dévoués. Pensez-vous qu’un jour « La vraie musique faite par de vraies personnes », nous fera oublier le « tout numérique » ?

Charles Bradley : Je pense que les machines enlèvent le vrai amour qu’apporte l’humanité. L’humanité doit revenir aux gens. Tout est du « vous êtes sur mon téléphone, c’est un ordinateur, laissez un message »
Nous ne nous parlons pas directement de « cœur à cœur » à nos frères et sœurs. Plus nous avançons dans l’âge des ordinateurs, plus nous perdons le véritable amour de l’humanité. C’est mon sentiment et je crois que le véritable amour vient de l’humanité, de l’humain.
Oui nous savons nous servir des technologies, des ordinateurs. Mais nous oublions que les ordinateurs viennent de la sagesse de l’homme !

Fonkadelica : Nous espérons bien vous montrer ce soir que nous vous aimons en tant qu’humains et pas comme les feraient des robots !!

Charles Bradley: Celui qui ne veut pas écouter, n’a pas une chance de réellement entendre. J’aime ce que les médias font pour moi, me donner ma chance. Notre cœur est vrai, le faux n’est qu’erreur.
Si je peux parler au monde avec vérité, je pense qu’ils entendront tous ce que j’ai envie de leur dire.

Fonkadelica : Nous en sommes sûrs ! Les gens ne peuvent se tromper avec ce message : ils vous voient chanter avec votre cœur, et c’est pourquoi ils vous aiment, j’en suis sûr !

Charles Bradley : Crois-moi, je ne veux blesser personne. Mais si je peux te dire quelque chose qui te permettra de t’améliorer, je ne resterai pas sans rien dire. Cela a toujours été ma façon d’être depuis mon enfance.
Où j’ai grandi on m’a toujours dit : « Reste humble Charles, n’abandonne pas, je sais que la route est difficile mais, continue d’avancer. » C’est tout ce que j’essaie de faire.

Fonkadelica : Merci beaucoup pour ces mots avisés M. Bradley. Nous sommes ravis de vous avoir rencontré, et avons très hâte de vous voir ce soir sur scène. Faites-nous rêver !

Charles Bradley : J’espère que je vous rendrai tous heureux !

Fonkadelica : j’en suis persuadé, merci !

 

Interview réalisée le 05 juillet 2011 par Alexandre Capelier (au micro) / Images et son : Sidney Botbol

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