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Interviews

6 février 2017

Les 40 ans de BANDA BLACK RIO, pionniers du samba-funk : INTERVIEW

Sur les traces de son père le saxophoniste Oberdan Magalhaes, aujourd’hui décédé, William Magalhaes a repris le mythique groupe carioca Banda Black Rio. Quand la samba funk des années 70 se met au diapason des années 2000… Interview avec le leader et claviériste du Novo Banda Black Rio, par Julien Le Gros pour Fonkadelica :

William Magalhaes, avec Banda Black Rio vous avez beaucoup tourné en Europe. Quel est votre feeling avec ce public ?

On tourne en Europe depuis 2012. C’est un grand plaisir pour nous de venir en France. Les gens aiment notre son grâce à nos tournées précédentes ou parce qu’ils nous connaissent depuis les années 80. D’autres qui ne nous connaissaient pas se sont renseignés sur nous. Cet engouement stimulant fait qu’on aimerait vivre ici, à Barcelone en particulier. Ça fait longtemps que des musiciens brésiliens sont installés en Europe. On a plusieurs agents en Europe qui nous aident à ouvrir un nouveau marché différent des marchés africains, étasuniens et sud-américains

Comment s’est formé le groupe original sous l’égide de votre père Oberdan Magalhaes en 1976 ?

Ces musiciens de Rio réunis par mon père ont été influencés par la samba des favelas. C’est là que la samba carioca est née. Tous ces musiciens venaient des quartiers périphériques, près de ces favelas. Ils jouaient en même temps de la samba du jazz, du funk. C’est ce qui fait que le son de Banda Black Rio était si neuf. Aujourd’hui on poursuit sur la même lancée et les mêmes racines qui ont fait le succès du groupe mais avec différents autres éléments hip hop et électro…

Comment définiriez-vous le style Banda Black Rio ?

C’est de la fusion, avec un genre unique qu’on appelle le samba funk. Le monde entier peut s’identifier à ce style de funk et en ressentir la singularité parce que c’est une combinaison de rythmes brésiliens, de samba,  de la musique baiao aussi, ce style  de l’état de Bahia, dans le nordeste brésilien.

Comment s’est inscrit ce groupe dans une lignée d’artistes brésiliens tournés vers les musiques noires américaines comme Di Melo, Cassiano, Erlon Chaves, Marcos Valle ou Marku Ribas ?

Les musiciens brésiliens des années 70 allaient tous dans la même direction, c’est à dire de mélanger les rythmes brésiliens avec ce son qui nous venait des États-Unis. A mon avis Banda Black Rio était dans le top. Avant ça mon père a joué dans le groupe Dom Salvador e Aboliçao qui était dans cette voie. Il a aussi joué avec le tromboniste Raul de Souza surnommé Raulzinho et son groupe Impacto 8. Ces deux albums, celui de Raulzinho « International hot » en 1969 et de Dom Salvador « Som sangue e raça en 1971 », sont pour beaucoup dans l’essor du Banda Black Rio. Quand on les écoute il y a la même quête d’un nouveau son. Mais Banda Black Rio a amené les choses un peu plus loin. Le label Warner WEA qui venait de s’installer au Brésil a contacté mon père pour former ce groupe (1) Faire des recherches musicales, ramener toutes sortes de musiciens de samba, de baiao. « Maria fumaça » et les autres albums ont été un grand laboratoire du samba-funk

On sent en regardant la pochette de ce classique de 1977 « Maria fumaça » l’esprit de groupes soul funk américains comme Earth wind and Fire

Ce qui est drôle c’est que certains membres d’EWF ont admis avoir été influencé par Banda Black Rio. (2) Le célèbre arrangeur et producteur Deodato a fait carrière aux États-Unis. Les gars de EWF lui doivent beaucoup et aussi un peu à Banda Black Rio. BBR en a influencé beaucoup d’autres dans le monde. Comme l’anglais Jamiroquai

Dans cet album « Maria fumaça » il y aussi des reprises de standards brésiliens d’Edu Lobo et Ary Barroso

Ce sont de grands compositeurs brésiliens. Banda Black Rio les a repris sur un mode funk et en rajoutant plus de samba dans le funk. C’était vraiment le début de ce son qui a fait la gloire de Banda Black Rio.

BBR a aussi joué avec le chanteur Tim Maia sur l’album « Tim Maia Disco Club » en 1978

Tim Maia était une sorte de cousin germain de Banda Black Rio. Mon père a joué avec lui. J’ai aussi joué avec lui. Il a enregistré deux de mes compositions. Tim Maia mélangeait la samba avec la soul. Il avait quelque chose de James Brown ou de Sly and the Family Stone. Alors que Banda Black Rio était vraiment tourné vers le funk.

Entre autres pointures comme Emilio Santiago ou Sandra de Sa le groupe a aussi accompagné Caetano Veloso

C’est  sur un album disco de Caetano Veloso enregistré en live en 1978: « Bicho baile show ». A cette époque Banda Black Rio commençait à beaucoup tourner dans le pays. Caetano Veloso qui était déjà une star a introduit le groupe en disant: « C’est Banda Black Rio. Ils ont un nouveau son » Caetano était un grand ami de mon père. Par la suite certains membres du groupe comme le batteur Luis Carlos ont joué sur « Realce » de Gilberto Gil.

Comment s’est faite la transition avec la nouvelle génération ?

Ça a été très difficile. Mon père, qui était le leader, est décédé en 1984. Le groupe a eu seize ans d’inactivité. C’est une oeuvre originale dans laquelle les arrangements ne sont pas écrits. Faute de partitions j’ai du faire des recherches, demander aux anciens membres du groupe. Deux de ces membres fondateurs nous ont rejoint le tromboniste Lucio Silva et le bassiste Jamil Joanes. Ça a été la clé de la reformation de ce groupe en 2000. On a fait l’album « Rebirth/ Movimento chez Mr Bongo records, puis « Supernova ». Depuis on tourne avec les anciens morceaux et les nouveaux et avec des anciens comme Carlos Dafé, Uniao Black, Gerson King Combo, Eddie Gomez..

Comment êtes-vous perçu au Brésil ?

Malheureusement Banda Black Rio n’a jamais été très bien compris au Brésil. Quand le groupe est né on l’a accusé de sonner trop comme aux États-Unis. C’est 20 ans plus tard qu’on se rend compte que c’était un nouveau son. C’était mieux accueilli en Europe. Encore aujourd’hui ce qu’on fait est plus considéré en Europe et aux États-Unis qu’au Brésil. En plus la situation socio-politique de notre pays était très mauvaise avec la dictature militaire qui a duré jusqu’en 1985. ça a énormément freiné la musique à l’époque. La production a ralenti pour de nombreuses raisons, notamment la pauvreté et le manque d’encouragement des artistes.

Quels sont vos rapports avec la nouvelle génération hip hop electro du Brésil ?

Il y a toujours une scène musicale très dynamique mais qui reste underground, cantonnée à un cercle d’initiés. Ce n’est pas forcément la musique la plus populaire. On fait confiance à certains rappeurs qui samplent notre musique comme Mano Brown et les Racionais MC’s. La nouvelle génération hip hop connaît l’importance du son. Mos Def a aussi samplé « Casa forte »

1) Le line-up d’origine était constitué de : Oberdan Magalhaes, saxophone et flûte, Barrosinho à la trompette, Lucio Silva au trombone, Cristovao Bastos aux claviers, Claudio Stevenson aux guitares, Jamil Joanes à la basse et Luiz Carlos Santos à la batterie

  • L’album d’Earth Wind and Fire «All n’ all» avec Eumir Deodato a été enregistré en 1977 avec le célèbre « Brazilian rhyme »

Pour participer à la campagne de crowdfunding du prochain album de Banda Black Rio

http://www.pledgemusic.com/projects/bandablackrio

http://www.bandablackrio.com/

 



About the Author

Julien Le Gros
Je suis journaliste indépendant spécialisé dans les musiques noires, de l'Afrique en passant par les diasporas. Pigiste entre autres pour Afriscope Africultures Jazz Magazine Mondomix, j'ai pu interviewer de nombreux artistes internationaux comme Leon Ware, Patrice Rushen, Mulatu Astatké, Alpha Blondy, Malavoi, Femi Kuti, Jon Hendricks ou encore Hugh Masekela.




 
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